L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

L’autre fin du monde 11 novembre 2008

Il y a des jours où je suis vraiment heureux d’être bibliothécaire! Surtout quand je peux sélectionner des bandes dessinées et les lire avant tout le monde. Non je plaisante, je les propose d’abord en exposition, avant de me ruer sur celles qui m’intéressent après deux jours. Question de déontologie, qu’est-ce que vous croyez!

C’est le cas de L’autre fin du monde de l’auteur bien connu des romands bdphiles: Ibn Al Rabin. Après diverses bd autopubliées, le Genevois publie chez Atrabile un véritable ovni dans le paysage de la bd contemporaine. Vu son format particulier et son épaisseur (plus de 1000 pages), on pourrait presque parler d’un pavé dans la mare. Quelle est l’intrigue qui se cache derrière ce titre mystérieux? Sans trop en dévoiler, voici un résumé du scénario.

Milch habite seul dans une vieille demeure en lisière de forêt héritée de sa femme décédée il y a peu. Sujet à de fréquentes insomnies, il reçoit chaque soir la visite du fantôme de sa femme avec qui il essaie de communiquer. Malgré tous ses efforts elle reste muette.

Troublé, Milch recherche un moyen d’oublier ces apparitions, d’abord grâce à l’aide d’un médecin, puis d’un psychiatre ambitieux. Bien entendu, personne ne croit à son histoire ! D’autant que Milch consulte le médecin pour savoir s’il est sourd! Eh oui, étant donné qu’il ne peut pas entendre ce que raconte le fantôme de sa femme…

En parallèle, un couple est à la recherche d’un mystérieux chef d’œuvre littéraire supposé avoir été écrit par un aviateur fantasque ayant habité la demeure de Milch. Le fantôme de cet aviateur rôde également dans les parages. Il essaie lui aussi de communiquer avec le fantôme de la femme de Milch qui refuse toujours de parler. Elle accepte toutefois de le suivre pour de longues promenades qui égayent ses errances fantomatiques habituellement solitaires.

D’autres personnages savoureux, dont le frère du psychiatre et ancienne connaissance de Milch, mais aussi le maire de la ville, des policiers décérébrés et bien d’autres encore, seront entraînés dans une histoire de plus en plus délirante. Milch réussira-t-il à retrouver sa sérénité ?

Voilà pour l’intrigue. Le dessin particulier de Ibn Al Rabin, que certains esprits chagrins qualifieront  de « minimaliste », renforce, selon moi, l’attrait d’un scénario possédant plusieurs niveaux de lecture.

J’ai particulièrement apprécié les dialogues savoureux et le côté décalé de l’intrigue. Les personnages sont touchants d’humanité, et ce malgré des silhouettes invariablement noires. Impossible de les confondre au fil des pages. Quel talent! Quel humour!

Je conseille toutefois aux lecteurs peu habitués à ce genre de bd de s’accrocher un peu au début. Après 30 ou 40 pages, on s’habitue très bien au dessin et on dévore le reste sans difficulté.

Pour ceux qui le désirent, il est possible de retrouver Ibn Al Rabin sur son propre site à l’adresse suivante : http://www.atrabile.org/ibn-al-rabin/ .

IBN AL RABIN. L’autre fin du monde. Genève, Atrabile, 2007

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