L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Antoine Chainas Le noir et le cru 8 novembre 2011

Filed under: Polar — Françoise A. @ 8:00
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Attirée par le titre et le label de la prestigieuse Série noire, je me suis plongée dans la lecture de ce roman avec enthousiasme. Et puis comment dire ? J’ai d’abord été saisie  par les pages très crues décrivant avec moult détails l’amour entre le capitaine Javier et son beau lieutenant de police. Puis je n’ai pas vraiment compris le lien entre cette histoire d’amour- où Chainas est très convaincant- et la mystérieuse femme qui serait responsable du suicide d’hommes brutalement tombés malades. Ils auraient été empoisonnés par irradiation. Tous ces messieurs bien rangés ont radicalement changé du jour au lendemain après avoir rencontré une artiste insaisissable qui expose des photos d’organes humains.

L’une des victimes est un dénommé DRH. L’auteur ne l’explique pas, mais chacun pourra traduire par Directeur des ressources humaines. Ce DRH est un cadre chargé de faire du chiffre, donc de supprimer des emplois pour le profit de sa société. C’est un être petit, coupé de sa famille, tributaire de l’orgasme hebdomadaire et  du micro-ondes. Pour communiquer avec les siens, il utilise le post-it et c’est tout. Si on lit les chapitres séparément, tout est passionnant et captivant, digne des meilleurs « hard-boiled ». On y retrouve le policier fatigué, la drogue, la femme fatale et, même, ô nouveauté par rapport aux années 40, l’homme fatal.  L’ennui, c’est que l’intrigue se dilue dans la description des personnages en quête de mort. J’aurais apprécié un soupçon d’explications sur la mystérieuse femme, et du coup, je suis restée sur ma faim. 

Heureusement pour moi, je n’ai pas voulu en rester là car le style de l’auteur me trottait dans la tête. Bien m’en a pris, car j’ai dévoré Versus. Il s’agit encore d’un duo de flics et l’histoire se passe aussi dans une ville du midi de la France, peut-être Nice ? Chainas ne le précise pas. Nazutti est un guerrier misanthrope raciste qui déteste les homos, les touristes, et surtout lui-même. Dans une vie antérieure, il a été marié et père d’une fille. Son lieutenant Andreotti est un pur. Il y a des années, il a voulu mener à bien une enquête sur le meurtre d’un SDF. Les assassins avaient trop d’appuis politiques et le petit flic intègre s’est fait jeter. Sa femme ne l’a pas quitté, mais cette réintégration dans la police aux côtés de Nazutti est en quelque sorte sa dernière chance. Les deux sont aux prises avec une enquête bizarre où des pédophiles se retrouvent assassinés à côté de leurs victimes.

  • Il y avait un temps
  • Où nous étions seuls
  •  Démunis
  •  Effrayés
  •  Et honteux
  • Réjouissez-vous
  •  Et redressez-vous
  •  Ce temps-là est révolu 

L’assassinat des pédophiles n’est pas pour déplaire à Nazutti, Andreotti le voit bien. Ce qu’il sait moins, c’est que Nazutti se flagelle régulièrement la mémoire en se répétant les noms des petites victimes dont les assassins courent toujours. Il entraîne pourtant Andreotti dans une drôle de maison où se passent de curieuses représentations sexuelles : déviances en tous genres garanties ! Est-ce vraiment pour les besoins de l’enquête, pour lui montrer la fange de la ville, pour lui révéler son passé trouble? Manoeuvres en tous genres, guerre des flics? Chainas décrit à merveille l’administration de la police qu’il a l’air de fort bien connaître. Quoiqu’il en soit, Andreotti se rend vite compte qu’il est manipulé, toute la question est de savoir par qui? J’ignore si Chainas est fan de Frédéric Dard et du Yasmina Khadra des débuts, mais son Nazutti m’a fait penser à un San Antonio très noir couplé avec le révolté commissaire Llob.  Si vous voulez retrouver Antoine Chainas après lecture, voyez son blog ainsi que sa passionnante interview virtuelle sur Bibliosurf .

CHAINAS, Antoine Une histoire d’amour radioactive. Paris, Gallimard, 2010 (Série noire). 275 p.

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CHAINAS, Antoine.Versus. Paris, Gallimard, 2010 (Folio policier; 547). 645 p.

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L’armée furieuse 29 août 2011

Filed under: Polar,Roman — Roane @ 8:00
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Depuis que j’ai fait la connaissance du commissaire Adamsberg, c’est devenu un ami (à comprendre dans le sens quelque peu dénaturé de facebook) : il est celui dont j’attends le retour avec impatience, que j’accueille volontiers à la maison, qui se faufile dans ma valise entre la nuisette et le bikini et qui m’a pris huit bonnes heures de mon (précieux) temps. Cet Adamsberg, il m’émeut par son côté brouillon, sa balourdise, j’ai plaisir à me projeter dans son univers, à bafouiller avec lui. Le quitter est toujours un peu difficile car son absence durera bien deux, trois ans, et qui peut dire s’il ne va pas d’un coup disparaître, comme le commissaire Wallander de Mankell.

Adamsberg et son équipe, aussi déglinguée que son patron, ont été imaginés par Fred Vargas. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Fred Vargas (par expérience, je sais qu’il en reste), il est nécessaire de préciser que Fred est une femme, le diminutif de Frédérique. Ayant posé ce premier élément identitaire,  j’ajoute qu’elle est française, ce qui n’est pas anodin pour nous francophones puisque nous n’avons pas affaire à des traductions, celles des polars ou thrillers souffrant souvent d’un déficit de style. Sans être proustiens, ses polars sont agréables à lire. Si les dialogues sont nombreux (trop, pour certains critiques), je les trouve souvent très drôles, très enlevés ; ils donnent un rythme à l’intrigue. Ils sont aussi la voix des personnages et permettent de mieux les appréhender et ainsi d’éviter de longues descriptions peu adaptées au genre.

L’armée furieuse vient donc de sortir,  il s’agit du 8ème opus des aventures de Jean-Baptiste Adamsberg (série commencée par L’homme aux cercles bleus). Au fil des ouvrages on suit l’évolution de la carrière d’Adamsberg, les changements dans sa vie personnelle. Si vous n’avez pas lu les précédents, ce n’est pas compliqué de s’y retrouver, l’auteure balise, vous pouvez donc commencer par ce livre-ci.

Adamsberg reçoit la visite d’une dame venue de Normandie : lui seul peut l’aider, dit-elle, sa réputation ayant dépassé les frontières du 13ème arrondissement où son commissariat est situé. Comme dans tous les livres de Fred Vargas, le point de départ paraît farfelu, peu intéressant, seul Adamsberg sent la faille qui lui donne envie de s’en mêler et nous de le suivre. Sa visiteuse raconte une histoire « d’Armée furieuse », des morts-vivants cavalant dans la nuit devant un témoin médusé (ici, la fille de la visiteuse).

Les chevaux et leurs cavaliers sont décharnés et il leur manque des bras et des jambes. C’est une armée morte à moitié putréfiée, hurlante et féroce, qui ne trouve pas le ciel.

Chevauchant avec des mort, des personnes encore vivantes, connues du témoin, sont alors condamnées à mourir dans les semaines qui suivent l’apparition. La fille a reconnu trois hommes du coin (l’un d’eux d’ailleurs vient de mourir d’un soi-disant suicide) et une quatrième personne qu’elle n’a pas bien distinguée. Le commandant de police Danglard, au savoir aussi intense que son addiction au bon vin, connaît cette vieille légende du Moyen-Âge et ses explications avec tout le mystère qui l’entoure, pousse le commissaire à partir dans le Calavados. L’occasion de dénouer les vieilles rancunes entre les familles, trouver qui a intérêt à profiter de la crédulité de certains pour attiser le feu et faire accuser des innocents, tels sera le challenges de notre brigade de police.

Parallèlement à cette enquête, Adamsberg est aussi chargé de résoudre d’autres énigmes à Paris. Il semblerait qu’une vieille ait été étouffée par des miettes de pain… Il y a aussi un pigeon maltraité auquel on a attaché les pattes, un acte sauvage qui l’aurait conduit à agoniser lentement. Adamsberg déteste qu’on s’en prenne aux plus faibles ! C’est au nom de ce principe qu’il a dans le colimateur deux garçons de bonne famille, protégés par le pouvoir, qui font porter le meurtre de leur père à un jeune  marginal connu de son service de police.

L’intérêt des livres de Vargas ne réside pas seulement dans les faits et leur dénouement  mais dans les relations entre les personnages. Chacun a son caractère, ses bizarreries, ses faiblesses et, dans ce roman,  il sera particulièrement question des rapports tendus entre Danglard et le lieutenant Veyrenc, chacun en demande de reconnaissance de son chef ; c’est à celui qui aura le plus d’idées, se montrera le plus érudit (avantage Danglard), le plus subtil (avantage Veyrenc), jusqu’à commettre de dangereuses erreurs.

Il n’est pas inutile de relever que Fred Vargas est aussi archéologue et aime creuser. D’un banal papier de sucre, d’une étrange texture de fil, de curieuses miettes dans une cuisine trop bien tenue, d’un détail, elle dénoue l’enquête avec une vraie rigueur scientifique. Chez Vargas, le loufoque côtoie le sérieux et c’est bien là que réside le charme de ses polars.

VARGAS, Fred. L’armée furieuse. Paris, Hamy, 2011

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Laisse-moi entrer 13 août 2011

Filed under: Divers,Polar,Roman — davide @ 8:00
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Sans être une diva assoiffée de gloire et de reconnaissance, je suis tout de même sensible à l’avis d’autres rédacteurs de blogues, et lorsque la Sentinelle Livresque a fait un billet sur ce livre, j’ai quand même trouvé l’appel de la lecture difficile à résister.

D’une part parce que l’adaptation cinématographique de ce livre m’est absolument bouleversante (mais ça c’est un problème pour eux) d’autre part parce que je n’avais encore jamais lu d’auteur scandinave à part Tove Jansson (ceux qui connaissent son œuvre savent de quoi je parle si j’avance qu’on ne peut la considérer simplement comme « auteur scandinave »).

Ah oui c’est aussi mon premier effort de lecture bit-lit (si j’exclus le billet sur Fascination), ou presque car je doute que les jeunes (et moins jeunes) filles trouvent leur compte dans Laisse-moi entrer

Laissez-moi vous expliquez :

On y trouve du vampire, certes, et il est profondément intégré à l’époque contemporaine, mais Lindqvist n’a en aucun cas essayé d’en faire un succédané mielleux à la figure symbolique de nos plus noires tendances adolescentes.

Les vampires de Lindqvist font peur. Vraiment peur.

Les humains ne sont pas en reste, d’ailleurs. D’abord, ils ne sont pas beaux à voir. Les enfants sont de petits déviants en puissance, s’ils ne sont pas des ados attardés par l’acné et l’abus de colle. Les parents dysfonctionnels ne sont pas juste séparés à l’amiable (mais qui aiment toujours leurs enfants) ; ils sont des lâches, torves, alcooliques (nous y reviendrons), nécessiteux et aveuglés par leur propre mesquinerie (pas de partie de baseball supersonique en vue, donc).

Les héros sont des profs de sport proto-franquistes poètes du patin à glace

M. Ávila, Fernando Cristóbal de Reyes y Ávila, aimait faire du patin à glace. Ça oui

des pochards sociopathes épargnés du vagabondage par le seul système social scandinave :

-Mais tu as bien un peu d’argent.

-Nous somme en Suède, ici. Sors une chaise et place-la au milieu du chemin. Assieds-toi sur la chaise et attends. Si tu sais attendre suffisamment longtemps, quelqu’un viendra et te donnera de l’argent. On prendra soin de toi d’une manière ou d’une autre.

ou encore des caissières suicidaires (elles aussi alcooliques).

Ce n’est pas tellement que Laisse-moi entrer est noir (il l’est, et pas mal), ce qui le distingue des autres romans à bête à crocs c’est qu’il est très, très gris.

Le ciel est bas et gris. Le temps glacial. Les chats victimes de consanguinité. Je n’en dis pas plus car ça serait tout gâcher.

Peut-être souffre- t- il un tout petit peu de sa traduction, mais sans savoir lire le suédois, je ne me prononcerais pas, sauf pour relever une certaine platitude de la langue, ce qui est particulièrement pénible lors des scènes les plus sanguinolentes.

Mais trivialités que voilà! Ce livre est excellent, et ne peut être qu’amélioré par le visionnage subséquent de l’adaptation de Tomas Alfredson (Låt den rätte komma in, ou Morse en français, mais par pitié évitez le remake américain).

LINDQVIST, John Ajvide. Laisse-moi entrer. Paris, SW-Télémaque, 2010. 547 p.

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Un peu de nostalgie peut-être… 7 avril 2011

Filed under: Polar,Roman — Françoise A. @ 8:58

Coup de nostalgie, ringardise absolue. J’assume. Depuis quelque temps, je relis lentement, très  lentement afin de faire  durer le plaisir, une partie des polars de Monsieur Georges Simenon, dans un premier temps les Maigret. Je gardais une  idée somme toute  désuète du commissaire.  Pour moi, c’était l’homme massif  à  la pipe, celui des demis de bière et des sandwiches de la brasserie Dauphine. Je me souvenais aussi de la très effacée Madame Maigret en bigoudis, cantonnée au logis du boulevard Richard Lenoir en train de préparer la valise de son commissaire de mari… et la blanquette de veau.

J’avais aussi en tête les visages et les silhouettes de Jean Richard et de Bruno Cremer. Finalement, heureusement que j’avais un peu oublié ces excellents téléfilms.

Au-delà des clichés convenus, il y a la redécouverte d’un formidable fabriquant d’atmosphère, certains l’ont traité de sous- Balzac, moi il me fait surtout penser à Robert  Doisneau : c’est le Paris d’après-guerre, des bords de Seine, des bords de mer, ou des plats pays du nord qui revivent sous sa plume.

En quelques lignes, il plante le décor; on est au commissariat : les locaux sont déjà vétustes, mais Maigret a obtenu de garder son poêle. On rentre dans un café, humble bistrot ou Majestic; on pénètre avec lui dans l’ appartement d’un humilié. On est dans la peau de la petite jeune fille qui fait durer son café toute la journée, ou bien dans celle du marin qui a tout misé et perdu sur son bateau.

Ce n’est certes pas la lutte des classes mais presque. D’un côté il y a les bourgeois à la Jacques Brel, du genre: « les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête, les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient c… », et de l’autre, les vieilles filles, les filles de joie, les paumés, les perdants.

Petit extrait du Chien jaune :

Le bouton tourna. La porte s’ouvrit comme par enchantement et l’on put relever sur le tapis les mêmes traces boueuses : celles du chien et des fameux souliers.

La villa, d’une architecture compliquée, était meublée d’une façon prétentieuse. Ce n’était partout que recoins, avec des divans, des bibliothèques basses, des lits clos bretons transformés en vitrine, des petites tables turques ou chinoises. Beaucoup de tapis, beaucoup de tentures! La volonté manifeste de réaliser, avec de vieilles choses, un ensemble rustico-moderne… Et Maigret ouvrait les portes, jetait un coup d’oeil dans les chambres. Certaines n’étaient pas meublées. Le plâtre des murs était à peine sec. Il finit par pousser une porte du pied et il eut un murmure de satisfaction en apercevant la cuisine, Sur la table de bois blanc, il y avait deux bouteilles à bordeaux vides. Une dizaine de boîtes de conserve avaient été ouvertes grossièrement, avec un couteau quelconque. La table était sale, graisseuse. On avait mangé, à même les boîtes, des harengs au vin blanc, du cassoulet froid, des cèpes et des abricots. ..

Simenon aime ses héros, les petites gens, les perdants, il leur trouve de la beauté, les fait vivre et les défend. Aujourd’hui, ce sont peut-être l’Islandais Arnaldur_Indridason et la Française Fred Vargas les dignes successeurs du maître.

Simenon, Georges. Oeuvres complètes

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Du sang plein les mains 9 février 2011

Filed under: Polar — thierry @ 2:44
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La fille du gouverneur de Louisiane est enlevée. Toutes les polices du coin, le FBI, tout ce qui porte un uniforme est sur le pied de guerre pour la retrouver. Très vite Ernesto Perez, 80 ans, se dénonce et dit savoir où est la fille. Mais il ne le dira qu’à deux conditions : il veut pouvoir raconter sa longue vie et la raconter à une seule personne : Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire de Washington. Et il ne racontera sa vie à personne d’autre. Quand il aura fini, alors il dira où est la fille.
Ray Hartmann, lui, n’a vraiment pas que ça à faire, d’aller écouter un vieux raconter sa vie à l’autre bout du pays alors que sa femme le quitte, sa fille l’aime même si elle n’en peut plus d’être déçue par son père. Mais Ray est un bon gars et il se dit que si la vie de la fille du gouverneur est en jeu, il écoutera cet Ernesto Perez raconter sa petite vie.
En fin de compte, il ne sera pas déçu, parce que la vie d’Ernesto est plutôt riche. Il a été un tueur à gages de la mafia et malgré que son nom soit totalement inconnu de la police, il a tué plusieurs dizaines de personne tout au long de sa vie. Très vite Ray se rendra également compte que ce n’est pas par hasard qu’il a kidnappé la fille du gouverneur, celui-ci étant sans aucun doute devenu grâce à la mafia un homme politique si influent. Au moment de l’histoire, nous sommes en 2006 et Ernesto va raconter plus de 50 ans de l’histoire de la mafia vue de l’intérieur, de ses yeux d’employé payé par de redoutables parrains. De Cuba à Chicago en passant par Las Vegas et La Nouvelle-Orléans, la vie d’Ernesto a été étroitement liée à plusieurs affaires mafieuses : les morts de la famille Kennedy, les luttes de clan entre les Italiens, les latinos et les Irlandais. Bref, Ernesto en connaît long.
Bien sûr, les scènes extrêmement violentes, les tueries, les manipulations seront présentes tout au long de son récit mais en même temps tout comme Ray Hartmann on se prendra de sympathie pour Ernesto, pour sa femmes et pour ses deux adorables jumeaux. Etrange, non ?
Les jours passent, Ray veut retrouver sa famille à Washington, la police patauge complètement dans l’enquête de la fille du gouverneur, mais Ernesto n’a pas fini son récit et on sent bien qu’il aura le dernier mot et que sa vengeance sera implacable et fulgurante…

ELLORY, Roger Jon. Vendetta. Paris, Sonatine, 2009. 651 p.
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Vice caché 20 décembre 2010

Filed under: Polar,Roman — davide @ 8:00
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Il fallait bien que ça arrive : Pynchon publie un nouveau livre, et aussi sûrement que la ferveur religieuse est l’expression la plus profonde du désir de délire humain appuyé par les échanges chimiques propres au fonctionnement cérébral dans un contexte méta-social, paf, un billet sur Lhibouquineur.
J’aime bien Pynchon. On ne le voit jamais, on ne l’entend presque jamais, ses livres sont quasi tous énormes (et je le répète, j’aime les gros livres et je ne peux mentir), à thématiques intéressantes, avec un langage travaillé, etc.
Mais là…
D’abord le livre est court. On ne s’en rend pas forcément compte car il est touffu, mais finalement manque à l’appel cette dimension épique d’un Arc-en-ciel de la gravité ou d’un Mason et Dixon.
D’autre part, l’intrigue est simple. Enfin, relativisons, j’ai eu l’impression que son foisonnement de personnages et leurs actions psycho-lubrico-psychoactives cachait une intrigue somme toute linéaire qui, même si elle (et je ne gâche rien vu la réputation de l’auteur) n’aboutit à une fin en bonne et due forme, n’en était pas moins, et bien, disons, simple.
Reste l’exploration d’une époque et d’un lieu américains par l’intérieur, par les yeux de Doc, hippie vieillissant et intoxiqué en permanence qui, pour résoudre une affaire de personne disparue, se laisse porter de filature en interrogation, sans vraiment de plan, de mission ou de recette, à travers une société dont la féérie nouvel-âgiste s’épuise au profit du capitalisme enragé et sans pitié, pour aboutir à une conspiration seulement moyennement effrayante.
Notez bien, ce n’est pas déplaisant, les rebondissements sont nombreux, l’humour toujours présent, mais il me semble regretter, en tournant la dernière page de ce livre, l’habituelle impression d’avoir fait passer son cerveau par un gymkhana spatio-temporel dans la sobriété la plus stricte (toujours un état effrayant, qu’on se le dise).

PYNCHON, Thomas. Vice caché. Paris, Seuil, 2010 (Fiction & cie). 400 p.

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Trilogie new-yorkaise 17 août 2010

Filed under: Polar,Roman — davide @ 8:00
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Difficile de vraiment se prononcer sur ce livre, surtout si je devais le faire de manière aussi claire et expéditive qu’à mon habitude…
Le fait est que Paul Auster a quand même un bon gros talent de raconteur, et que même si on se rend compte avec désarroi que les sujets qu’il affectionne sont un tout petit peu rébarbatifs (la ville de New York et les états d’âme d’auteurs), il y a quelque chose qui fait que l’on veut vraiment continuer à tourner ses pages.
La Trilogie new-yorkaise est une série de trois nouvelles a priori sans lien entre elles, si ce n’est un semblant de thématique similaire, celle de la disparition, de la dissolution humaine mentale mais aussi terriblement physique.
Dans la première, un auteur en perte de vitesse se reconvertit en détective privé et se retrouve empêtré dans une étrange affaire, par un curieux concours de circonstances.
Dans la seconde, un détective privé se voit assigner une mission a priori simple, qui l’est vraiment, et qui le mènera très littéralement à sa perte.
Dans la troisième, un écrivaillon prend la place, à plus d’un titre, d’un auteur à succès tout en s’improvisant détective privé lorsque vient le moment de se faire biographe.
En dire plus serait un peu blasphématoire, car la Trilogie new-yorkaise repose dans une grande mesure sur la surprise au coin de la page, mais j’imagine que si vous êtes sur cette page web, vous aurez les facultés mentales supérieures au hooligan moyen vous permettant de déduire qu’il y a un lien entre les trois pans de ce triptyque. Mais le lien est ténu, ce qui pourrait être la faiblesse de ce roman, où la forme (excellente) a été privilégiée au détriment du fond (qui comme dans une piscine boueuse est remarquablement difficile à estimer et donc sujet à précaution si l’on est le genre de lecteur qui aime à se plonger avec enthousiasme dans ses sélections littéraires). Mais ce pourrait également être la force de ce roman, où le lecteur est vraiment libre d’explorer les différents niveaux de lecture à sa guise et de découvrir de lui-même (disons plutôt de se perdre sur) des sentiers littéraires remarquablement innovateurs.
Eeehh… lisez-le, faites-vous votre propre avis et partagez-le dans la section commentaires de ce billet ; pour une fois, je ne racole pas, mais suis réellement intéressé par l’avis d’autres lecteurs de ce livre.

AUSTER, Paul. Trilogie new-yorkaise. Arles, Actes sud, 1997 (Babel, 32). 444 p.

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Les nuits sombres de Bogota 26 juillet 2010

Filed under: Polar — Françoise A. @ 8:00
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Tout ce livre pourrait ressembler à un très mauvais cocktail de hard-boiled mal troussé : le détective journaliste alcoolo, le policier peu soucieux d’enquêter,des avocats véreux, une femme fatale naturiste, un ancien sportif reconverti dans des boîtes de nuit. N’en jetez plus… ah si, il y a encore un mort empalé, un homme qui cherche son frère, une amoureuse déçue, une prostituée au grand cœur, un grand journaliste déchu. Tous les ingrédients sont réunis pour une overdose de clichés. J’ai pourtant savouré ce roman noir comme le café colombien de bout en bout car Santiago Gamboa m’a scotchée à son histoire pourtant quelque peu embrouillée. Au bout d’un moment je me fichais un peu de savoir qui avait les fameux papiers de ces terrains inconstructibles, et si c’était bien lui l’auteur de la macabre mise en scène du cadavre. J’étais juste curieuse de savoir si Victor (le journaliste désabusé) allait perdre son amoureuse ou pas. J’ai tremblé pour lui dans le cimetière lorsque, avec l’homme qui cherche son frère, ils ont fait ouvrir une tombe par le gardien lépreux. J’ai bien aimé sa visite au « Paradis terrestre », ces bains turcs repère de naturistes quelque peu dangereux. Et j’ai souri aux confidences d’Aristophane Moya qui s’interposent entre les chapitres de la «vraie« histoire. Le patronyme du policier est lourd à porter. Non seulement il s’appelle Aristophane, mais de plus il pèse cent vingt-quatre kilos pour un mètre quatre-vingts et s’est décidé de maigrir en lisant la Bible avec une association évangélique. Bref comme le rappelle le titre « Perdre est une question de méthode » et ma foi, tous les protagonistes de cette histoire ont chacune la leur.
Un petit extrait pour vous mettre en appétit ? Aristophane s’était arrêté de manger quand il avait 11 ans parce que son père avait dit de lui qu’il ne savait que bouffer, et surtout, qu’il lui faisait honte.

« Alors que j’étais au bout du rouleau, que les os perçaient ma peau de partout, mon père est venu passer une nuit à l’hôpital. Très tard au petit matin, j’ai été réveillé par des gémissements. C’était mon papa qui pleurait. Vous devez savoir ce que ressent un être humain qui voit pleurer son père. C’est quelque chose de si profond, si essentiellement mystérieux que le monde vacille et que c’est une sorte de remise en ordre, quelque chose qui renvoie le passé aux oubliettes…Les blessures faites par les mots ne se soignent pas avec de l’alcool et une perfusion, mais dans la tristesse totale. Elles ne saignent pas, mais restent latentes, prêtes à vous sauter dessus, comme ces araignées, si vous me permettez cette métaphore zoologique, qui guettent dans l’obscurité pour attaquer ce qui tombe dans leur toile. »

De ce roman, Sergio Cabrera a réalisé un film en 2004 :Perder es cuestion de metodo.

Gamboa, Santiago. Perdre est une question de méthode. Paris, Points. 2009 (Points ; 2281. Roman noir)

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Un pur espion 1 juillet 2010

Filed under: Polar,Roman — davide @ 8:00
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Il est intéressant (pour moi) de noter à quel point depuis que je publie des billets ici mon champ de lecture s’est ouvert ; je me souviens encore de mes réactions, lorsque petit (plus petit), je voyais ma mère s’appuyer les romans de Le Carré. Peu de signes extérieurs de plaisir, bien que le fait qu’elle les ait lus en fut un en soi. Cependant, rien ne m’a plus rebuté que ces pavés compacts, ces titres cryptiques et la promesses d’aventures plus jamesbondesques les unes que les autres.
Or, il fallait que ça arrive, au fil d’une conversation comme une autre, un collègue me chante les louanges de Le Carré, et me sort du rayon Un pur espion, me le présentant comme un des meilleurs titres du bonhomme.
Et alors, mon collègue (et Le Carré) ont-ils su me satisfaire ?
Et bien oui. Pas tout de suite, car ayant plus de préjugés qu’un fanatique de Musso devant une étagère pleine d’ouvrages de la collection Pléiade, j’étais tout prêt à me moquer outrageusement de courses-poursuites au clair de lune, de séductions de vamps agentes triples et des gadgets aussi minuscules que sophistiqués. Or il n’en fut rien.
L’intrigue est des plus simples. En proie à un stress professionnel dû aux excès de réceptions de l’ambassadeur, Magnus Pym, britannique diplomate, nous fait un petit burn-out et disparaît subitement en laissant plein de traces. Or monsieur Pym est aussi agent secret, et s’il laisse des traces c’est bien pour semer le trouble parmi les cohortes d’espions qui se montrent soudainement très intéressés par sa destination, vu qu’en guise de bagage le Pym en question s’est fait un souvenir de la seule copie de la recette royale ultra-secrète du mouton à l’étouffée.
Donc, la crème des services de renseignements britanniques, américains et d’autres moins avouables essaient désespérément de mettre le grappin sur Pym, pendant que, dans une alternance de chapitres assez classique, celui-ci écrit du fond du paisible village où il se terre ses mémoires sous la forme d’une lettre à son fils, sa femme et/ou son mentor, voire possiblement lui-même. Et c’est là que l’on trouve la juteuse moelle de ce roman.
D’abord par la peinture réaliste et sans concession qu’il fait de son père, escroc sans foi ni loi, et de la société dans laquelle il évolue. Son fils sera dès son plus âge une sorte de complice doublé de faire-valoir et le public privilégié de ses nombreuses mises en scène sociales.
On assiste tout au long du roman à l’évolution de ce Pym de plus en plus transparent, qui, avide d’amour et de reconnaissance, se met dans les situations les plus tragiques pour plaire à tous, est manipulé avant de se faire jeter jusqu’à la prochaine fois. La duplicité qu’il développe dans sa quête d’une relation sincère au sens le plus large du terme le conduira entre les griffes non seulement des services secrets d’une Angleterre qui n’a plus rien à dire ni à faire et commence à s’enliser dans son rôle de tiers-monde culturel et économique du nord civilisé, mais aussi des services politiques plutôt troubles de la Tchécoslovaquie, à une époque où faire partie d’un quelconque service de l’état est autant synonyme de survie voire de pouvoir que de perspective d’être le premier sur le bûcher au moment des nombreux soubresauts politiques des pays placés sous la botte soviétique. Et c’est au contact des parasites avides de pouvoir gogeant dans ce marasme que se noueront les tragiques (dans le plus beau sens du terme) vies de Pym jusqu’au moment où il ne pourra plus se regarder en face.
Malgré le cynisme grinçant et désabusé que j’affiche généralement, je n’en suis pas moins exigeant comme une ménagère d’un certain âge quant à, disons, une certaine droiture morale et pourtant, chose exceptionnelle dans un roman, je n’ai pu ressentir que sympathie et pitié pour le personnage de Pym, en particulier devant son aptitude à rationaliser les comportements de ceux qu’il fréquente, jusqu’à son complet et total dévouement pour eux, que l’on verra se développer comme un véritable amour.
Un livre fort bien écrit et très triste.

LE CARRE, John. Un pur espion. Paris, Laffont, 1991 (Bouquins). 1141 p.

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Un cannibale, un autisme et un homme des cavernes 15 décembre 2009

Filed under: Polar — thierry @ 12:39
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Grangé remet ca et, comme d’habitude, je le lis et, comme d’habitude, je le dévore sans pouvoir m’arrêter. Donc, pour son dernier roman, il était une fois à Paris une juge d’instruction super compétente professionnellement mais archi nulle socialement, qui décide de prendre en charge une enquête contre l’avis de ses supérieurs. On la comprend, l’enquête est spécialement ragoûtante : on retrouve régulièrement les corps de jeunes dames suspendues par les pieds, le ventre entrouvert afin que tout ce qui se trouve à l’intérieur pendouille vers le bas, avec des traces de morsures sur tout le corps comme si on avait voulu croquer un bon morceau de chair fraîche (et oui le tueur serait un cannibale!), le tout entouré de marques sur le mur faits avec un mélange de sang et d’autres matières que je vous laisserai le soin de découvrir.
Mais bon, au départ, la juge n’est pas censée s’occuper de cette enquête, sa soeur a été tuée de la même manière et son collègue et ami vient aussi de se faire tuer par le cannibale. Son supérieur lui retire donc l’enquête. En plus, son petit ami vient de la larguer. Comme elle a tous les pouvoirs en tant que juge, elle profite de placer sous écoute l’avocat de son ex. Et de manière totalement illégale la voilà en train de s’écouter toutes les consultations du psy. C’est là qu’il lui semble entendre les confessions du cannibale. Elle décide donc de suivre sa trace en free-lance. Son enquête la conduira jusqu’en Amérique du Sud, au Nicaragua d’abord, puis au plus profond de la jungle tropicale d’Argentine. Pendant ce voyage on aura appris deux trois trucs sur l’homo sapiens sapiens, sur les techniques de torture sous le régime dictatorial de la junte militaire en Argentine entre 1976 et 1983, sur les rapports quand même spéciaux entre les mayas et le sang et on sera imbattable sur Totem et tabou de Freud. Génial, donc, ce Grangé même si j’ai quand même découvert qui était le cannibale 50 pages avant la fin.

GRANGE, Jean-Christophe. La forêt des mânes. Paris, Albin Michel, 2009 
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