L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Tribulations d’un gramme de coke 19 septembre 2012

J’ai souvent croisé du regard la couverture de ce documentaire sans avoir la moindre envie de l’ouvrir. Plus encore que le recueil des historiettes érotiques de Pierre Perret, je pensais percevoir sans même le consulter l’ennui abyssal que suscite chez moi la tendance livresque à flatter ce qu’il y a de plus bas, populaire, primaire et inculte en moi (lisez, ce qui me pousserait à lire le 20 minutes).

Bref, une fois de plus je me trompais. Et il est bon de se tromper. (Enfin sauf sur le bouquin de Perret, qui est vraiment nullissime, presque pire que du Kinsella).

Finalement, les Tribulations, œuvre d’une paire de journalistes français travaillant pour divers médias français mais vivant en Colombie a beau être « popu » dans sa forme, son fond force quant à lui le respect ; il est effectivement question de cocaïne, mais plutôt qu’une visite guidée dans les narines d’une fashionista à grosses lunettes précédée d’un rapide détour par le postérieur d’une mule sud-américaine, on se fait expliquer ici tout d’abord les tenants et aboutissants de la production colombienne de coca, moyen de survie pour des petits cultivateurs dépossédés de leur subsistance par une économie nationale et continentale ayant servi de bac à sable à Milton et consorts d’une part et aux groupes armés divers (aussi bien guérilleros « révolutionnaires » ou paramilitaires à la solde des grands propriétaires terriens) désireux soit de percevoir une taxe sur la coca soit plutôt intéressés par un nouveau hobby constructif.

On découvre non seulement la naissance du gramme de coke, mais aussi les péripéties qui lui donnent sa valeur, ses passages par des pays de transit (le Mexique et certains pays d’Afrique étant fortement sollicités dans ces cas), et de nouveau des populations précaires servant de transporteurs, sacrifiés en un souffle pour la folie meurtrière et l’avidité des trafiquants. Une troisième partie du livre est consacrée au gramme et à ses aventures en Europe, et la manière dont le danger qu’il représente est ramené à la délinquance locale qu’il est censé générer, pour ensuite conclure sur une réflexion un brin (en fait très) utopiste sur les raisons de la pérennité du statut criminel de certaines drogues.

Ne nous leurrons pas. Ce sujet est compliqué, surtout par les intérêts inavoués et inavouables d’individus puissants et bien policés, bien loin des soucis de santé et d’hygiène dont on nous rabâche les oreilles (qui a dit Irangate ? Qui ?), mais Les tribulations d’un gramme de coke donne quelques pistes de réflexions sur la portée réelle de la culture et le trafic de stupéfiants illégaux à bien des niveaux et en bien des lieux de par le monde. Si en plus c’est un peu popu, vous ne pouvez refuser de le lire.

 

RENAUDAT, Christine. Tribulations d’un gramme de coke. S. l., Massot, 2011. 285 p.

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Love 8 septembre 2012

Bon, la vie n’étant pas que paix, amour, liberté et fleurs, il était temps que nous nous repenchions ensemble sur autre chose que des opus immortels et propres à un enrichissement spirituel sans égal.

Cette autre chose a donc été écrite par Testa, lettré, puis diversement occupé, puis prof.  Cependant, il a également participé au groupe de rock et roll « Les radiateurs », ce que je ne savais pas avant de lire son bouquin, et qui m’aurait sans doute rendu plus, ou du moins moins… enfin plus tolérant.

Cessons de perdre du temps : Love est un livre court qui regroupe des nouvelles. Celles-ci ont pour protagonistes ce que je soupçonne être des trentenaires aisés, relativement cultivés, pas mal suisses (même s’il y a un quota non négligeable de nationalités exotiques (Brésil, Argentine, Japon, etc…), et possiblement de formation HEC pour leur goûts simples de vie et leurs attentes raisonnables et humanistes.

Sérieusement, j’ai rarement vu un tel ramassis de geignards, de superficiels et d’égocentriques. Et sous couvert d’histoires d’« amour », on est vraiment plutôt témoins des dérives pas si subtiles que ça dans les comportements de nos contemporains, lorsque, déçus de ne pas voir accomplies leurs attentes boursouflées par la publicité, les magazines et les séries télévisées (comme tout le monde, sauf moi, dont les attentes sont boursouflées par la littérature expérimentale, la presse de gauche et les verrines de duo de mousse de foie gras/mousse de boudin noir), ils se retrouvent face au vide sidéral de leur vie intime, et ne pouvant trouver un lien au monde qui les entoure,  se jettent désespérément les uns contre les autres en espérant que, contre toute attente, se produise un effet velcro qui leur tienne chaud pour le reste de leur misérable petite vie.

Enfin, c’est comme ça que je l’ai vu, moi…

Peut-être était-ce le but de l’auteur. Peut-être que sous cette couverture blanche et fuchsia se cache une critique acerbe de notre société, une critique sans concession de ces « histoires d’amour »,  que nous voyons comme le dernier bastion d’une sensibilité encore vierge de trop de manipulation politique ou sociale.

En conclusion, je peux vous affirmer que ce livre est vite lu ; qu’il énerve (ce qui est une bonne chose), et qu’il est un brin répétitif. Mais je ne peux lui jeter la pierre, du moins tant que nous aurons du Kinsella au catalogue.

TESTA, Philippe. Love. Lausanne, Navarino, 2006. 123 p.

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