L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les décisions absurdes 27 septembre 2011

Bon.

Et bien, puisque j’ai passé tout mon été à essayer de trouver de la fiction qui me prenne vraiment, sans aucun succès, vous allez devoir subir ce petit bijou de documentaire, que je me permettrai d’introduire par sa première phrase:

L’objectif de cet ouvrage est de décrire, analyser et comprendre des décisions étranges: celles où leurs auteurs agissent avec constance et de façon intensive contre le but qu’il se sont fixé.

Je vous imagine sourire, un de ces petits sourires narquois, un seul coin des lèvres très LÉGÈREMENT relevé, les yeux un peu dans le vague dès le moment ou votre mémoire vous fait une séance gratuite des meilleurs moments de cette veine d’occasions si particulières que sont celles des situations d’échecs absurdes, qui (si j’en crois mon expérience personnelle) sont de plus en plus habituelles pour le commun des mortels du monde occidental.

Christian Morel, cadre dirigeant dans une grande entreprise industrielle – mais ce n’est pas une raison de lui en vouloir – utilise donc 14 cas, allant de l’explosion de la navette américaine Challenger en 1986 à l’achat d’une montre analogique dont seuls les numéros (et pas les aiguilles) sont phosphorescents pour illustrer les mécanismes cognitifs (humains) qui mènent à des décisions absurdes.

Pour préciser, est absurde une décision qui ne fait pas sens même dans son contexte ; ainsi, la magie n’est pas absurde pour qui y croit, un peu comme le cocktail vin rouge/coca.

Et bien ce livre est vraiment très sympathique : d’une part il flatte les tendances voyeuristes catastrophisantes de tout un chacun avec son ressassement de bourdes, boulettes et bêtises bêlantes. Et il y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, avec schémas s’il vous plaît. Il faut tout de même relever l’intérêt de la troisième partie, qui traite en particulier des décisions absurdes d’un point de vue collectif, et quels meilleurs exemples que les décisions absurdes prises dans les milieux professionnels pour illustrer cela, et c’est là que le salarié ordinaire se sentira probablement le plus à l’aise…

D’autre part, si la part de l’analyse cognitive est assez importante, elle est fort bien vulgarisée et illustrée, et que l’on soit d’accord ou pas avec les conclusions de l’auteur, son argumentaire est solide. C’est peut-être là le seul reproche que je pourrais trouver à ce livre (et il y a peut-être un petit lien avec la situation de l’auteur) ; il s’agit bien entendu de cette impression fort désagréable qu’à force de déconstruire les mécanismes tant individuels que collectifs, ou organisationnels qu’instinctifs, l’auteur oublie consciencieusement mais pas forcément à dessein les facteurs qui (de l’avis du monstre de cynisme que mon séjour sur cette sympathique planète à fait de moi) sont, si pas les plus importants dans les décisions absurdes, du moins fort bien représentés, j’ai nommé l’incompétence crasse, la mauvaise foi boursouflée d’hypocrisie, la mesquinerie fainéante, et la pure méchanceté. Ah, revoilà ce petit sourire…

Mais sinon, ça va.

MOREL, Christian. Les décisions absurdes : sociologie des erreurs radicales et persistantes. Paris, Gallimard, 2002. 309 p.

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Un libraire qui n’a pas la banane 22 septembre 2011

Filed under: Documentaire — Roane @ 4:59
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Toujours à l’écoute de ce qui se dit ou s’écrit sur le livre et la lecture, je ne pouvais rester insensible aux cris de ce Libraire en colère. Je connais la difficulté de la profession, les vagues que  le livre électronique provoque, le combat difficile avec l’Amazon mais, dans ce chaos, il y a aussi, je pense, des passages à creuser, des idées à trouver et il n’est pas nécessaire de devenir aigri comme Monsieur Delhomme, ça ne fait de bien ni aux livres, encore moins aux libraires, voyez plutôt…

Posons le décor. En 1981 quand François Mitterrand plantait ses roses à l’Elysée, notre libraire le suivait et s’installait au Rond-point des Champs-Elysées. Le président n’avait pas le choix de son lieu de travail… le libraire, si. Au milieu des boutiques et des restaurants de luxe, difficile de se distinguer. J’imagine qu’il a dû vivoter tant que l’économie n’était pas trop mauvaise jusqu’à se retrouver au bord de la faillite aujourd’hui. Payer un loyer de 5’000 euros est juste inconcevable pour une librairie… N’aurait-il pas fallu déménager plutôt que de mourir en milieu hostile ?

Dans son livre, il rend tout et tout le monde responsable de sa chute… sauf lui. Pas de remise en question, de réflexion, seulement des accusations maladroites : « Si les parents se montraient bons, ou moyens lecteurs, ils donneraient ainsi un magnifique exemple ». Il oppose en permanence le livre au DVD ou au cinéma qui sont pour lui la mauvaise culture, celle qui ne demanderait aucune réflexion. David Lynch plus accessible que Marc Lévy ? Pas un mot non plus sur les petits disquaires qui sont tombés les uns après les autres mais la musique semble également l’agacer ; il a horreur de ces gens qui en écoutent partout et qui feraient mieux de lire. CD, DVD, cinéma, TV, ordinateur, ce monde de sons et d’images le dérange :

Dès que ça bouge, « que ça s’explique tout seul », il n’y a aucun effort à faire, on peut espérer de leur part un minimum d’attention. Toutes ces tables remplies de livres dans un silence religieux peuvent provoquer une certaine irritation, peut-être même des démangeaisons. Il ne faut pas leur faire peur.

Dans sa librairie, rien d’autre que des livres, du silence et des personnes comme lui, qui doivent se gargariser de « c’était tellement mieux avant ».
Ce qui est aussi choquant dans ce pamphlet c’est l’accueil que le libraire réserve à celui qui ose pousser sa porte. Le malheureux est alors l’objet de toutes sortes d’interprétations, de jugements fortement teintés de mépris. A la place du curieux, comment ne pas faire un petit tour et vite s’en aller, poussé par de trop mauvaises ondes.

La tentation est grande d’en freiner un, de l’attraper par le col, et brutalement de lui demander ce qu’il fait là. Lui demander s’il a lu Valéry Larbaud ou le dernier essai de Finkielkraut, s’il sait lire, s’il voit, s’il me voit ou si ça n’est qu’un rêve ou si je suis son cauchemar.

Comme Emmanuel Delhomme a également horreur de la télévision, il dédaigne le client bafouillant une référence ou ayant griffonné et estropié le nom d’un auteur vu dans « le poste » ; il le singe méchamment : « Vous savez l’émission deeû, sur laaâ chaîne vers 22 heures. Ma solution c’est de leur demander si celui auquel il pense a bien une chemise rouge ou bleue ou verte. Habituellement ça les calme et on n’est pas obligé d’aller plus loin ».
Voilà, c’est dit, « pas obligé d’aller plus loin » ;  l’autre en face n’est  qu’un stupide téléspectateur, un client qui ne mérite pas ce libraire, il n’a qu’à s’en aller à la grande surface la plus proche. Il se dira que décidément les livres ne sont pas faits pour lui. Quelle arrogance Monsieur Delhomme ! En lisant cet extrait, vous ne vous dites pas qu’il l’a bien un peu cherchée, sa faillite ?

Et le pauvre touriste (évidemment dans le coin, il en passe) qui ose demander « Vous ne savez pas où est la Rue de Marignan ? » et la réponse qui hérisserait le chignon de la plus ringarde des bibliothécaires « Puisque je ne sais pas, pourquoi me le demandez-vous ? ». A plusieurs reprises, il fait preuve de mépris face aux gens qui ne s’expriment pas correctement, pas comme devrait parler un habitant d’un beau quartier, un vrai lecteur avec une vraie culture…

Dans un autre chapitre il énumère toutes les questions qui le fâchent et là encore, on se dit que ce libraire a définitivement perdu tout le goût des Autres et de leurs différences. Voyons  un peu ces questions qu’il juge tellement agaçantes : « Combien de livres lisez-vous par semaine ? On voit bien que vous êtes un passionné. Quand vous dites que c’est un chef-d’oeuvre, ça veut dire quoi ? Si la personne à qui j’offre ce livre ne l’aime pas, peut-elle venir l’échanger ? » … Quand je pense que dans la bibliothèque où je travaille la question récurrente est :  « Vous avez des toilettes ? », je n’ose imaginer sa réponse.

Mais revenons rapidement à sa bête noire, le livre électronique qui tuerait les libraires. Point de statistiques ici, ni de recherches approfondies. Emmanuel Delhomme n’imagine pas qu’une personne puisse lire un roman classique sur une tablette, une bande dessinée qu’il a achetée en librairie et un essai qu’il a commandé par Amazon. Pour Emmanuel Delhomme, le monde est tellement simplifié qu’il en devient caricatural.

Emmanuel Delphomme s’offusque aussi du succès du livre Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Il s’en prend aux personnes qui viennent acheter ce petit opuscule (et qui ne reviendront certainement pas après avoir entendu les jugements désagréables sur leur achat). Il reproche donc à Hessel cette invitation à s’indigner et de ne rien faire. Sauf que Stéphane Hessel a fait la guerre, a été torturé, envoyé à Buchenwald, puis à Dora, a échappé deux fois à la pendaison. Par la suite il a été très actif pour le respect des droits de l’homme et encore aujourd’hui, à 87 ans, il se bat pour la paix dans le monde. Rappelons aussi que Hessel a renoncé à ses droits d’auteurs, 55% vont aux distributeurs qui redonnent… aux libraires… Si ça c’est ne rien faire !
En terminant la lecture de ce livre, je suis heureuse de l’avoir emprunté gratuitement dans ma bibliothèque.

Pour ne pas finir sur une note pessimiste, je vous conseille plutôt N’espérez pas vous débarrasser des livres. Il s’agit d’une discussion à bâtons rompus entre Umberto Eco (l’auteur du fameux Nom de la rose et aussi médiéviste, sémioticien, etc.) et Jean-Claude Carrière (écrivain, dramaturge et scénariste qui a beaucoup travaillé avec Buñuel). Tous deux sont des passionnés de livres anciens mais aussi de cinéma, de culture en général. Ils ont l’intelligence de réfléchir, de prendre le temps d’analyser les changements et d’en voir les avantages et inconvénients. Pour eux, le monde n’est pas noir ou blanc.

Il est évident qu’un magistrat emportera plus facilement chez lui 25000 pièces d’un procès si elles sont mémorisées dans un e-book. […] De toute façon nous ne pourrons plus lire les Tolstoï et tous les livres imprimés sur de la pâte à papier car ils commencent à se décomposer dans nos bibliothèques. […] Sans électricité, tout est irrémédiablement perdu. En revanche, nous pourrons encore lire des livres dans la journée, ou le soir à la bougie, quand l’héritage audiovisuel aura disparu.

DELHOMME, Emmanuel. Un libraire en colère. Paris, Editeur, 2011. 93 p.
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HESSEL, Stéphane. Indignez-vous. Montpellier, Indigène, 2010 (Ceux qui marchent contre le vent). 29 p.
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CARRIERE, Jean-Claude ; ECO, Umberto. N’espérez pas vous débarrasser des livres. Paris, Grasset, 2009. 330 p.
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Le Musée invisible 21 septembre 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 3:47
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De tout temps, les oeuvres d’art ont suscité la convoitise et ont fait l’objet d’innombrables vols. Derrière ces actes se cachent de multiples motivations qui vont du pur intérêt mercantile à l’avidité de collectionneurs avertis ou de cleptomanes audacieux. Régulièrement, la presse fait état de telle ou telle oeuvre qui a été dérobée à son propriétaire et dont la valeur se monte souvent à des dizaines de miliers de francs, voire plus.

Les musées payent un lourd tribut à cette forme de délinquance qui non seulement porte préjudice à la cohérence de collections patiemment réunies mais qui prive aussi d’accès les visiteurs à des oeuvres qui appartiennent au patrimoine artistique de l’humanité. Ainsi, ce sont des dizaines de Picasso, de Renoir, de Rembrandt et presque autant de Monet, de Matisse et de Warhol qui ont disparu de la circulation et qui demeurent pour l’instant introuvables.

Dans le Musée invisible de Nathaniel Herzberg, nous prenons la mesure de la richesse et de l’importance des oeuvres d’art qui ont été spoliées. Et c’est avec effroi que nous apprenons par exemple qu’une magnifique vue d’Auvers-sur-Oise de Paul Cézanne n’est plus visible par l’amateur, ou que La Plage de Pourville de Claude Monet – découpée sur son cadre – s’est envolée vers d’autres horizons. Mais c’est avec fascination aussi que nous découvrons les conditions – parfois rocambolesques – dans lesquels ont été commis ces forfaits : nous sommes surpris et presque admiratifs devant l’audace dont ont fait preuve certains voleurs pour s’emparer de l’objet convoité. Au final, nous restons toutefois pantois devant les mesures de sécurité – malheureusement insuffisantes – qui n’ont pas su protéger de la convoitise toutes ces merveilles de la création humaine.

Et parfois, cela frise presque le gag.

Que penser par exemple lorsque trois hommes masqués aux commandes d’un camion-grue emportent une sculpture en bronze de 2,5 tonnes réalisée par l’artiste Henry Moore en moins de dix minutes, à l’insu de caméras de surveillance et de lourdes grilles de protection ? Et que la pièce aurait quitté le Royaume-Uni sur un cargo à destination de Rotterdam, pour gagner ensuite l’Asie ? Estimée à 150’000 livres sur le marché de l’art, cette oeuvre aurait ensuite été découpée en morceaux, fondue, puis revendue au cours du bronze de l’époque, soit environ 1’500 livres…

HERZBERG, Nathaniel. Le Musée invisible. Paris, Toucan, 2009. 207 p.

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A la recherche des fantômes de l’Everest 2 septembre 2011

Le 8 juin 1924, George Mallory et Andrew Irvine grimpent à l’assaut de l’Everest, le plus haut sommet du monde jusqu’ici invaincu. Vers 13 heures, on les aperçoit une dernière fois à la jumelle depuis le camp de base situé quelques 3 000 mètres plus bas avant que les nuages se referment sur eux. Ils ne sont plus qu’à quelques centaines de mètres du sommet, on ne les reverra jamais.

Depuis, le mystère demeure. Mallory et Irvine ont-ils atteint le sommet de l’Everest ou ont-ils succombé avant, quelque part sur les pans de la montagne ? Si l’hypothèse de la réussite se vérifiait, ils auraient alors accompli l’incroyable exploit d’avoir foulé le plus haut sommet du monde 29 ans avant Edmund Hillary et Tensing Norgay.

Durant des décennies, aucune trace des deux alpinistes anglais ne fut trouvée jusqu’à ce jour du 1er mai 1999 lors duquel une expédition américaine conduite par Conrad Anker découvre le corps momifié de George Mallory à 8 229 mètres dans un éboulis de la face nord de l’Everest.

La nouvelle fait sensation et relance toutes les hypothèses. Parmi les objets retrouvés sur Mallory il y a des lettres, une paire de lunettes, mais pas d’appareil photographique. Nous savons que Mallory et Irvine possédaient chacun un appareil photographique lors de leur tentative d’ascension. Cet objet, s’il était retrouvé, pourrait apporter la preuve de leur réussite ou la confirmation de leur échec. La question essentielle demeure : ont-ils atteint le sommet ce fameux 8 juin 1924 ?

A travers une passionnante enquête, Conrad Anker et David Roberts tentent de recomposer le puzzle avec les éléments dont ils disposent. Leur récit retrace l’histoire de l’expédition de Mallory et Irvine, les diverses tentatives de recherche, la découverte du corps de Mallory et la reconstitution de ce qui a pu se produire avant l’accident. Toute la lumière n’a pas encore été faite car il manque toujours le corps d’Andrew Irvine et ces fameux appareils photographiques qui livreront peut-être, un jour, la vérité.

Le mystère de l’appareil photographique de George Mallory et la preuve qu’il pourrait contenir est un élément central de la trame de la fascinante bande dessinée en 5 tomes dessinée par Jirô Taniguchi  et intitulée Le Sommet des dieux.

Photographe et alpiniste, Fukamashi acquiert dans une échoppe de Katmandou ce qu’il pense être l’appareil photographique de George Mallory mais se le fait mystérieusement dérober. La disparition de cet objet lui fait supposer qu’il était bien en possession du fameux appareil. Déterminé à le retrouver à tout prix pour faire la lumière sur l’expédition des deux Anglais, il se lance dans une enquête semée d’embûches.

La route sera longue et jalonnée de rebondissements. Dans sa quête, Fukamashi croisera le chemin du charismatique et ombrageux Habu Jôji – un alpiniste emblématique – et s’intéressera de près à son rival Hase Tsunéo, personnage librement inspiré du célebre alpiniste japonais Tsuneo Hasegawa.

Mythes, fiction et réalité s’entremêlent dans une histoire passionnante qui captera chacun sans difficultés. Là réside le génie de Jirô Taniguchi qui s’impose comme l’un des plus grands maîtres du manga : réussir à fasciner le lecteur avec une trame de prime abord confidentielle et réservée à un public averti d’amateurs de montagne et d’alpinisme.

Jeffrey Archer, lui, est bien connu des amateurs de romans policiers. Et des tabloïds britanniques également, car cet ancien homme politique a été au centre de nombreux scandales qui lui ont même valu d’aller directement en prison sans passer par le start. On passera sur certains détails croustillants de sa vie d’avant – ce que fait également son éditeur en 4e de couverture – une façon élégante d’arrondir les angles.

Et puis nous ne sommes pas là pour polémiquer, car Jeffrey Archer est un écrivain efficace dans son genre qui a déjà quelques best-sellers à son actif et un certain nombre de lecteurs fidèles. D’ailleurs, j’en fais un peu partie puisque j’ai dévoré son dernier roman – parlons plutôt de biographie romancée – intitulé Le Sentier de la gloire dans lequel il raconte de manière haletante la vie de George Mallory, de son enfance à ce jour funeste sur l’Everest. 

L’écriture est efficace, le suspens savamment construit et le propos très vivant, teinté de ce flegme, de cette ironie et de cet humour so british qu’on affectionne. On rentre tellement vite dans l’histoire qu’on en oublie presque qu’elle est basée sur des faits réels. On se surprend à avancer la lecture avec frénésie pour en savoir plus tant on est tenu en haleine alors que l’on connaît déjà la fin. Bref, c’est un très bon roman que l’on tient entre les mains, une réussite.

Les amateurs de récits d’alpinisme liront l’un, les passionnés de bandes dessinées l’autre, les amoureux de la romance le troisième, peut-être tous. Personnellement, je vous conseille la lecture de ces trois oeuvres car il est absolument jouissif de découvrir comment un sujet peut être traité sous trois formes et sous trois angles différents. Cela permet également d’inscrire Le Sommet des dieux dans son vrai contexte et de prendre la mesure du travail scénaristique sous-jacent. De toute façon, vous n’y résisterez pas car le sujet est passionnant et ces trois lectures absolument délectables.

ANKER, Conrad ; ROBERTS, David. A la recherche des fantômes de l’Everest. Grenoble, Glénat, 2000. 260 p.

Disponibilité

TANIGUCHI, Jirô ; BAKU, Yumemakura. Le Sommet des dieux. Bruxelles, Dargaud Bénélux, 2005. 5 volumes

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ARCHER, Jeffrey. Le Sentier de la gloire. Paris, First, 2010. 503 p.

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Mainstream 31 août 2011

A cette heure où tout le monde, son chat et son voisin ont le droit et les moyens d’être créateurs de contenus sur la vaste toile de l’interweb, je sens peser de tout son poids le doute que j’ai quant à mes qualifications pour vous présenter – et tenter de vous influencer au sujet de, cela va sans dire – Mainstream de Frédéric Martel.

Car le type est une pointure ; dans le désordre, écrivain (de livres adaptés en films), journaliste, docteur en sociologie, attaché culturel aux USA (2001-2005), enseignant, animateur…

C’est probablement grâce au bagage hérité d’une telle variété d’activités professionnelles à tendance culturelle que Martel est à l’aise pour écrire Mainstream, car les sujets couverts par ce titre sont nombreux, compliqués, et difficiles à présenter.

Martel part donc d’un constat. Non, de deux constats : le premier est que ses sources bibliographiques peuvent très bien vivre ailleurs que dans le livre, c’est donc mon premier documentaire sans bibliographie, car celle-ci se trouve sur un site web qui lui est dédiée, avec en boni des outils, des documents et diverses statistiques, ce qui est plutôt aimable.

Deuxième constat : la culture de masse est américaine. Martel expliquera bien vite que cette affirmation ne relève en rien d’une notion nationale, mais plutôt d’une stratégie géopolitique et économique, selon le modèle : chercher l’argent.

En utilisant des exemples cohérents des pays qui s’offrent une culture de masse exportable et rentable, dans les domaines du cinéma, de la télévision et de la musique (la littérature est curieusement absente de l’exercice, ce qui pourrait indiquer que les gens qui lisent « encore » sont profondément alternatifs voire même PUNKS !), Martel arrive à tisser une trame bien solide, mais surtout digeste, d’arguments non seulement parlants, mais qui en plus se répondent. Ainsi, si son argumentaire ne suit pas une ligne géographique rigide, il passe néanmoins par les jalons culturels les plus représentatifs, que ce soit le cinéma hollywoodien et ses modèles de succès planétaire (de par son nivelage par le bas), ses échecs chinois, son intérêt pour le marché émergent du cinéma indien qui, lui-même, a des vues sur les populations indiennes migrantes. Cinéma indien qui fait d’ailleurs concurrence aux chaînes télévisées « arabes », qui ont des visées panarabes voire pan-musulmanes, malgré les apparentes contradictions à voir des ressortissants de pays plutôt peu ouverts à la culture occidentale financer des émissions tournées dans des pays plus « occidentalisés » pour être ensuite diffusés ou vendus de manière vaguement illégale dans des pays aux normes fluctuantes.

Ce que le livre de Martel illustre parfaitement est la grande part d’arbitraire et d’illogisme dans tout ce qui touche aux « affaires culturelles », mais aussi le gigantesque nivellement par le bas dès que la norme de ces mêmes cultures devient « globale ».

MARTEL, Frédéric. Mainstream : enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde. Paris, Flammarion, 2010. 460 p.

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Platon et son ornithorynque entrent dans un bar … 11 août 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 8:00
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En principe, il y a peu d’humour dans la philosophie, sauf peut-être quand Bernard-Henry Lévy se prend une tarte. C’est du moins ce que pense la majorité d’entre nous face à la profondeur de l’abîme intellectuel qui nous sépare de la pensée hermétique des grands philosophes de ce monde.

En revanche, il y a toujours un peu de philosophie dans l’humour. Dans chaque bonne blague, il y a une situation, un raisonnement, une chute qui font appel à des mécanismes issus de la logique chère aux philosophes grecs. On se surprend à rire d’une conclusion inattendue, d’un jeu de mots ou d’une construction fondée sur l’incohérence et la surprise et derrière lesquels se cache souvent en trame de fond une bribe de morale qui trouve une résonance dans notre vécu quotidien.

D’ailleurs, Ludwig Wittgenstein himself avança l’idée qu’on pouvait écrire un ouvrage de philosophie sérieux composé de blagues. Sans doute trop accaparé par des raisonnements tourmentés et des pensées abstraites – et ayant un goût peu prononcé pour l’humour – il ne donna pas suite au projet. Dommage, on aurait aimé rire avec Wittgenstein, surtout le soir avec des amis autour d’une bonne bière …

Il aura fallu attendre la rencontre fortuite entre deux rigolos sur les bancs de l’Université de Harvard pour que ressurgisse ce projet. Au départ, rien ne prédestine Thomas Cathcart et Daniel Klein à faire de l’humour leur fonds de commerce. Diplômés de philosophie, l’un mène une brillante carrière dans le social et l’autre oeuvre comme écrivain et scénariste pour le théâtre. Leur amitié reste indéfectible et quand l’un tient une bonne blague, il la partage immédiatement avec son compère.

Un jour, Daniel en sort une bonne à Thomas et Thomas réagit en déclarant : « Ahah ! Voilà une réponse hégélienne à ce qui devait s’entendre comme une question existentielle. » Le dialogue se poursuit et aboutit à la conclusion qu’il faut écrire un livre de vulgarisation philosophique à base de bonnes blagues et d’humour. Daniel et Thomas louent une chambre de motel et s’y enferment avec une pile d’ouvrages de philosophie et autant de livres de blagues.

Un peu plus tard et après avoir été refusés par quarante éditeurs, ils parviennent enfin à publier Platon et son ornithorynque entrent dans un bar. L’ouvrage devient vite un succès de librairie, d’autant plus facile qu’il réunit à la fois les amateurs de philosophie et les amateurs de bonnes blagues. Il fallait y penser…

Voici par exemple une illustration du raisonnement par analogie que l’on y trouve. Le raisonnement par analogie est un raisonnement par association d’idées, combinaison et synthèse.

Trois élèves d’une grande école d’ingénieurs sont en train de débattre du pedigree exact de ce Dieu qui a conçu le corps humain. Le premier dit : « Dieu doit être ingénieur en mécanique. Regardez toutes les articulations. »

Le deuxième dit : « Je pense que Dieu est un ingénieur en électricité. Le système nerveux a des milliers de connexions électriques. »

Le troisième dit : « En fait, Dieu est un ingénieur civil. Qui d’autre aurait pu faire passer un tuyau d’évacuation des matières toxiques à travers une aire de loisirs ? »

Pouf, pouf, pouf … Et des histoires comme celle-là, il y en a encore plein d’autres pour illustrer d’autres concepts ardus tels que l’existentialisme, l’émotivisme ou le rationalisme.

Et si vous en voulez encore, lisez aussi, des mêmes auteurs, Kant et son kangourou franchissent les portes du paradis ainsi que le sympathique article paru dans Philosophie Magazine qui présente la démarche de ces deux spécimens. Grâce à eux, nous savons maintenant qu’en faisant rigoler les copains avec une bonne blague de caserne, nous sommes tous un peu des philosophes. Ca fait du bien au melon, merci les gars…

CATHCART, Thomas ; KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar. Paris, Seuil, 2008. 253 p.

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New York, deux fois New York 8 août 2011

Quand on cherche à mieux comprendre la ville de New York, le livre de Paul Morand (1886-1976) est régulièrement cité. Ce New York écrit en 1929 est donc la référence, la lecture à entreprendre. Ni le ton, ni le propos ne sont dépassés. Ils peuvent parfois être discutables mais à juger avec les lunettes de l’époque ; il reste que l’auteur français a senti le développement de la ville et comme le dit Sollers dans sa préface : « il est un des seuls Européens à saisir l’événement ». Il pressent le rayonnement futur de la ville et c’est en visionnaire qu’il nous raconte son voyage.

Il commence par un bref historique de New York. En 1542, Verrazzano cherche une route septentrionale pour les Indes et passe tout droit… C’est en 1609 (le 11 septembre nous apprend Wikipédia !) que Hudson, le capitaine de la Demi-Lune (bateau de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) accoste sur cette terre couverte de forêt. « Des hommes rouges, couleur de sol » nagent autour du bateau. « Manhatte » disent-ils pour nommer le lieu. En 1664, ce seront les Anglais qui s’empareront de la Nouvelle-Amsterdam et la nommeront New York : le frère du roi Charles II, le duc d’York, était le commanditaire de l’expédition. La ville a son nom définitif mais n’est pas encore connue.
Ce n’est qu’en 1825, lorsque le canal Erié fut construit, que la ville se trouve au centre de tout le réseau des voies d’eau américaines. En 1820, New York ne compte que 125’000 habitants et en 1840, près d’un million (plus de 8 millions en 2010).
L’intérêt du livre est principalement la description du New York de 1925 quand Paul Morand la visite. Tout commence à la « Batterie », le quartier tout au sud de New York, « la proue de ce Manhattan effilé », l’endroit où Manhattan fut achetée aux Indiens, l’endroit où le touriste arrive par bateau. J’aime le langage imagé de Morand quand il décrit le bâtiment des douanes comme « aussi rébarbatif qu’un douanier américain ». Je vous livre le point de vue très personnel (c’est le moment de chausser vos lunettes des années 20 !)  sur la « gare de triage » des candidats à l’immigration :

Ellis Island n’a rien d’un enfer. C’est un grand hôtel administratif, avec des jouets pour les enfants, des douches et des vêtements gratuits, le cinéma, le soir, pour les grandes personnes.

Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts de New York et une visite au musée de Ellis Island montre une autre réalité que celle ressentie à l’époque par le voyageur.

Et dire que déjà en 1925 on évoquait la sécurité :

Le Rider’s, l’excellent guide que j’ai toujours à la main, indique un Musée de la sécurité qui m’intrigue, mais personne n’a l’air de le connaître et je ne puis réussir à le trouver ; ce Musée contient, paraît-il – enseignement muet – en effigie, tous les accidents possibles et toutes les catastrophes  connues, ainsi qu’une collection de roues cassées, de tuyaux recueillis après explosion, de poussière mortelle, enfermées dans des tubes de verres, etc. Sécurité d’abord, c’est la devise de l’Amérique moderne qui en a fini de vivre dangereusement !

Il est aussi très amusant d’entendre déjà parler d’hygiène alimentaire :

New York a une horreur biblique pour ce qui est impur ; aussi, ses restaurants ont-ils l’air de cliniques ; le moindre sandwich, le moindre morceau de sucre est vendu dans des sacs hermétiquement clos, les verres en papier son jetés dès que l’on y a bu. […] Dans les marchés, tous les produits sont étiquetés, classés, définis ; dans les halles circulent une armée d’inspecteurs de viandes et surveillants spécialistes des légumes, des fruits et surtout du lait ; le lait est contrôlé continuellement (il y a trois classes de lait) et tous ceux qui le manipulent doivent avoir passé un examen médical. L’on compte que la moitié de l’arrivage quotidien au marché est détruit. « Des restes de New York on ferait vivre l’Asie », me dit Claudel.

On sourit aussi à l’évocation d’une table d’hôte qui offre un buffet à volonté pour un dollar et demi tout en prévenant que ce qui restera dans l’assiette sera facturé… Avis à ceux qui ont les yeux plus gros que le ventre et aux radins ! Paul Morand écrit aussi de somptueuses pages sur les gratte-ciels et les ponts, en particulier sur celui de Brooklyn et on admire encore la modernité de cet homme qui, au lieu de se lamenter sur ce qui change,  regarde l’avenir  avec enthousiasme.

Je passerai sous silence quelques descriptions de Harlem et des Africains qui, hors contexte, auraient des odeurs racistes. De ce côté-là, Morand traîne des idéologies teintées de colonialisme, mais accordons-lui quand même une certaine ouverture  face au mélange des populations,  au métissage qu’il croise lors de ses déambulations sans qu’il ne s’en offusque.

Ne vous arrêtez donc pas sur les quelques travers de l’auteur qui n’était pas en avance sur tout… Débarquez à New York avec Paul Morand. Laissez-vous prendre par la fascination que cette ville a exercée sur lui, sur moi… et peut-être sur vous aussi ?

MORAND, Paul. New York. Paris, Flammarion, 2010 (GF ; 498). 223 p.
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Pour illustrer le livre de Paul Morand, je vous propose un ouvrage de photographies qui s’intitule également New York. C’est le genre d’ouvrage qui ne s’emmène pas en voyage vu sa grandeur et son poids avoisinant les 3.5 kg (d’où la photo dudit ouvrage prise depuis mon balcon genevois et non du sommet l’Empire State Building, vous m’en voyez désolée !).
Reuel Golden, l’auteur, est journaliste, diplômé en sciences politiques et passionné par le monde de la photo. Il nous propose un vaste choix d’images de sa ville depuis 1850 jusqu’à aujourd’hui. Même si l’intérêt du livre réside principalement dans les illustrations, celles-ci sont commentées de légendes bien détaillées et pour chaque période définie (1850-1913, 1914-1945, 1946-1965, 1966-1987 et 1988-2010), l’auteur propose des introductions très complètes.  Jamais un travail aussi important en recherche d’archives illustrées sur la ville n’avait été entrepris. Cela explique qu’il soit une référence pour mieux appréhender New York. 600 pages d’icônes de la photographie, pour beaucoup jamais publiées, à partir de l’oeuvre de 150 photographes célèbres comme Abbott, Weegee et j’en passe. Des citations d’auteurs, d’acteurs, de personnalités, autant de points de vue différents, de pistes de réflexion. Je ne résiste pas à vous donner à lire celle de Le Corbusier : « Cent fois j’ai pensé que New York était une catastrophe… une magnifique catastrophe ». En tant que bibliothécaire j’apprécie également la présence d’une bibliographie, d’une discographie et d’une filmographie très intéressantes (avec des résumés pour chaque notice) ainsi que les biographies de tous les photographes représentés.

GOLDEN, Reuel. New York : portrait d’une ville. Köln, Taschen, 2010. 559 p.
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Les Affranchis jardiniers 1 août 2011

« En 1970, on les prenait pour des marginaux. Aujourd’hui ils sont considérés comme des précurseurs… Eux, pourtant, n’ont pas changé ! »

Cette phrase qui ouvre le quatrième de couverture de l’ouvrage d’Annick Bertrand-Gillen – Les Affranchis jardiniers – montre bien toute l’ambigüité qui caractérise l’époque dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, les défenseurs d’une agriculture biologique font figure d’avant-gardistes, voire de novateurs, alors qu’ils ne font que perpétuer ce que fut toujours l’agriculture traditionnelle avant l’avènement de l’industrie et de ses dérives productivistes. Il y a quarante ans, au sortir des Trente Glorieuses, cette même société les qualifiait d’idéalistes, d’anti-conformistes, de doux rêveurs voire d’arriérés.

L’homme a la mémoire courte. Comment a-t-il pu oublier que l’agriculture, jusqu’à une époque toute récente dans l’histoire de l’humanité, a toujours été biologique ? Nos ancêtres ont toujours cultivé les fruits, les légumes et les céréales les mieux adaptés à leur environnement. Ils ont privilégié la diversité des espèces et respecté les rythmes imposés par la nature en se nourrissant en fonction des saisons. Ils ont pris soin de leurs terres pour les transmettre dans le meilleur état possible aux générations suivantes. Ils n’avaient ni pesticides, ni engrais chimiques.

Cinquante années d’agriculture intensive auront tout bouleversé avec les excès, les catastrophes et les scandales que nous connaissons.

Aujourd’hui, nous assistons au retour du bio sur les étals et dans nos assiettes. Beaucoup d’agriculteurs et de paysans délaissent peu à peu les apports chimiques et la mécanisation massive pour cultiver autrement et contribuer à la protection de l’environnement, à l’hygiène alimentaire, à la défense d’un terroir et de ses produits si particuliers. Mais devenir producteur bio ne s’improvise pas car le chemin est sinueux. Il faut revoir sa manière de faire, réapprendre certains gestes, changer ses habitudes et s’appuyer sur l’expérience de ceux qui ont perpétué ce mode de travail.

Au début des années 1970, Annick Bertrand et Yves Gillen croisent leurs routes. Vagabonds dans l’âme et mus par un formidable élan de liberté, ils n’ont cessé de vouloir s’affranchir des carcans de la société moderne. Leur cheminement les conduit vers la sobriété et la simplicité volontaire. Avec leurs maigres économies, ils acquièrent au nord de Saint-Nazaire une parcelle de marais en friche qu’il transforment en paradis naturel à la force de leurs bras. Ils visent l’autosuffisance et apprennent à se nourrir des produits de leur jardin. Ils construisent leur maison avec des matériaux de récupération et sont parmi les premiers à utiliser les énergies solaires et éoliennes. Presque quarante années ont passé depuis, avec leurs aléas, leurs difficultés et leurs joies.

L’ouverture de leur jardin au public en 1996 est une suite logique dans leur démarche : partager leur rêve d’autarcie, susciter de nouvelles vocations, contribuer au développement de la culture biologique par la transmission de leur expérience et de leurs connaissances. Dans leur ouvrage, la démarche se poursuit. Annick et Yves Bertrand-Gillen nous livrent leur histoire et démontrent avec justesse que leur choix de vie autrefois qualifié de marginal a du sens et un réel avenir.

BERTRAND-GILLEN, Annick. Les Affranchis jardiniers. Paris, Ulmer, 2009. 142 p.

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On peut se dire au revoir plusieurs fois 25 juillet 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 10:35
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David Servan-Schreiber – auteur des deux ouvrages au succès retentissant Guérir (2003) et Anticancer (2007) – publie un nouveau livre poignant dans lequel il relate la grave rechute à laquelle il fait face depuis 1 année suite à une tumeur cérébrale apparue il y a 20 ans et contre laquelle il n’a cessé de se battre.

Le diagnostic posé aujourd’hui est sans appel : un glioblastome de stade IV dont les pronostics sont parmi les plus mauvais de tous les cancers avec une médiane de survie à quinze mois. David Servan-Schreiber a peu de doutes quand à l’issue de sa maladie. Les traitements novateurs dont il bénéficie tels que l’implantation de billes radioactives dans son cerveau ou l’injection d’un vaccin sur mesure montrent leurs limites face à une tumeur récalcitrante et rebelle.

Les jours sont comptés, il y a urgence. Cette urgence oblige David Servan-Schreiber à se poser les questions les plus fondamentales et les plus importantes de sa vie, à se retourner sur son passé, à préparer ce qu’il lui reste d’avenir, à vivre pleinement chaque seconde du présent. Le temps qui reste est mis à profit pour dire au revoir à tous ceux qu’il aime : sa famille, ses amis, l’entourage et les connaissances.

Mais David Servan-Schreiber ressent également la nécessité de livrer un témoignage à ses lecteurs et à tous ceux qui soutiennent sa méthode anticancer et qui l’appliquent au quotidien. Alors qu’il pense, mange, bouge et vit depuis de nombreuses années selon des préceptes scientifiquement validés, que restera-t-il de sa méthode si lui-même peut être rattrapé par la maladie et y succomber ? Dès lors, quel espoir donner aux malades ?

Dans ce livre, David Servan-Schreiber s’exprime avec courage, pudeur et dignité sur l’épreuve qu’il traverse. Avec une écriture fluide et légère, il se dévoile plus intimement, par touches d’humanité et de fragilité. Son récit est un exemple de courage qui évite adroitement toute forme d’apitoiement et de capitulation, une forme de testament qui donne espoir dans une situation sans place pour l’espérance.

SERVAN-SCHREIBER, David. On peut se dire au revoir plusieurs fois. Paris, Laffont, 2011. 157 p.

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L’Irrésistible ascension de Sonam Sherpa 18 juillet 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 8:00
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L’histoire de Sonam Sherpa, c’est un peu une successfull story à l’américaine, à la différence qu’elle se passe au Népal.

Cette histoire, c’est celle d’un homme né dans un village sans eau courante ni électricité, qui n’est pas allé à l’école et que rien ne destinait à devenir homme d’affaire et entrepreneur. Aujourd’hui pourtant, il possède la plus grosse compagnie de trekking du Népal et emploie mille huit cent personnes. Il passe ses journées au téléphone, travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, voyage aux quatre coins du monde et parle cinq langues. Avec son frère Ang Tshiring, il est également fondateur et propriétaire d’une compagnie d’aviation qui compte dix-sept appareils.

Ce parcours exceptionnel est le fruit d’une longue construction faite d’opportunités, de ténacité et d’un grand travail. Il débute à l’aube des années 1980 dans un pays où tout est à faire et où tout est possible. A cette époque, le Népal est déjà une destination très prisée des voyageurs, des aventuriers et des alpinistes. Il offre un vaste terrain de jeu et de découvertes et attire une clientèle en quête d’authenticité et de dépaysement. Le tourisme y est très mal organisé et majoritairement en main de compagnies étrangères qui emploient la main d’oeuvre locale à bas prix. Pourtant, personne ne connaît mieux le Népal et ses richesses que ses habitants, et la nécessité d’avoir des contacts locaux fiables pour surmonter les barrières administratives et les obstacles linguistiques confère aux autochtones un poids stratégique jusqu’ici sous-exploité.

Sonam Sherpa comprend très vite l’enjeu et se positionne alors comme un interlocuteur incontournable auprès des expéditions étrangères qui partent à l’assaut des hauts sommets népalais. Pour elles, il prépare le terrain, organise les transports, réceptionne le matériel, engage les porteurs et rivalise d’ingéniosité pour faciliter les séjours. A force de travail, de contacts et d’expérience, il devient l’homme de référence vers qui on se tourne.

Et Sonam ne s’arrête pas là. Il sait qu’il peut faire plus et encore mieux. Il ouvre alors son agence de trekking et d’expéditions, met en place des circuits organisés, forme ses collaborateurs à l’accueil en langues étrangères et se lance dans l’amélioration qualitative de toutes les prestations qu’il offre. Il va jusqu’à acheter et rénover des lodges qu’il transforme en étapes confortables ou aménager des aires d’atterrissage pour les hélicoptères dans les camps de base et les villages éloignés.

Sonam Sherpa est maintenant devenu un homme riche, très influent et très respecté au Népal. Sa réussite, il veut en faire profiter son pays et ses habitants. Ainsi, il réinjecte une grande partie de l’argent gagné dans l’économie locale et s’investit dans des projets sociaux tels que la construction ou la rénovation d’écoles, d’orphelinats et de dispensaires.

A travers ce livre, Jean-Michel Asselin nous dévoile les multiples facettes de ce personnage surprenant qu’est Sonam. Il nous interroge aussi sur le progrès, le développement touristique et les effets de la mondialisation qui poussent vers le futur un Népal encore authentique et préservé, un Népal qui cherche sa voie à côté de ses deux grands voisins que sont la Chine et l’Inde.

ASSELIN, Jean-Michel. L’Irrésistible ascension de Sonam Sherpa. Grenoble, Glénat, 2010. 189 p.

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