L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Le Musée invisible 21 septembre 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 3:47
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De tout temps, les oeuvres d’art ont suscité la convoitise et ont fait l’objet d’innombrables vols. Derrière ces actes se cachent de multiples motivations qui vont du pur intérêt mercantile à l’avidité de collectionneurs avertis ou de cleptomanes audacieux. Régulièrement, la presse fait état de telle ou telle oeuvre qui a été dérobée à son propriétaire et dont la valeur se monte souvent à des dizaines de miliers de francs, voire plus.

Les musées payent un lourd tribut à cette forme de délinquance qui non seulement porte préjudice à la cohérence de collections patiemment réunies mais qui prive aussi d’accès les visiteurs à des oeuvres qui appartiennent au patrimoine artistique de l’humanité. Ainsi, ce sont des dizaines de Picasso, de Renoir, de Rembrandt et presque autant de Monet, de Matisse et de Warhol qui ont disparu de la circulation et qui demeurent pour l’instant introuvables.

Dans le Musée invisible de Nathaniel Herzberg, nous prenons la mesure de la richesse et de l’importance des oeuvres d’art qui ont été spoliées. Et c’est avec effroi que nous apprenons par exemple qu’une magnifique vue d’Auvers-sur-Oise de Paul Cézanne n’est plus visible par l’amateur, ou que La Plage de Pourville de Claude Monet – découpée sur son cadre – s’est envolée vers d’autres horizons. Mais c’est avec fascination aussi que nous découvrons les conditions – parfois rocambolesques – dans lesquels ont été commis ces forfaits : nous sommes surpris et presque admiratifs devant l’audace dont ont fait preuve certains voleurs pour s’emparer de l’objet convoité. Au final, nous restons toutefois pantois devant les mesures de sécurité – malheureusement insuffisantes – qui n’ont pas su protéger de la convoitise toutes ces merveilles de la création humaine.

Et parfois, cela frise presque le gag.

Que penser par exemple lorsque trois hommes masqués aux commandes d’un camion-grue emportent une sculpture en bronze de 2,5 tonnes réalisée par l’artiste Henry Moore en moins de dix minutes, à l’insu de caméras de surveillance et de lourdes grilles de protection ? Et que la pièce aurait quitté le Royaume-Uni sur un cargo à destination de Rotterdam, pour gagner ensuite l’Asie ? Estimée à 150’000 livres sur le marché de l’art, cette oeuvre aurait ensuite été découpée en morceaux, fondue, puis revendue au cours du bronze de l’époque, soit environ 1’500 livres…

HERZBERG, Nathaniel. Le Musée invisible. Paris, Toucan, 2009. 207 p.

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Les deux amies 24 septembre 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 8:00
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deuxamiesPrologue :

Excédé par la lecture d’un livre dont je tairai le nom, de peur que les lecteurs retors ne se ruent dessus, je le jette rageusement sur mon étagère « dons à l’Armée du salut », et me jette aussi rageusement sur ma liste de lectures à venir, pour en sélectionner un qui puisse un peu me calmer. Je tombe sur celui-ci ; le sujet m’est à peu près inconnu, le champ lexical est à ma portée. Vendu.

Corpus :

On a presque tous en tête les deux amies. Elles sont surtout présentes dans les souvenirs barbants de feuilletage des livres d’arts des parents, ceux qui sont très grands, très lourds et pleins de texte écrit tout petit, et on les range au même rayon que les paysages d’un autre âge sur-colorés, les animaux de ferme suspicieusement placides ou les icônes religieuses plus kitsch que l’étage 30 ans et plus du Macumba©.
Et bien sachez-le, nous avons tout raté. Sérieusement. Depuis l’Antiquité, et les très rares représentations de la poétesse Sapho de Mytilène ou autres reliques archéologiques, l’image du couple de femmes a toujours été présent, et a toujours eu une histoire à raconter sur le milieu qui l’a produit, notamment en ce qui concerne non seulement la place de la femme dans une société, mais également dans la symbolique que son image va véhiculer.
Si j’ai bien compris. Il faut dire que mon attention était bien évidemment retenue par les illustrations, qui sont ma foi peu colorées et plutôt petites. Mais c’est là un des deux seuls reproches que je pourrais bien faire à cet ouvrage. Je réserve le second pour la fin.
Un point très positif est la prudence de l’auteur, et vu le peu de documents qui nous restent des époques présentées, elle ne se permet aucunement de tirer des conclusions trop polémiques. Du coup, la clarté de son propos et son objectivité font qu’arrivé au Moyen-âge, et ses curieuses représentations de Marie et Elisabeth, on commence à entrevoir quels processus ont potentiellement abouti à de telles représentations.
L’ouvrage s’étoffe véritablement dans les parties qui traitent de la Renaissance aux Lumières, et qui nous font découvrir que visibilité n’est pas tolérance, car au-delà d’une représentation purement symbolique, il y a également là la représentation d’une pratique sexuelle non seulement hors normes, qui selon les époques et les groupes d’appartenances de ses pratiquantes seront plus ou moins bien tolérées, mais qui font aussi partie intégrante de la représentation fantasmatique hétérosexuelle patriarcale.
En clair : Voir des images de lesbiennes est valorisant pour lesdites lesbiennes mais bon, on sait que ces images sont faites en grande majorité par et pour des hommes hétérosexuels, ou au mieux pour une majorité bien-pensante.
Il faut également noter au passage qu’en creusant un peu le sujet, l’auteur donne de nombreux exemples où la représentation de cet acte sexuel contre nature fait apparaître en filigrane la possibilité d’un comportement féminin hors des sentiers battu(e)s (voyez-vous où je veux en venir avec ce jeu de mot des plus douteux ? bien), et ce à chaque période artistique décrite, jusqu’au 20ème siècle, avec nombre de conséquences et de répercussions.
A ce stade du billet nous arrivons malheureusement au fond de la tasse, et les prochaines gorgées se révèlent être pleines de petites brisures au goût amer et qui collent au dents, j’ai nommé la période contemporaine. Tristement, Bonnet semble perdre toute retenue dès que le sujet aborde la période de son existence. Il est, il va de soi, louable de s’appuyer sur son expérience personnelle pour traiter un sujet, mais on semble déraper rapidement dans les querelles intestines des différents mouvements de libération de la femme, et on ne trouve quasiment plus trace de l’objectivité si appréciée en début du documentaire, mais au contraire une sorte d’appel désespéré  à prendre au pied levé des valeurs somme toute assez éthnocentrées, telles que le besoin de faire passer toute revendication sociale par une réglementation stricte des pratiques sexuelles.
J’ai bien conscience d’avoir la retenue tolérante d’un intégriste végétalien  à la Saint-Martin, mais je m’attendais vraiment à non seulement une présentation mais aussi à une théorisation des nouvelles images des deux amies, notamment dans le contexte de la pornographie, de la publicité et de la culture populaire de masse, mais aussi dans le champ des interprétations sous-textuelles et leur expression dans la fanfiction ou dans l’univers nébuleux du web 2 point zéro. Et bien je suis resté, comme le susmentionné végétalien jurassien, sur ma faim.

Conclusion :

Malgré tout, ce livre est des plus instructif et accessible, et il m’a fait oublier ma lecture énervante. Il est donc bon.

BONNET, Marie-Jo. Les deux amies : essai sur le couple de femmes dans l’art. Paris, Blanche, 2000. 305 p.

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