L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

En Suisse romande, la SF et le fantastique se portent bien! 17 décembre 2010

Filed under: Littérature suisse romande,Nouvelles,Science fiction — Françoise A. @ 8:00
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 Il y a quelque temps, j’avais présenté Défricheurs de l’imaginaire, une anthologie historique de de la SF suisse, éditée par Bernard Campiche. Ici Anthony Vallat et Vincent Gessler, l’auteur de Cygnis  (prix des Utopiales 2010) réunissent avec bonheur de jeunes auteurs suisses contemporains, à l’exception notable d’un jeune auteur de 78 ans. Les treize textes sont précédés d’une courte biographie des auteurs. Visiblement, l’existence de la Maison d’ailleurs à Yverdon, l’organisation des mercredis de la SF à Lausanne et à Genève permettent l’expression et l’éclosion de talentueux écrivains !
Le titre du recueil s’explique par le lieu de vie des auteurs, et non par les textes qui transcendent les classifications arbitraires de SF et de fantastique. Ne cherchez pas de space opéra helvétique, cette anthologie fait la part belle à  l’imagination, pas au spectaculaire.
Je laisse la parole à Denis Roditi pour un extrait de son hallucinante histoire de  Jay, le basset et le gitan. Jay s’est laissé entraîné dans un grand magasin d’électro-ménager et a peur d’être impliqué dans un vol lorsque son portable sonne:

– Je t’ai reconnu, maman! je réplique à tout hasard. Inutile de prendre ce ton de fausset, je t’ai démasquée!
– Jay…jay… Veux-tu bien cesser tes jérémiades infantiles?
…J’essaie de garder le rythme, de ne pas laisser retomber mon inspiration…
– Jay, regarde-moi.
Le portable me serait tombé des mains si l’habitude de le tenir adroitement n’avait pas été si ancrée en moi. Car soudain, je prends conscience de l’identité de mon interlocuteur. Cette révélation ne m’apporte aucun soulagement; elle me pétrifie au point que je me trouve incapable de faire pivoter ma tête d’un quart de tour vers la gauche. Et, à fortiori de l’incliner vers le trottoir. Ce que je fais pourtant. A mes pieds, la saucisse à pattes qu’il est convenu d’appeler un chien me fixe d’un air impénétrable…

Sébastien Gollut a des accents lyriques de préhistorien dans Ceux qui marchent. André Ourednik, Laurence Suhner, Lucas Moreno imaginent des situations beaucoup plus trash : basculement du temps, neige noire, psychiatrie et I.A…
Mais ma nouvelle préférée reste celle de Robin Tecon. Dans Les miens, il raconte l’histoire de lamantins en train de dépérir suite à l’arrivée de Terriens sur un autre monde.  Quels sont nos choix? peut-on sauver l’humanité présente et future aux dépends de l’animal? Que deviennent les relations père-fille face à tel dilemme? La réponse de l’auteur est empreinte d’humanisme et de poésie.
Le texte le plus émouvant est peut-être celui de Thibaut Kaeser sur L’enfant puni. Nous sommes très très loin de la tendresse qui unissait le père et sa fille dans la nouvelle de R. Tecon. Apparemment, elle n’a rien à voir avec l’imaginaire, mais en la relisant…
Dimension suisse: anthologie de science-fiction et de fantastique romande. [S.l.], Black coat press, 2010. (Rivière blanche)

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Dix mois après le séisme en Haïti 19 octobre 2010

Filed under: Nouvelles — Françoise A. @ 4:11
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« C’est la nation culturelle qui sauvera l’autre Haïti parce que l’on est double » expliquait René Depestre en 1995. « Il y a une Haïti terrible, ténébreuse qui a fini par trouver son incarnation diabolique, satanique dans le duvaliérisme, mais il y a une autre Haïti, il y a la face lumineuse d’Haïti que l’on trouve dans sa peinture, dans sa musique, chez ses poètes, ses écrivains, ses romanciers hommes et femmes. »

Quinze ans plus tard, le festival Etonnants voyageurs devait commencer à  Port au Prince le 12 janvier. On sait ce qu’il en est advenu…
L’éditeur Rodney Saint-Eloi raconte: « Tout un peuple sous les décombres. Tout un peuple se fait aussi grand corps solidaire, pour détourner le regard des enfants afin qu’ils voient plutôt les arbres et les fleurs qui n’ont pas été frôlés par le séisme. Dans la survie, l’élégance… »
Ce recueil paru dans l’urgence reflète cette élégance du verbe haïtien. La plupart des auteurs haïtiens connus ou moins connus ont offert des extraits de leur œuvre déjà publiée ou à venir.
On peut y retrouver Emile Ollivier, Louis-Philippe Dalembert, Dany Laferrière, Yanick Lahens déjà publiés par le Serpent à plumes, mais aussi  Franketienne, Gary Victor, Evelyne Trouillot, James Noël, Syto Cavé.
Les extraits alternent avec des photos de Frédéric Koenig et David Damoison d’avant le séisme, une peinture d’Hervé Télémaque et une longue interview  de René Depestre.
Du constat désabusé de James Noël « Nous ne sommes pas à notre première fin du monde en Haïti » à la scène hallucinante de Laferrière dans Les chiens de l’enfer, en passant par l’humour grinçant de Gary Victor dans Banal oubli, les auteurs haïtiens dessinent bien le « corps solidaire » de leur île.

Si vous voulez suivre la reconstruction du pays, depuis le mois de mai, le quotidien le Temps donne chaque semaine la parole à cinq Haïtiens. http://letemps.blogs.com/haiti/

Le serpent à plumes pour Haïti. Monaco, Rocher, 2010. 175 p.

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Lire Boccace 15 octobre 2009

Filed under: Nouvelles,Roman — Françoise B. @ 10:55
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BoccaceLe Décaméron… 100 nouvelles, plus de 700 pages, écrit en 1318… oui, on  peut hésiter à se lancer dans cette lecture alors que la rentrée littéraire annonce une avalanche de nouveautés !

Eh bien, j’ai testé pour vous et ne peux que vous inciter à lire cette merveille de la littérature italienne écrite dans le seul but de distraire.

Boccace pose un cadre particulier à son oeuvre : vers 1350, un groupe de 10 jeunes gens fuient une Florence rendue malsaine par la peste noire qui y sévit. Ils se réfugient à la campagne dans une belle demeure mais les soirées sont longues. Alors, à tour de rôle, chacun raconte une histoire aux autres : 10 histoires par jour, 100 en 10 jours ! Ce sont ces histoires qui font le Décaméron.

Je dois vous avouer que je n’ai pas lu les 100 nouvelles : mon choix s’est porté sur une édition Folio bilingue qui présente 9 nouvelles d’amour du Décaméron. L’amour, avec la fortune et l’intelligence, est en effet un thème central de l’oeuvre. Des amours difficiles presque toujours : soit il n’est pas partagé, soit des différences de classes sociales empêchent la relation; souvent, l’amoureux éconduit doit donc trouver des subterfuges et tendre un piège à l’ingrat(e) pour arriver à ses fins. Histoires cocasses, coquines mais aussi bien souvent cruelles : ainsi, dans l’une d’elle, une jeune femme noble fréquente un serviteur de la maisonnée. Lorsque son père l’apprend, il enferme le malheureux, le tue et fait porter son coeur à sa fille. Dans une autre nouvelle, un mari veut éprouver la grandeur d’âme de sa femme : il éloigne leurs deux enfants pendant des années et fait mine ensuite de la répudier… drôle d’amour en vérité !

Ces nouvelles, qui ont été écrites pour être racontées en public, se lisent d’autant plus aisément. Ce sont de véritables petits délices pleins d’émotions et de surprises. D’ailleurs, le Décaméron a tout de suite charmé les lecteurs de l’époque. Dès l’invention de l’imprimerie, au 16e siècle, l’oeuvre s’est diffusée dans toute l’Europe. Boticelli, sur demande de Laurent le Magnifique, a même illustré une des nouvelles sur quatre panneaux. On est assez loin des posters d’Harry Potter !

Le texte est rendu encore plus limpide par une traduction française qui cherche à alléger la syntaxe. Je vous conseille donc fortement ces 9 nouvelles éditées en Folio bilingue, idéales pour une première entrée dans l’oeuvre ou pour qui veut lire en italien … avec filets !

Boccace. Decameron, nove novelle d’amore = Décaméron, neuf nouvelles d’amour. Paris, Gallimard, 2005. 253 p. (Folio bilingue ; 131)

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