L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

La solitude des nombres premiers 21 septembre 2009

Filed under: Prix littéraires,Roman — chantal @ 10:00
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Solitude des nombres premiers

Comment parler de ce roman, qui a valu le prix italien Strega à son jeune auteur pour ce premier roman ?
C’est un livre sur la solitude comme l’indique le titre, les nombres premiers ne se divisent pas et sont seuls même si dans les mathématiques leur nombre jumeau peut exister, mais très loin dans l’enchaînement des chiffres… mais pour les théories scientifiques il faudra s’adresser à quelqu’un d’autre que moi… voyez plutôt avec Mattia…
Les héros sont des personnages qui sont solitaires et adolescents pour une bonne partie du roman, à la recherche de leur intimité et de leur personnalité, ils sont blessés par la vie (disparition, mort, accidents ) et par leur entourage. Ils reçoivent  peu d’affection et la recherche de l’ami-e est parfois utopique et difficile…
Ce n’est pas un livre drôle, mais par moments tous ces épisodes sombres sonnent très justes. Heureusement il n’en va pas ainsi pour tout le monde dans la vie à cet âge délicat… mais Alice et Mattia, les deux protagonistes vivent des choses très douloureuses (Mattia avait une soeur jumelle….et Alice a eu un accident…. pour faire court!). A la suite de ces évènements tragiques, Mattia, inadapté socialement et  surdoué, s’enferme dans les mathématiques  et développe une obsession que je ne dévoilerai pas ici, alors qu’Alice exprime sa différence par l’anorexie.
Ils vont être amenés à se rencontrer, se frôler, se confier enfin et être liés malgré eux. Ils se retrouvent dans des abîmes similaires, mais l’amour est à côté, impossible, parce qu’ils sont respectivement au bord du gouffre. Le lecteur a le sentiment qu’ils ne sont pas dans leur vie, que les choses glissent sur eux ou à côté. C’est toujours un évènement, un hasard qui les font se croiser ou non. Peut-être existe-t-il une théorie mathématique pour expliquer cela, le hasard, qui n’en est pas un, ou comment expliquer par un théorème qu’un lien invisible relie toujours, malgré le temps et le vent,  les deux mêmes êtres, parmi des millions d’autres..?
Giordano, reconstitue très bien ces moments de l’adolescence où la cruauté et l’égoïsme sont les maîtres sentiments. Il y a des scènes de bandes de filles, où, bien sûr, il faut suivre la meneuse et se soumettre à ses idées faute de quoi on sera exclue « à jamais » et ce serait tellement horrible, on est alors prête à avaler un bonbon volontairement sali et impregné de la poussière et des saletés du lavabo du vestiaire… C’est aussi le livre des attentes amoureuses adolescentes, ceux qui fantasment, ceux qui savent et qui en rajoutent et ceux qui espèrent,  mais c’est n’est pas vraiment l’ambiance « années collège »…
Un livre où la solitude, l’enfermement et la douleur règnent, cela est très bien rendu à travers la plume sobre et presque clinique, voire mathématique, de Giordano, il n’y a pas de mot en trop, tout est dit et exprimé d’une manière simple et juste. L’auteur ne s’étale pas pour faire de ce livre un roman psychologique.  Il nous donne « simplement » à revivre le désespoir, la peur, les phobies, le mal-être exprimés dans toute la violence et la force que possèdent les adolescents tourmentés et ce jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. On espère qu’ils vont s’en sortir…vous verrez !

GIORDANO , Paolo. La solitude des nombres premiers. Paris, Seuil, 2009

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Le soleil des Scorta 12 août 2009

Filed under: Prix littéraires,Roman — thierry @ 8:00
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scortaa

Tout commence par le retour au village du terrible Luciano Mascalzone après son séjour en prison. Sous un soleil de plomb et sans descendre de son âne il se dirige vers la maison de Filomena Scorta, à qui il n’a cessé de penser durant ces 15 années d’abstinence. Il sonne à la porte, une fille lui ouvre, et sans échanger un mot ils vont passer les dernières heures de Luciano ensemble avant qu’il ne se fasse lapider violemment par les hommes du village. Un enfant naîtra de ces derniers moments entre ce bandit et son amour de jeunesse. Cet enfant  sera le premier des Scorta, enfant maudit, montré du doigt et rejeté par toutes les familles de ce village des Pouilles. Toute sa vie il en gardera rancune et portera en lui une violence énorme qu’il transmettra à ses descendants. Nous sommes en 1875 et à travers les trois générations suivantes, Gaudé brosse le portrait de cette Italie du Sud, où on part s’enrichir en Amérique, souvent sans succès, on participe à la montée du fascisme, on fait du trafic de cigarettes ou d’humains avec l’Albanie, et pour finir on assiste à l’arrivée du tourisme de masse estival. Et cela baignant toujours dans une extrême pauvreté, un sens de la famille et de l’honneur omniprésent. Et de chaleur, mon dieu, quelle chaleur, rien qu’à lire Gaudé on transpire ! Et à propos de famille et de pauvreté, chez les Scorta, on ne mange pas toujours à sa faim mais quand on décide de réunir la famille pour un repas de fête, on se souvient encore 30 ans après de tous les détails du festin !
Ce livre est un régal, on ne peut pas le lâcher, on en veut encore et on se demande bien pourquoi Gaudé n’a pas fait deux ou trois cent pages de plus. Tant pis, on lira ses autres romans qui ont l’air tout aussi appétissants.

Petit détail : la fille qui ouvrit la porte à Luciano Mascalzone n’était évidemment pas Filomena…

GAUDE, Laurent. Le soleil des Scorta. Arles, Actes Sud, 2007. (Domaine français). 246 p.

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