L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Blast 1 : Grasse carcasse / Blast 2 : L’apocalypse selon Saint Jacky 28 octobre 2011

Après le calme relatif des derniers billets, il était temps de repasser à quelque lecture un peu plus goûtue, plus consistante.

On ne présente plus Manu Larcenet. Ce dernier, après avoir fourbi ses armes dans le magazine de bande dessinées français Fluide Glacial, a à son actif un nombre conséquent d’albums de petits mickey essentiellement humoristiques, mais aussi un peu moins humoristiques, voire même très peu humoristiques, pour lesquels ce punque du crobar a obtenu un prix du meilleur album à Angoulême en 2004 (l’un de ses nombreux prix, d’ailleurs).

Mais même ses albums contenant un « message » assez sérieux ne se départissent jamais vraiment des petites pépites d’humour un brin débile qui caractérise son œuvre.

Et bien dans Blast, rien de tout cela. Le premier volume s’ouvre sur les prémisses de l’interrogatoire policier de Polza Mancini, obèse philosophe ex-écrivain devenu clochard, qui est en fâcheuse situation pour ce qu’il a fait à une certaine Carole. Pour permettre aux policiers qui le cuisinent de comprendre les motivations de son geste, il se met à table, et leur raconte par le menu sa vie, depuis son enfance plus ou moins heureuse de fils de camionneur communiste à sa brusque rupture d’avec la vie ordinaire, à la mort de son père, avec pour point culminant le « blast », sorte de crise hallucinatoire peuplée de couleur et de statues de l’île de Pâques.

Le deuxième tome fera rencontrer à Polza le personnage de Saint Jacky, qui est odieux. En dire plus serait en dire trop.

Il est bon de s’arrêter ici pour évoquer un peu l’aspect graphique de cette œuvre.

Il est noir. Très, très noir. Ce qui n’est pas noir sont les à-plats de noir délavés, qui ne sont eux que du noir sournois, soyons francs. En fait, les seules couleurs apparaissent aux moments du « blast », et lui donnent, ou plutôt lui donneraient si c’était possible, un côté encore plus malsain. Le trait reste mal fait en tremblotant par moment, et les figures humaines sont toutes plus ou moins monstrueuses, tout en étant terriblement expressives. Ceci fait de l’ensemble une narration grotesque et presque touchante si ce n’était par l’intelligence du récit et la complexité des personnages, jamais en reste de non-dits et de masques. Le rythme quant à lui est soutenu, et les allers-retours entre le présent de l’interrogatoire et la carrière de clochard de Polza n’est jamais indigeste. Reste à souligner à nouveau que l’humour décalé de Larcenet est diablement absent, et le tout n’est pas à mettre entre toutes mains. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, tant ces albums m’ont paru subtils et subjectifs dans leur  interprétation, mais souvenez-vous de ceci : je ne présente ici que les deux volumes que possèdent pour l’heure les bibliothèques municipales, et l’attente des deux suivants va être, comment dirais-je, rude.

Très rude.

LARCENET, Manu. Blast 1 : Grasse carcasse / Blast 2 : L’apocalypse selon Saint Jacky. Paris, Dargaud, 2009 / 2011. 204 p.

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A la recherche des fantômes de l’Everest 2 septembre 2011

Le 8 juin 1924, George Mallory et Andrew Irvine grimpent à l’assaut de l’Everest, le plus haut sommet du monde jusqu’ici invaincu. Vers 13 heures, on les aperçoit une dernière fois à la jumelle depuis le camp de base situé quelques 3 000 mètres plus bas avant que les nuages se referment sur eux. Ils ne sont plus qu’à quelques centaines de mètres du sommet, on ne les reverra jamais.

Depuis, le mystère demeure. Mallory et Irvine ont-ils atteint le sommet de l’Everest ou ont-ils succombé avant, quelque part sur les pans de la montagne ? Si l’hypothèse de la réussite se vérifiait, ils auraient alors accompli l’incroyable exploit d’avoir foulé le plus haut sommet du monde 29 ans avant Edmund Hillary et Tensing Norgay.

Durant des décennies, aucune trace des deux alpinistes anglais ne fut trouvée jusqu’à ce jour du 1er mai 1999 lors duquel une expédition américaine conduite par Conrad Anker découvre le corps momifié de George Mallory à 8 229 mètres dans un éboulis de la face nord de l’Everest.

La nouvelle fait sensation et relance toutes les hypothèses. Parmi les objets retrouvés sur Mallory il y a des lettres, une paire de lunettes, mais pas d’appareil photographique. Nous savons que Mallory et Irvine possédaient chacun un appareil photographique lors de leur tentative d’ascension. Cet objet, s’il était retrouvé, pourrait apporter la preuve de leur réussite ou la confirmation de leur échec. La question essentielle demeure : ont-ils atteint le sommet ce fameux 8 juin 1924 ?

A travers une passionnante enquête, Conrad Anker et David Roberts tentent de recomposer le puzzle avec les éléments dont ils disposent. Leur récit retrace l’histoire de l’expédition de Mallory et Irvine, les diverses tentatives de recherche, la découverte du corps de Mallory et la reconstitution de ce qui a pu se produire avant l’accident. Toute la lumière n’a pas encore été faite car il manque toujours le corps d’Andrew Irvine et ces fameux appareils photographiques qui livreront peut-être, un jour, la vérité.

Le mystère de l’appareil photographique de George Mallory et la preuve qu’il pourrait contenir est un élément central de la trame de la fascinante bande dessinée en 5 tomes dessinée par Jirô Taniguchi  et intitulée Le Sommet des dieux.

Photographe et alpiniste, Fukamashi acquiert dans une échoppe de Katmandou ce qu’il pense être l’appareil photographique de George Mallory mais se le fait mystérieusement dérober. La disparition de cet objet lui fait supposer qu’il était bien en possession du fameux appareil. Déterminé à le retrouver à tout prix pour faire la lumière sur l’expédition des deux Anglais, il se lance dans une enquête semée d’embûches.

La route sera longue et jalonnée de rebondissements. Dans sa quête, Fukamashi croisera le chemin du charismatique et ombrageux Habu Jôji – un alpiniste emblématique – et s’intéressera de près à son rival Hase Tsunéo, personnage librement inspiré du célebre alpiniste japonais Tsuneo Hasegawa.

Mythes, fiction et réalité s’entremêlent dans une histoire passionnante qui captera chacun sans difficultés. Là réside le génie de Jirô Taniguchi qui s’impose comme l’un des plus grands maîtres du manga : réussir à fasciner le lecteur avec une trame de prime abord confidentielle et réservée à un public averti d’amateurs de montagne et d’alpinisme.

Jeffrey Archer, lui, est bien connu des amateurs de romans policiers. Et des tabloïds britanniques également, car cet ancien homme politique a été au centre de nombreux scandales qui lui ont même valu d’aller directement en prison sans passer par le start. On passera sur certains détails croustillants de sa vie d’avant – ce que fait également son éditeur en 4e de couverture – une façon élégante d’arrondir les angles.

Et puis nous ne sommes pas là pour polémiquer, car Jeffrey Archer est un écrivain efficace dans son genre qui a déjà quelques best-sellers à son actif et un certain nombre de lecteurs fidèles. D’ailleurs, j’en fais un peu partie puisque j’ai dévoré son dernier roman – parlons plutôt de biographie romancée – intitulé Le Sentier de la gloire dans lequel il raconte de manière haletante la vie de George Mallory, de son enfance à ce jour funeste sur l’Everest. 

L’écriture est efficace, le suspens savamment construit et le propos très vivant, teinté de ce flegme, de cette ironie et de cet humour so british qu’on affectionne. On rentre tellement vite dans l’histoire qu’on en oublie presque qu’elle est basée sur des faits réels. On se surprend à avancer la lecture avec frénésie pour en savoir plus tant on est tenu en haleine alors que l’on connaît déjà la fin. Bref, c’est un très bon roman que l’on tient entre les mains, une réussite.

Les amateurs de récits d’alpinisme liront l’un, les passionnés de bandes dessinées l’autre, les amoureux de la romance le troisième, peut-être tous. Personnellement, je vous conseille la lecture de ces trois oeuvres car il est absolument jouissif de découvrir comment un sujet peut être traité sous trois formes et sous trois angles différents. Cela permet également d’inscrire Le Sommet des dieux dans son vrai contexte et de prendre la mesure du travail scénaristique sous-jacent. De toute façon, vous n’y résisterez pas car le sujet est passionnant et ces trois lectures absolument délectables.

ANKER, Conrad ; ROBERTS, David. A la recherche des fantômes de l’Everest. Grenoble, Glénat, 2000. 260 p.

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TANIGUCHI, Jirô ; BAKU, Yumemakura. Le Sommet des dieux. Bruxelles, Dargaud Bénélux, 2005. 5 volumes

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ARCHER, Jeffrey. Le Sentier de la gloire. Paris, First, 2010. 503 p.

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V pour vendetta 9 août 2010

Filed under: BD — davide @ 8:00
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Qu’est-ce que V ?
C’est la question que je me pose après avoir lu V pour vendetta, et que je partage probablement avec d’autres lecteurs de ce petit chef-d’œuvre…
Pour la plupart d’entre nous, V pour vendetta, c’est un film de super-héros somme toute assez divertissant, avec quelques belles images (divers monuments qui font boum !) mais avec l’insipide Natalie Portman (une aberration dans son rôle) et un message contesto-bobo assez brouillon et gentillet.
La bande dessinée qui en est à l’origine, c’est autre chose…
Angleterre, toute fin du 20ème siècle : à la suite d’une troisième guerre mondiale, l’Afrique et l’Europe « ne sont plus là », et devant la mollesse du gouvernement de gauche, un parti fasciste fédérateur a pris le pouvoir, qui, à travers divers organes (l’Oeil et l’Oreille pour la surveillance, la Bouche pour la propagande, etc.) contrôle chaque aspect de la vie des sujets britanniques, avec tout ce que cela implique d’abus, de tyrannie et d’absence d’humanité.
Evie, adolescente désespérée va, pour son baptême de prostitution, essayer de se vendre à un charmant monsieur qui s’avère être un membre du Doigt, organe en charge de la « sécurité intérieure». Elle sera sauvée in extremis par V, silhouette toute de noire vêtue qui ne quitte jamais son masque grimaçant, qui l’emmènera dans son repaire, pour lui faire partager son quotidien.
A partir de là, les témoignages divergent : pour certains, il s’agirait d’un parcours d’initiation à la politique contemporaine, pour d’autres une exploration de la conscience refoulée. Pour d’autres encore, une haletante histoire d’action-anticipation.
Toujours est-il que V pour vendetta, bien que chronologiquement linéaire, saute allègrement d’un personnage à un autre (et il sont nombreux, ce qui, vu le dessin un peu laid, soyons francs, complique un peu les choses), et comprend dans la narration une foule de petits détails qui rendront très heureux les amateurs de produits culturels bien denses et touffus. D’autant plus que la « conclusion » de cette histoire est de loin une des plus abouties, crédibles et porteuses d’espoir que le genre dystopique ait à offrir.
J’aimerais maintenant transmettre un petit message à quelques personnes proches de mon cœur :

Hello, English speakers, and more specifically British readers of this blog, residents, expats and refugees.
I am adding this little insert just for you, because as you might have understood if you’ve followed these articles, I am one of you.
V for vendetta is particularly meaningful to me as a British subject, and I can only hope it is or will be for you too.
Let’s not beat around the bush: if you believe television soaps are only getting better, if you believe the millennium eye was a great symbol for 21st century Britain, if you believe you are happy with what literary production is to be found in your local Waterstone, then allow me to suggest you stop reading now, and I will bid you adieu.
If, on the other hand, you are saddened by the news of Terry Pratchett’s illness, if you are worried about our last prime minister being now considered a criminal against humanity, if the knowledge of what we’ve inherited from the colonial era makes you queasy, if, finally, you have a nagging feeling that something is very wrong with our country, bear with me, for I have sad news.
V for vendetta is about us.
Not entirely, really; it could be argued that the fascist regime it depicts having taken over our country is marginally better than what we’ve tolerated so far, since its violence is manifest, and the extremes to which it goes carry the seed of its own destruction.
It could also be argued that for all their brutality, their xenophobia, their experimentations, the characters in this book are better than us, because their apathy is short winded, and that the crimes they commit are not reinterpreted as a generous if misunderstood effort to promote good versus evil by leader and follower alike.
V for vendetta is a book of what we could have been, and what we could still be. It is the book which tells me all is not lost.
As far as I am concerned, it is the book I will read to my children when they ask me about England, and are too scared or disgusted by the history books and the news.

LLOYD, David. V pour vendetta. Paris, Zenda, 1999.

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Sexe heureux 24 février 2010

Filed under: BD — Roane @ 2:52
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Davide : Et voilà. J’aurai pourtant tout tenté pour faire paraître un billet, si pas objectif, du moins constructif, sur le Happy sex de Zep, mais sans l’aide de mes collègue hibouquineurs pour faire contrepoids à la détestation sans bornes que je voue à l’oeuvre de Zep, ce billet va être fichtrement vite complété. Donc : Au secours ! Y’aura-t-il quelqu’un pour me sauver du marais stagnant de la critique bête et méchante dans lequel je risque de sombrer ?
Roane : Tchô, me voilà, prête à cet exercice de critique à deux voix, car comme le démontre si bien Zep « A deux c’est mieux ». Bon, je crois avoir compris que tu n’as pas aimé le dernier Zep ? Ben moi, n’étant pas une fine Zepologiste, j’ai été plutôt réceptive à son humour. Je dois avouer que ses aquarelles m’ont bien fait rire et que je n’ai pas cherché à savoir pourquoi. J’ai pris ces courtes scènes de la vie quotidienne (ou quasi…) comme elles venaient et j’ai pouffé si fort parfois que ma douce moitié s’est réveillée… puis s’est rendormie…
D : Merci, merci, merci pour cet optimisme de si bon ton que je vais m’efforcer de faire durer un peu plus longtemps que les 800 grammes de plaquettes nougat/chocolat que j’ai reçus dimanche dernier. Car tu as raison : si l’on recense les points positifs de Happy sex, on peut dire : Il est assez drôle. Pas de grandes claques sur les cuisses, pas de boisson gazeuse qui gicle par les narines, mais drôle à pouffer.
R : Difficile de parler (qui plus est, de dessiner) du sexe sans s’aventurer au pays du lourd. Pourtant, il me semblait justement que notre artiste genevois a évité les zozos à la Rocco, les lolos des bimbos et les gags éculés (!). Ce sont des gens comme toi et moi (ou presque) qui se mettent dans des situations plausibles, donc risibles. A mon avis Zep ne cherche pas à faire fantasmer, c’est la différence appréciable avec des Manara ou Varenne.
D : Certes, comment dirais-je ? Pour une bande dessinée sur le sexe « proche du peuple », il est un peu trop « pop ». C’est finalement ce que je reproche toujours (à haute, intelligible et hystérique voix) à Titeuf (les BDs, bien sûr, les romans Titeuf sont une aberration spatiotemporelle issus d’une dimension parallèle particulièrement maléfique où ils sont utilisés pour punir les larves de Shoggoths pas sages) : à force de vouloir faire dans l’humour facile, on retrouve toujours les mêmes stéréotypes vaseux et l’humour pipi-caca qui peut prêter à sourire, mais fatigue très vite. C’est d’autant plus un comble pour un Genevois : alors qu’on se trouve dans le creuset des mélanges de cultures et de niveaux de vie, Happy sex ne donne à voir, hormis une Asiatique et un très bronzé, que de bons petits Suisses (au sens laitier du terme) dans une moyenne financière et culturelle, et bien, très moyenne. Or, en tant que sale pas-de-chez-nous, je peux t’assurer que d’être d’une culture immigrée est une mine quasi inépuisable pour qui est à la recherche de filons sexuels bien gras à exploiter. Mais bon, ce n’est pas aussi grave que l’absence flagrante et impardonnable d’homosexuels. Bon sang, on est au 21ème siècle, et une vignette où la copine invite sa meilleure copine au lit pour faire plaisir à son copain n’est plus tolérable comme représentation de l’homosexualité (pour info, elle est tout juste tolérable comme représentation de quoi que ce soit). Désolé je m’emporte.
R : Du calme Joe, heu Davide… Evidemment, je ne cherche pas en lisant du Zep de message particulier, de prise de position pour ou contre l’homosexualité, les minarets ou la fumette dans les sacristies. Il ne fait que montrer du Suisse moyen (ce qu’il connaît) et c’est plutôt sympa de se montrer tel quel, aussi moyen que ses lecteurs et ses lectrices. En lisant ce genre de BD, j’accepte d’être une moyenne personne dans une société moyenne qui s’amuse franchement, jusqu’à en perdre parfois tous ses moyens. Par exemple, l’histoire du gars qui met ses joyaux ramollis sur le rebord de la fenêtre pour les rafraîchir et leur redonner la santé, tout cela sous le nez de ses vieux voisins bigleux qui s’exclament : « Ils ne savent plus quoi inventer », alors oui, j’assume mon rire gras. Bon, je pense qu’il faut songer à conclure car on ne va pas se mettre d’accord et t’es déjà tout rouge… de colère et je crains pour ta santé et la mienne.
D : Vstflgr… grnx… heum ! Voilà, ça va mieux. En effet, il faut être sacrément frustré pour s’acharner à essayer de trouver un sens profond à ce qui est manifestement un produit destiné aux devantures de kiosque, juste à côté du dernier Chessex, mais permets-moi tout de même un dernier râle désespéré : n’est-il pas humain de croire qu’il est possible de mêler l’humour et conscience du monde qui nous entoure un peu pointue (ou alors biaisée qui s’assume) ? Ne peut-on rire aussi de nos amis déviants homo-bi-trans ? Sommes-nous à ce point en manque de rassurance que le seul fétichisme visible est celui du masque/martinet ? (nos lecteurs seraient très, très surpris de ce qui tient du fétichisme. Surpris et un peu honteux sans doute). Et surtout le préservatif est-il à ce point difficile à dessiner qu’il ne doit être réservé qu’à la place d’accessoire humoristique (voir à ce propos l’article de Michel Rime). Sans doute. Je suppose qu’il faut bien commencer quelque part. Après tout, le personnel des Bibliothèques municipales se tient (discrètement) à la disposition des lecteurs qui, ayant brisé le tabou du sexe (et leur tirelire) avec Zep, auraient peut-être un peu envie d’explorer les pistes littéraires sur ce vaste sujet. Ah oui, une dernière chose : pourquoi le titre en anglais ? « Sexe heureux » aurait été un titre sympathique, non ? Enfin, soyons courtois, je te laisse le mot de la fin…
R : Une « happy end » ? Davide et Roane s’en allèrent prendre un café et parlèrent de toute autre chose que de Zep. Une « very happy end » ? Les fans de ce blog se précipitèrent pour écrire un commentaire enflammé à ce billet d’humeurs…

ZEP. Happy sex. Paris, Delcourt, 2009. 61 p.

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Snowtown 26 novembre 2009

Filed under: BD — davide @ 10:00
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fell_1_snowtownEt encore une bande dessinée. Vraiment, ce n’est pas ma faute.
Ben Templesmith est, du moins en terre anglo-saxonne, un nom qui apparaît de plus en plus souvent sur la couverture des bandes dessinées si pas les plus révolutionnaires du moins les plus populaires (citons par exemple son travail sur quelques chapitres de Silent Hill, mais encore Trente jours de nuit).
Son style, mélange incongru de flous aquarelleux et  de personnages ayant des têtes de collages de salle de classe primaire, est de ceux que l’on remarque et que l’on adore ou qui donne de violentes nausées. L’un comme l’autre c’est tant mieux, car Templesmith n’aime pas les histoires gentilles, et son style le sert très bien :
Snowtown est une banlieue triste, pauvre et misérable. Jusque-là tout va bien, mais l’inspecteur Fell, qui vient de s’y faire officiellement muter (officieusement, s’il traverse le pont qui mène hors de Snowtown, il est mort) pour une raison qui ne sera pas révélée, remarque bien vite que les choses sont peut-être un peu moins roses qu’en apparence, et ce grâce à plusieurs indices :
– Le poste de police ne comporte que trois inspecteurs et demi (un est cul-de-jatte), une secrétaire névrosée et un chef sur-médicamenté (sa première phrase en rencontrant Fell : « Je ne pleurais pas. »)
– Snowtown est une vil(l)e fantôme ; les seules habitations et rares commerces encore fonctionnels ne le sont que grâce à un obscur graffiti qui les protège (inutile de demander contre qui ou quoi).
– L’amie de Fell, en guise de bienvenue, lui brûle le sus-mentionné graffiti au fer rouge sur le cou. Il faut savoir que ça partait d’une bonne intention. D’ailleurs, cela lui évitera de se faire éviscérer trois fois en deux jours.

Fort du constat que cette ville a de très bonnes chances de figurer en haut du top 50 des plus belles destinations pour âmes damnées, Fell ne voit d’autre option que de devenir SON inspecteur, celui qui y fera régner l’ordre, la loi et la justice. Ou du moins la justice, dans un genre plutôt « œil pour œil / organe interne pour organe interne » que « constat à l’amiable ». Car confronté à des crimes dépassant l’entendement, à des criminels victimes d’autres criminels, l’enquête elle-même semble perdre toute substance au profit des abîmes de cruauté et de violence dont sont capables les citoyennes et citoyens de la bourgade et, compte tenu que le simple fait de vivre à Snowtown est une punition en soi, il s’agit pour son inspecteur avant tout de rétablir un équilibre, voire de soigner ses propres psychoses (car il en a, et pas des moindres…)
Mais sachons être consciencieux, voire pinailleurs : cette bande dessinée est, pour parler franc, plutôt crade, autant à un niveau primaire et grand-guignolesque que dans les méandres narratifs et psychologiques plus subtils, ce qui a pour effet de fournir au moins un chapitre complètement insoutenable à chaque lecteur (j’ai trouvé le mien mais le garde précieusement). A ce propos, il est intéressant (certes, pour moi), de constater que certains thèmes de société (sauvagerie et misanthropie en milieu urbain défavorisé, âgisme, entre autres) sont utilisés de manière très crue en parallèle d’autres passages, personnages ou interactions de personnages somme toutes un peu fleur bleue.
Finalement, je me dois de relever que les différents chapitres ne se répètent pas, que se soit en forme ou en fond et qu’il y a un peu surenchère de l’atmosphère de cauchemar si chère à cet illustrateur, mais qu’elle fait parfois place à un humour dévastateur qui se lit très bien malgré la traduction.
Clairement, un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, car il en ressortirait fort sali.

TEMPLESMITH, Ben. Snowtown. Paris, Delcourt, 2007. 143 p.

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Des nouvelles du futur 23 novembre 2009

Filed under: BD,Science fiction — florent @ 10:32
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Tranmetropolitan, Darick Robertson, Panini comics

Tranmetropolitan, Darick Robertson, DC comics

Au premier abord, Transmetropolitan a tout d’une caricature de comics : couleurs criardes et dessin excessif, violence exacerbée. Comme souvent, il vaut la peine de passer outre la première impression. Certes, la série reste bavarde et crue, mais l’anticipation qu’elle propose vaut le détour. Nous sommes au 23ème siècle dans des Etats-Unis, là aussi, caricaturés à l’extrême. Nous suivons un journaliste gonzo au nom improbable de Spider Jerusalem. Il a évidemment quelques point commun avec son inspirateur, Hunter S. Thompson, l’inventeur du genre : la plume acide, l’immersion dans un réel passé au filtre de sa propre subjectivité, mais aussi quelques travers, la drogue, la violence.
Spider quitte son exil montagnard pour revenir dans « la Ville » y dénoncer les dérives et, au détour, garnir son compte en banque. Dans cette métropole qui n’est jamais nommée, le vice et la corruption règnent en maîtres et les ghettos sont peuplés d’extra-terrestres et de mutants… Spider Jerusalem n’est lui-même pas étranger aux vices, mais il usera de toutes ses armes, au propre comme au figuré, pour combattre la corruption et l’hypocrisie.
Le premier volume relate donc ce retour à la Ville et au journalisme de notre héros, sa lutte pour la vérité dans de sombres histoires de corruption et de manipulation de population étrangère (extraterrestres…) et mutante.
Le second volume, épique, est  consacré à une campagne présidentielle et à l’affrontement de deux candidats.
Le dernier volume actuellement traduit en français décrit la déchéance du journaliste et n’est pas dénué d’émotion.
Une autocritique savoureuse en forme de série Z, comme seul l’Amérique sait en produire.

ROBERTSON, Darick, ELLIS, Warren. Transmetropolitan. Saint-Laurent-du-Var, Panini, 2007-2009 (4 vol.)
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Cancer and the City 27 octobre 2009

Filed under: BD,Biographie — Roane @ 11:41
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P1010197Témoigner de son cancer, c’est plutôt fréquent dans le monde des livres. Mais choisir de passer par la bande dessinée, voilà qui est plus rare, peut-être même unique et je ne peux donc que vous pousser à y jeter un oeil, le reste devrait suivre, tant ça remue.
Lorsqu’à 43 ans, Marisa Acocella Marchetto apprend qu’elle a un cancer du sein, c’est le « trou noir » dit-elle. Sur un fond bleu, des yeux apeurés. Au-dessous, de grosses lettres blanches surgissent du noir :
« Pétrifiée pour l’éternité dans l’immensité du néant et plongée dans une obscurité épaisse… Avec pour seul souhait de revenir à mes obsessions narcissiques et futiles, mes histoires d’ego, de poids, de peau grasse et de cheveux secs… Mais qui sait si j’aurai encore des cheveux ? Ou si je survivrai ? » Une flèche rouge pointée dans la noirceur : « Je suis là au fond ».
Le titre de cette BD autobiographique, Cancer and the City, se réfère à la série Sex and the City, un monde où la vie est facile, un brin superficielle, où faire ses cils rime avec ouah qu’IL est viril… Les intérêts de l’auteur, illustratrice pour The New Yorker et Glamour, tournent autour de la mode (fashion, ma fille, fashion qu’est-ce t’es pas chébran !) du shopping, des soirées hype et de son bello Silvano. La tumeur déboule dans ce jeu de dame. Un carton. Tout s’effondre. Commencent alors 11 mois de galère qu’elle décide de raconter dans un genre de journal de bord illustré. Pour ne pas alourdir le propos, elle choisit des couleurs flashy qu’elle ponctue d’irrésistibles touches d’humour. A coups de  jaunes pissenlit, de rouges coco en colère, de roses bachelot, de violets à faire trembler de jalousie les soutanes des évêques, elle réussit à nous embarquer dans son combat. Qui, malheureusement, n’a pas dans son entourage une personne atteinte de cette maladie de m… ? Rare pourtant celle qui la raconte dans le détail. Pour elle, difficile de se confier ; pour nous, difficile d’écouter, de supporter.  Lâchement peut-être, maladroitement certainement, on parlera « d’autre chose ». Ici, depuis l’annonce du médecin faite avec un sourire pepsodent se voulant rassurant (je la cite : « Sourire de 3 km version 2 et 3, pas de doute c’est sérieux »), suivie des réactions de la famille, des amis, l’avant-pendant-après l’opération, en passant par les problèmes d’assurance maladie aux States, pour terminer par les 8 chimios, les 33 séances de rayons, la rémission, l’auteure nous dit tout d’une manière tellement originale et émouvante que nous ne pouvons que l’accompagner.  La dernière image est superbe, imaginez notre (car à ce stade, elle est vraiment devenue notre copine) Marisa en voiture avec son amoureux, il pleut très fort : « Tu sais quoi Silvano ? Che bella giornata ».

ACOCELLA MARCHETTO, Marisa. Cancer and the city. Paris, Iconoclaste, 2007. 211 p.

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