L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Journal d’un nez 15 mai 2012

Filed under: Documentaire — Roane @ 2:05
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Le métier de parfumeur m’a toujours fait rêver. S’imprégner de fleurs, de fruits, de foin coupé, de mousse, pour apprendre à reconnaître ces odeurs, à les retrouver dans sa mémoire olfactive. Oser alors les associations, les mélanges. Pour arriver au flacon du magasin, il y a des heures de recherche en laboratoire, un travail d’arrache-nez que nous raconte, sous forme de journal, Jean-Claude Ellena, parfumeur exclusif de chez Hermès.

Avec lui, on déroule une année, passant d’un souvenir à une promenade, d’une virée au marché à une rencontre marquante. Un lieu, une date et un titre introduisent l’humeur du jour. Les réflexions sont intéressantes et très bien écrites. Fourrons notre nez dans les premières phrases du livre. Tout commence sous le signe du « Plaisir », des pages écrites à Paris le 29 octobre 2009 :

Dans une société qui court après le temps, le parfum est jugé en deux secondes, aussi rapidement qu’un regard. Cette rapidité de jugement m’incombe : un parfum ne se raconte véritablement que lorsqu’il est senti et porté.

Les essais de parfums sont repris, retouchés, les formules mathématiques modifiées, les composants naturels et chimiques ajustés. Il compare son métier à celui de l’écrivain qui parfois est en manque d’idées, angoissé devant le rien, mais parfois c’est « le trop » qui peut faire peur.

Choisir une odeur ou des odeurs qui feront signe, face à toute une palette de possibles, c’est s’engager sur un chemin qu’il me faudra moi-même tracer ; l’angoisse est à la hauteur du choix.

Humer, comparer, trier, garder ou jeter, des étapes essentielles au parfumeur qui « entresent » les champs des possibles. Ces expériences de laboratoire peuvent durer une semaine, quelques mois, voire plusieurs années. Jean-Claude Ellena attend que le produit fini corresponde à l’idée qu’il en a en pensée.

Au commencement l’image d’un piano avec ses quatre-vingt-huit touches. Si je plaque en même temps l’ensemble des touches, j’obtiens un bruit sonore déplaisant. Mélanger quatre-vingt-huit composants non choisis risque fort de provoquer un « bruit » olfactif identique. Maintenant si je frappe seulement trois touches du piano au hasard, quel est le nombre de possibilités offertes sur un clavier de quatre-vingt-huit touches ? Cent neuf mille sept cent trente-six selon un calcul mathématique.

Je pourrais continuer à vaporiser des citations, à flâner avec vous dans les allées de ce jardin extraordinaire, mais  ne vous laissez plus mener par le bout du nez, prenez des chemins de traverse, allez à votre rythme. Respirez, encore, encore, encore…

ELLENA, Jean-Claude. Journal d’un parfumeur : suivi d’un abrégé d’odeurs. Paris, Wespieser, 2011. 159 p.
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