L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Olive du Maine 24 août 2012

En parcourant la quatrième de couverture voici les mots qui ont retenu mon attention : « épouse du pharmacien » (ça change de l’épouse du médecin), « petite ville côtière du Maine » (les ambiances fraîches et brumeuses des bords de mer, je raffole),  « mère possessive » (ah, les mères et leurs fils…), « professeure de mathématiques » (rien à voir avec l’héroïnes botoxée qui fait du shopping avec  l’argent gagné par son musclé de mec), « tyrannique » (mmmm, mon côté sadique s’éveille), « capable pourtant de surprenants élans de bonté » (quelques contrastes bien assénés pour en finir avec certaines grossières caricatures), « personnalité hors normes » (la normalité n’a jamais donné de grands romans).
Tous les ingrédients étaient donc réunis pour commencer cette lecture prometteuse sans oublier les délicieux fruits verts ou noirs qui, prononcés à chaque page, forcèrent leur consommation, sans parler du petit verre de rosé qui ne pouvait dormir dans le frigo. Le terrain était propice pour un voyage vers le Maine !

Quelques heures plus tard, emplie de bons omégas trois, six et plus si entente, je peux vous affirmer que ce roman est l’un des plus beaux portraits de femme contemporaine que j’aie lus. Il ne serait pas exagéré de dire que cette Olive Kitteridge est une Emma Bovary du 21ème siècle.

La force de ce roman tient d’abord dans sa construction. La polyphonie (appelée aussi roman choral), d’accord ce n’est pas nouveau, sauf qu’ici l’auteure ne fait pas simplement appel à deux ou trois proches mais à une multitude de personnes, intimes ou pas, comme par exemple Angie, la pianiste du bar, qui joue la chanson préférée de Henry Kitteridge quand elle le voit arriver en fin de soirée avec sa femme. C’est le seul élément qu’Angie confiera au lecteur, mais il saura le placer dans le puzzle. Ce n’est pas uniquement Olive Kitteridge qui est peinte à la mode pointilliste, mais une petite ville côtière du Maine avec tous les lieux où les gens se rencontrent tels le snack-bar, l’épicerie, la marina, la salle des fêtes, le chemin au bord du fleuve, l’hôpital ou l’église. A petites touches, un tableau se dessine à travers les épisodes de vie des différentes personnes ayant un jour ou l’autre croisé le chemin d’Olive.

Elizabeth Strout a l’intelligence de montrer les multiples facettes d’un être. Olive, belle-mère jalouse, a pu se montrer abjecte avec sa belle-fille quand, vexée de l’avoir surprise à critiquer sa robe, elle a fouillé dans ses habits et tracé au feutre indélébile quelques gros traits sur un de ses plus beaux pulls.  Par ailleurs, c’est la même personne, l’épouse aimante, qui chaque jour rend visite à son mari aveugle et muet à la maison de repos. C’est aussi Olive, la confidente d’une jeune anorexique, qui pleure d’impuissance devant cette souffrance. Grâce à ces différents points de vue sur Olive Kitteridge, on comprend que chacune de nos rencontres est unique. Ne dit-on pas que lorsqu’on perd quelqu’un ce n’est pas vraiment la personne qui nous manque mais plutôt la singularité de la relation ? Le fils, le mari, l’assistante en pharmacie, l’ancienne élève, le voisin, l’homme rencontré la veille, tous voient, se souviennent et racontent Olive différemment.

Certes, les Kitteridge avaient encaissé un coup effroyable en voyant leur Christopher brutalement déracinée par sa mégère d’épouse alors qu’ils avaient espéré qu’il vivrait et fonderait une famille près de chez eux (Olive s’était déjà imaginée enseignant à ses petits-enfants l’art de planter les bulbes). En se brisant, ce rêve leur avait brisé le coeur. Mais savoir que Bill et Bunny habitaient juste à côté de leurs petits-enfants et que ces petits- enfants se révélaient odieux avec eux constituait une source de réconfort tacite pour les Kitteridge.

Cet extrait vous montre également que le texte n’est pas dénué d’humour et à coups de pointes d’ironie l’auteure burine, creuse, donne du relief au protrait. Le supplément d’intérêt et d’originalité du roman, c’est le non respect de la chronologie. Comme les souvenirs qui vont et viennent, les personnages surgissent au hasard, ou plus exactement ils suivent les associations d’idées. 30 années de vie déroulées par une très grande dame de la littérature américaine. car malgré cette construction difficile, on n’est jamais perdu.
Ce livre a obtenu le prix Pulitzer en 2009, argument final pour vous donner la dernière impulsion à vous précipiter en bibliothèque ou en librairie.

STROUT, Elizabeth. Olive Kitteridge. Paris, Ecriture, 2010. 374 p.
Disponibilité

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s