L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Le monde selon Monsanto 15 août 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 9:00
Tags: , , , ,

le-monde-selon-monsantoJe suis bien content ; ce billet me donne l’occasion de répondre à ceux qui me reprocheraient d’être un rebelle un peu pantouflard et aligné sur la bourgeoisie locale que je sais également prendre des risques un peu fous et extrêmes, par exemple en écrivant un billet pour présenter «  Le monde selon Monsanto » (vous allez vite comprendre pourquoi).
L’auteur était partie pour faire trois reportages pour la chaîne de télévision Arte, quand elle remarqua qu’un nom revenait bien souvent, et souvent dans un contexte pour le moins revêche : celui de la firme agro-industrielle Monsanto. Du coup, elle enquêta à son sujet, publia ce livre, et réalisa en parallèle un film du même titre.
Du coup, film et livre ont un peu le même défaut, à savoir que leur rythme est un peu bancal, et pourra laisser sur sa faim le lecteur exigeant une intrigue soutenue par des rebondissements et méandres narratifs bien excitants.

CAR

Monsanto, c’est tout d’abord une bonne firme bien familiale, qui produisait de bons produits chimiques, en commençant par de bons PCB, puis au fil du siècle du bon agent orange et d’autres bonnes choses encore, mais c’est surtout sa manière de faire qui lui a servi, tant elle était l’exemple presque type de la firme industrielle ayant su se détacher du misérabilisme des crises diverses en évitant de s’enliser dans la flaque rouge et gluante du syndicalisme, en accomplissant le rêve de la croissance  constante. Toujours est-il que l’on nous sert assez tôt, un peu comme un goulache de viande hachée aux épinards en branches en entrée, le fait (pas l’hypothèse, voyez-vous) que Monsato PEUT TOUT FAIRE. Et je vous prie de ne pas voir de connotation négative dans cette affirmation, tout juste un constat. Le livre (comme le film) démontre clairement que Monsanto pourrait bio-ingénieuriser un gène de pesto-lèpre de la truite velue, le faire homologuer officiellement comme herbicide/engrais/édulcorant universel biodégradable à 178%, à l’imposer à un continent tout entier en faisant des produits de ses concurrents le nouveau débouche-toilettes à la mode, et quand bien même elle serait à l’origine d’un nouvel Age Sombre, ses pratiques ne seront jamais remises en question. Et quand bien même elle serait traînée en justice, elle sera acquittée. Et même si dommages à payer il y avait, on a tôt fait de se rendre compte que face aux bénéfices engrangés par la firme, ils ne représentent vraiment que la chute de la blague de la soirée à la prochaine réunion de ses actionnaires.

Ça, c’est pour les 40 premières pages du livre.

S’ensuit un catalogue des produits que Monsanto a développés et vendus, des pratiques envers des groupes de population utilisant ces mêmes produits, et des impacts des premiers sur la biodiversité et des secondes sur l’existence de Monsieur et Madame tout le monde.

Bref, c’est très exactement le genre de livre qu’un objectiviste engagé jugera comme un pur produit éco-larmoyant. Ce qui n’est pas le cas. Car à la date de parution de ce livre, il n’est que deux types de personnes pour vouloir en contester la teneur : les avocats de la firme en question (c’est leur travail après tout), et les scientifiques ayant couvert ses agissements ou servi de détracteurs à ses opposants, et qui doivent bien essayer de maintenir leur façade de rigueur scientifique (eux, par contre, je ne vois vraiment pas ce qu’ils avaient à y gagner). Ce n’est pas que le reste du monde n’est pas dupe, mais simplement que la firme a amassé un tel pouvoir monétaire, placé tant de ses cadres à des postes clés dans des organes de contrôle et de santé nationaux et internationaux, développé des produits si dangereux et de manière si éhontée, qu’il ne semble plus vraiment utile d’engager un quelconque débat quand à la modération de ses pratiques bio-agricoles.
Vraiment, on en arrive, en lisant ce livre, à être atterré simplement par ce qui est littéralement ingurgité par la population nord-américaine, et à voir comme simple bon sens de tout bonnement refuser la moindre implantation de ses produits sur le territoire européen. Un exemple, mon préféré, est celui du lait au pus, dû à la mammite accompagnant l’injection d’hormones de croissance bovines . Peut-être sommes-nous trop douillets sur le vieux continent, toujours est-il que je suis quasiment sûr que peu de mes voisins apprécient une bonne louche de pus dans leur lait. Ceci étant dit, et contrairement au film éponyme, on ne perd pas trop vite intérêt, car on n’a de cesse de parcourir les notes très bien fournies, de relever des noms, bref de prendre conscience d’un état de fait si particulier et pourtant si typique (à mon avis, bien sûr. Si vous ne deviez pas revoir de mes billets dans les deux prochaines semaines, veuillez considérer que je suis en train de casser de l’ADN au maillet, enchaîné à un bidon de Roundup©, sous la surveillance d’un épi de blé carnivore dans le donjon de la base lunaire de Monsanto pour m’acquitter des trilliards que je leur devrais en dommages et intérêts.)

ROBIN, Marie-Monique. Le monde selon Monsanto : de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. Paris, Découverte, 2008 (Cahiers libres). 370 p.

Disponibilité