L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Acier 15 juin 2011

Filed under: Roman — chantal @ 8:00
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D’acier, Silvia Avallone

Terriblement magnifique, on est tout de suite pris dans cette histoire, l’écriture est puissante et nous donne tout à voir. Pas étonnant que l’adaptation au cinéma soit déjà en cours en Italie.

Le premier chapitre se lit à travers les jumelles… et au bout de la lentille, une jeune adolescente, Francesca, première protagoniste de ce roman. C’est son histoire et celle de son amie Anna, amies pour la vie, qui nous est racontée au premier plan. Suivront d’autres personnages, qui gravitent autour d’elles. 

Piombino, ville au coeur du roman, n’est pas le lieu que l’on choisirait pour des vacances en Italie, mais si on est né là-bas, on y reste souvent, car l’usine donne du travail à la plupart des gens qui y grandissent. L’usine est aussi un personnage de ce roman, on la voit de tous les côtés, de nuit comme de jour, omniprésente, avec son grand four toujours en fonction. Elle est le symbole et la métaphore épuisante de ce roman.

Ca pourrait être une simple histoire d’amitié entre deux adolescentes, c’est beaucoup plus, c’est un portrait de l’Italie actuelle dans une ville prolétaire, en marge, avec une société en pleine mutation, prise entre son passé et le changement omniprésent. Une ville avec des ouvriers qui craignent la délocalisation, le nouveau management, les ressources humaines. Des parents qui ont peur de voir leurs filles grandir, partir. Les jeunes, abrutis par leur travail, qui ne pensent qu’à se défoncer. 

 Une forme de misère, car au-delà de l’usine d’acier et de la mer, il n’y a rien ou presque, et il est difficile de dépasser ce qu’on connaît, quand on n’a jamais rien pu voir d’autre. Reste toujours la capacité de rêver pour certains et l’amitié ou l’amour, mais là c’est peut-être encore une source de souffrance…

Disponibilité

AVALLONE, Silvia. D’acier. Paris, Liana Levi, 2011. 387 pp

 

La ville des voleurs 11 juin 2011

Filed under: Roman — Françoise A. @ 8:00
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1941, Leningrad est assiégée par les nazis. Les gens ont faim et froid, tout le temps. Lev, 17 ans, fils d’un poète juif « disparu » veille sur le toit de son immeuble avec ses copains. Trop jeune pour s’enrôler dans l’armée rouge, il est responsable du service incendie. Lorsqu’un parachutiste allemand leur tombe presque dessus, la tentation est trop forte. Les jeunes gens entreprennent de dépouiller le cadavre, afin de chercher s’il n’y aurait pas quelque chose à manger ou à boire. Hélas la patrouille les repère. Lev, toujours galant, laisse passer la petite Vera avant lui. Résultat, il est le seul à être embarqué en prison et sait très bien qu’il encourt la peine de mort.
Arrive dans sa cellule Kolya, beau parleur, et beau tout court. Kolya est le type même du vrai aryen, blond aux yeux bleus, alors que Lev se trouve laid et a horreur de son gros nez. Kolya risque aussi d’être fusillé, car il a quitté son bataillon de l’armée rouge. Cela ne l’empêche pas de garder son calme, de parler à Lev littérature, puis de s’endormir d’un sommeil paisible…
Miracle, le lendemain matin, le voleur et le déserteur, dixit le colonel, ont un sursis. S’ils parviennent à réunir une douzaine d’œufs d’ici cinq jours, ils seront graciés. Pourquoi cette lubie me direz-vous, alors que tous les habitants en sont réduits à manger un horrible pain de sciure? et bien, c’est pour faire un gâteau pour le mariage de la fille du même colonel. Tout le roman de Benioff raconte la quête de cet incroyable duo à la recherche de ces incroyables œufs.

Voici un court extrait qui résume bien les rapports entre les personnages, et le ton du roman. Avant de quitter la ville, Kolya regarde Lev dans les yeux et lui dit:
« – Ne t’inquiète pas, mon ami… Je ne te laisserais pas crever comme ça.
  – J’avais dix-sept ans et j’étais un imbécile : je le crus sur parole »

Lev et Kolya se retrouvent aux prises avec des cannibales, des Einsatzgruppen, des cadavres de toutes sortes, humains et même canins. Pourtant, malgré ces scènes d’une violence inouïe, on ne peut s’empêcher de rire et de sourire très souvent. Un de mes passages préférés est celui de la rencontre avec la malheureuse poule « Chérie ». La description de la bestiole découverte sur un toit, puis ramenée avec moult précautions dans l’appartement d’une des nombreuses conquêtes de Kolya, est d’une irrésistible drôlerie. Je vous laisse découvrir la conclusion de cet épisode cocasse…

J’ai beaucoup aimé le personnage de Lev, ado lucide insomniaque, tourmenté par l’éveil de sa sexualité et par sa judéité. « Pour ma malédiction, [explique-t-il] j’avais hérité du double pessimisme des Russes et des Juifs- deux des plus mélancoliques tribus de la terre».
Kolya, le bourreau des cœurs, arrive à percer la carapace de cette mélancolie, grâce à son humour et à ses bons conseils. Il se présente expert « en filles, en littérature et en échecs ». Pour les filles et la littérature, c’est en partie vrai; pour les échecs, c’est plus discutable. Quoiqu’il en soit, lui-même a ses propres blessures, littéraires ou intestinales, mais garde toujours une élégance certaine.

David Benioff présente  l’histoire de Lev comme celle de son grand-père. Je ne me prononcerais pas sur la véracité de ce récit. En tous cas, j’ai marché à fond!

Benioff, David. La ville des voleurs. Paris, Flammarion, 2010. 365 p.

Disponibilité

L’auteur dit s’être inspiré de deux livres Kaputt de Malaparte qui fut correspondant de guerre sur le front est, et, pour le siège de Leningrad,  des Neuf cents jours de Harrison E. Salisbury.

 

Soeur des cygnes 10 mars 2010

Filed under: Fantasy,Roman — Françoise A. @ 10:00
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Il est assez rare que la réécriture de contes soit une réussite, et pourtant la néo-zélandaise Juliet Marillier a parfaitement réussi son coup. Voici un excellent roman de fantasy pour adultes ou ados.

Dans un pays qui pourrait être l’Irlande, Sorcha grandit avec ses six frères. L’enfance est douce malgré des conditions de vie un peu rudes. Personne ne s’occupe vraiment de leur éducation; ils se suffisent à eux même en cavalant dans la forêt et en dévorant tous les livres du château. Leur père est le plus souvent absent, en train de guerroyer contre les Britons pour des îles lointaines. Lorsqu’il revient de campagne, il interroge chacun de ses fils pour savoir s’ils sont aptes au service, mais ignore sa fille. En effet, il est devenu veuf le jour de la naissance de  son septième enfant, sa fille Sorcha.

Ce qu’il ignore, c’est que ses enfants sont liés à jamais par une promesse faite à leur mère. Se sentant mourir après l’accouchement, elle a demandé à ses six garçons de semer une graine de bouleau, et l’arbre miraculeusement a poussé, épargné par les chevreuils, les tempêtes et autres aléas qui menacent habituellement un arbre. Tous les enfants, Sorcha comprise, s’y retrouvent régulièrement. Tous sont doués de magie et de télépathie. Mais, à 12 ans, Sorcha a des talents de guérisseuse et de conteuse qu’elle met au service de tous, y compris au prisonnier que ses frères ont fait évader en cachette de leur père.

Tout irait presque pour le mieux lorsque le père décide de se remarier avec une femme très belle, comme dans les contes, mais aussi très mauvaise. Les malheurs s’abattent sur la fratrie, la fiancée d’un des frères tombe malade, Sorcha voit son jardin de plantes médicinales saccagé. Elle échappe de peu à la folie destructrice de sa belle-mère grâce à ses frères, mais eux, hélas, sont changés en cygnes.

La Dame de la forêt lui explique alors que la seule façon de les sauver, c’est de confectionner six tuniques identiques, avec la plante terriblement toxique que l’auteure nomme la fleur d’étoile, et de ne plus parler, quoiqu’il arrive, tant qu’elle n’aura pas pu remettre les six tuniques à ses six frères en même temps… J’ai bien sûr pensé, comme le quatrième de couverture nous y invite, au conte de Grimm, mais surtout à la version plus mélancolique qu’en a fait Andersen. Le personnage de Sorcha m’a aussi rappelé celui d’Ayla l’enfant de la terre. Mais ses réminiscences ne gênent en rien la lecture, bien au contraire!

Marillier, Juliet Soeur des cygnes . 2 vol. Nantes, Atalante, 2009 (La dentelle du cygne)

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La solitude des nombres premiers 21 septembre 2009

Filed under: Prix littéraires,Roman — chantal @ 10:00
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Solitude des nombres premiers

Comment parler de ce roman, qui a valu le prix italien Strega à son jeune auteur pour ce premier roman ?
C’est un livre sur la solitude comme l’indique le titre, les nombres premiers ne se divisent pas et sont seuls même si dans les mathématiques leur nombre jumeau peut exister, mais très loin dans l’enchaînement des chiffres… mais pour les théories scientifiques il faudra s’adresser à quelqu’un d’autre que moi… voyez plutôt avec Mattia…
Les héros sont des personnages qui sont solitaires et adolescents pour une bonne partie du roman, à la recherche de leur intimité et de leur personnalité, ils sont blessés par la vie (disparition, mort, accidents ) et par leur entourage. Ils reçoivent  peu d’affection et la recherche de l’ami-e est parfois utopique et difficile…
Ce n’est pas un livre drôle, mais par moments tous ces épisodes sombres sonnent très justes. Heureusement il n’en va pas ainsi pour tout le monde dans la vie à cet âge délicat… mais Alice et Mattia, les deux protagonistes vivent des choses très douloureuses (Mattia avait une soeur jumelle….et Alice a eu un accident…. pour faire court!). A la suite de ces évènements tragiques, Mattia, inadapté socialement et  surdoué, s’enferme dans les mathématiques  et développe une obsession que je ne dévoilerai pas ici, alors qu’Alice exprime sa différence par l’anorexie.
Ils vont être amenés à se rencontrer, se frôler, se confier enfin et être liés malgré eux. Ils se retrouvent dans des abîmes similaires, mais l’amour est à côté, impossible, parce qu’ils sont respectivement au bord du gouffre. Le lecteur a le sentiment qu’ils ne sont pas dans leur vie, que les choses glissent sur eux ou à côté. C’est toujours un évènement, un hasard qui les font se croiser ou non. Peut-être existe-t-il une théorie mathématique pour expliquer cela, le hasard, qui n’en est pas un, ou comment expliquer par un théorème qu’un lien invisible relie toujours, malgré le temps et le vent,  les deux mêmes êtres, parmi des millions d’autres..?
Giordano, reconstitue très bien ces moments de l’adolescence où la cruauté et l’égoïsme sont les maîtres sentiments. Il y a des scènes de bandes de filles, où, bien sûr, il faut suivre la meneuse et se soumettre à ses idées faute de quoi on sera exclue « à jamais » et ce serait tellement horrible, on est alors prête à avaler un bonbon volontairement sali et impregné de la poussière et des saletés du lavabo du vestiaire… C’est aussi le livre des attentes amoureuses adolescentes, ceux qui fantasment, ceux qui savent et qui en rajoutent et ceux qui espèrent,  mais c’est n’est pas vraiment l’ambiance « années collège »…
Un livre où la solitude, l’enfermement et la douleur règnent, cela est très bien rendu à travers la plume sobre et presque clinique, voire mathématique, de Giordano, il n’y a pas de mot en trop, tout est dit et exprimé d’une manière simple et juste. L’auteur ne s’étale pas pour faire de ce livre un roman psychologique.  Il nous donne « simplement » à revivre le désespoir, la peur, les phobies, le mal-être exprimés dans toute la violence et la force que possèdent les adolescents tourmentés et ce jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. On espère qu’ils vont s’en sortir…vous verrez !

GIORDANO , Paolo. La solitude des nombres premiers. Paris, Seuil, 2009

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On peut s’appeler Brad-Pitt et être encore puceau 13 juillet 2009

Filed under: Divers,Documentaire — Dominique @ 9:22
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bradpittEn librairie, notre oeil se fait souvent happer par un bandeau rouge ornant un ouvrage. Les bandeaux rouges ornant les ouvrages sont faits pour ça. Ils portent souvent la mention prometteuse du ou des prix plus ou moins prestigieux remportés par le livre en question. Dans cet ordre d’idée j’ai passé un temps fou à choisir mon exemplaire des 1000 & 1 lundis de Plonk et Replonk, qui chacun portait un bandeau différent et il me semble avoir finalement opté pour celui qui disait « Prix des coiffeurs-urgentistes de Poitou-Charente 2008 ». Ma mémoire n’a pas enregistré les autres mais on peut compter sur P&ReP pour avoir donné dans le délire, comme d’habitude.
Un jour, je repère à la bibliothèque une couverture de livre tramée de carreaux genre cahier d’écolier portant justement une sorte de bandeau rouge, mais non détachable comme ils le sont d’habitude, comportant en grand « LE PRIX DU LIVRE » et en tout petit en-dessous : « est de l’autre côté en bas à droite ». Ca m’a bien fait marrer. La lecture de la quatrième de couverture a fini de me convaincre d’emprunter ce livre, en plus du fait qu’il porte le titre assez excentrique de La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh. Composé de chroniques, qui ont au préalable été publiées sur le blog de BPD, et illustré de dessins de Diego Aranega, ce bouquin m’a vraiment emballée… Tellement que ça fait bien un mois que je repousse la rédaction de cet article de peur de me planter… Comment parler ici avec suffisamment d’enthousiasme d’un livre qui a été lui-même blog avant d’être grand ? D’autant plus que ce blog a connu un succès incroyable et mérité. Il est né le 1er juin 2005, le jour des 15 ans de son auteur qui a toujours désiré conserver l’anonymat. Je le comprends d’autant plus qu’à mon avis l’auteur a autant 15 ans que moi je suis PDG d’une banque privée, mais bon cela n’engage que moi. Les chroniques sont d’une telle qualité et d’une telle maturité que je les vois mal avoir été rédigées par quelqu’un de si jeune… Mais peu importe, qui qu’en soit l’auteur, il est bourré de talent. Il se dégage de ses écrits autant de tendresse que d’humour, les chroniques peuvent être lues comme des nouvelles, du genre de nouvelles qui ont une chute inattendue. BPD y évoque le quotidien d’un adolescent (vous vous souvenez, cette affreuse période qu’enfant, on rêve d’atteindre et dont ensuite on est si soulagé d’être sorti) flanqué d’un grand frère, d’une petite soeur, de ses potes et de deux parents dont l’un est pasteur charismatique de la communauté yavish (un abruti insensible qui la ramène toujours avec ses problèmes d’argent) et l’autre est une gentille dame sensible et légèrement handicapée. Brad observe le monde qui l’entoure et aimerait bien
1) se défaire se sa virginité, lui qui n’a même pas encore roulé une pelle de sa vie
2) avoir un vélo comme son pote Benoît – mais lui, il est fils unique
3) que son frère arrête les recherches généalogiques qui lui prouveraient enfin qu’il est un enfant adopté
4) ne plus jamais voir sa mère pleurer
et des tas d’autres choses…
La sortie du film de Riad Sattouf (grand spécialiste de l’adolescence s’il en est, voir son Manuel du puceau, ou La vie secrète des jeunes), Les beaux gosses, m’a poussée à enfin reprendre le clavier pour pondre ce billet qui j’espère vous incitera à lire La vie rocambolesque…, un livre qui regarde les yeux grands ouverts malgré une certaine naïveté le monde qui l’entoure, celui qui intéresse l’ado, vous savez, celui qui se situe autour du nombril et dans sa proche périphérie…

BRAD-PITT DEUCHFALH. La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh. Neuilly-sur-Seine, M6, 2007
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Pour quelques instants de bonheur… 2 juillet 2009

Filed under: Roman — Françoise A. @ 9:34
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 9782867464676

J’ai passé un très bon moment avec ce roman, et si vous avez vous aussi envie d’un petit instant de bonheur dans notre monde de brutes, je vous invite à lire Battement d’ailes de l’écrivaine Milena Agus. La famille de la jeune  narratrice de l’histoire a dû quitter la ville et se rabattre sur ses terres sardes. Le papa est-il parti, mort? on ne le sait pas vraiment; tout ce qu’on sait, c’est que la famille s’est retrouvée ruinée. A quatorze ans, la jeune fille n’a toujours pas ses règles et reste en contact avec ce père absent grâce à des battements d’ailes et communique ainsi avec lui.

Elle  est aussi fascinée par ses voisins, et surtout par une de ses voisines, une femme solitaire et excentrique. Pensez donc, à 50 ans, Madame, comme l’appelle la jeune fille avec respect et tendresse, n’est toujours pas mariée !

Pourtant Madame pourrait devenir riche en  vendant ses terres aux promoteurs immobiliers. Il y aurait de quoi construire un magnifique complexe hôtelier, avec le soleil et la mer et tout et tout. Mais Madame n’est pas intéressée par l’argent. Elle s’obstine à conserver son gîte sans télé, à recueillir tous les blessés de la vie qui passent à sa portée, et à garder ses amants minables,  jeunes ou vieux. Pas dupe, Madame offre pourtant à tous, légumes, amour et bonté à profusion, sans rien attendre en retour.

Milena Agus a l’art de poser des questions sans vraiment y répondre. Le grand-père est-il amoureux de Madame? Comment l’enfant délaissé par les voisins arrive-t-il à dompter la mer? De petits riens tragi-comiques font tout le sel de son roman : je pense à l’épisode de la rigide grand-mère découvrant  que son petit-fils modèle dont elle a rebattu les oreilles à tout le monde a lâché ses études et s’éclate en jouant de la musique.

En moins marqué politiquement, ce roman m’a fait penser à L’art de la joie de la Scicilienne Goliarda Sapienza : même amour de la terre et du soleil, et même quête du bonheur non ostentatoire : un livre à déguster tranquillement .

 

AGUS, Milena. Battement d’ailes. Paris, Liana Levi, 2008.

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Black hole 5 mai 2009

Filed under: BD — davide @ 2:58
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blackholeMettons donc à mort un vieux mythe et boutons hors du placard un secret qui ne l’est pas vraiment : oui, je lis des BD et ce, très souvent car en fait j’aime ça.

En effet, qu’y a-t-il à ne pas aimer dans le trou noir de Burns ?

Déjà, c’est un ouvrage qui se vend tout seul, que ce soit en fascicules ou dans l’édition intégrale, les couvertures sont d’une qualité et d’un potentiel de fascination assez peu négligeable.

Ensuite, le bouche à oreille : dans mon cas, il a suffi qu’un collègue qui demeurera anonyme pour son propre bien me déclare le temps qui lui fut nécessaire à se remettre de sa lecture pour que j’en fasse la commande pour ma bibliothèque privée le jour même.

Mais à ce stade, je n’avais que feuilleté quelques pages de fascicules susmentionnés, sans jamais oser aller plus loin de peur d’être frustré par une lecture incomplète et qui plus est en traduction (mais ce sont là mes problèmes personnels, pour lesquels j’ai ma propre pommade).

Et bien c’est du passé.

Malheureusement je ne suis pas plus avancé, cet ouvrage m’ayant rendu plus perplexe qu’un hérisson durant la saison des amours croisant une brosse à cheveux sur son chemin. Commençons par le plus simple : le graphisme est tout simplement somptueux. Les contours un peu mous sont vitalisés par le noir/blanc extrême et diaboliquement bien pensé. Les personnages ne sont ni beau ni caricaturaux, et expriment admirablement le marasme émotionnel associé à l’adolescence. L’histoire elle-même est limpide ; malgré des éléments de science-fiction, qui sont d’ailleurs remarquablement crédibles, c’est toujours les difficultés desdits adolescents à vivre entre eux et avec eux-mêmes qui prime, à tel point que le véritable héros de ce roman devrait être le malaise sourd, glauque et nauséeux qui se dégage de chaque page, et qui atteint son paroxysme lors des hallucinations qui frappent les personnages principaux. Il demeure que le monde décrit ici est quand même bien celui des 20 % « riches » de la planète,  spécifiquement celui de la banlieue nord américaine, et si les adolescents en question sont autant à même d’explorer les méandres de leur mal de vivre c’est bien parce qu’ils sont libérés du carcan des besoins matériels, y compris dans l’exil. Et c’est probablement une des raisons de l’inconfort que génère cette lecture, car l’opulence matérielle est partout visible, la bière coule à flots, on achète la drogue comme on échange des cartes à collectionner, et la nourriture, disons plutôt la bouffe, est partout présente, souvent jetée à terre ou gogeant dans des mares stagnantes, et semble faire écho à la dégradation lente des corps, apparente ou pas, qui se solde très rarement par des accès de tolérance.

De fait, Black hole semble être moins un livre qui raconte une histoire qu’un livre où l’histoire en est à ses derniers soubresauts, où on la voit se désagréger et vivre ses derniers instants, laissant aux personnages qui s’y débattent le soin de remplir les pages de leur conscience à l’agonie et d’actes tranquillement désespérés.

Enfin, et une fois n’est pas coutume, je n’arrive pas à me prononcer sur la conclusion de cette lecture. Le happy-end est-il vraiment happy ? Quand on a dû parcourir ce chemin de croix de l’ennui, du désespoir et de la solitude qu’est la vie des protagonistes de « Black hole », la fin est-elle vraiment importante, est-elle autre chose qu’une page de plus qui se tourne ou une autre crise hallucinatoire?

 

BURNS, Charles. Black Hole. Paris, Delcourt, 2006. non paginé.

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