L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

On peut se dire au revoir plusieurs fois 25 juillet 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 10:35
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David Servan-Schreiber – auteur des deux ouvrages au succès retentissant Guérir (2003) et Anticancer (2007) – publie un nouveau livre poignant dans lequel il relate la grave rechute à laquelle il fait face depuis 1 année suite à une tumeur cérébrale apparue il y a 20 ans et contre laquelle il n’a cessé de se battre.

Le diagnostic posé aujourd’hui est sans appel : un glioblastome de stade IV dont les pronostics sont parmi les plus mauvais de tous les cancers avec une médiane de survie à quinze mois. David Servan-Schreiber a peu de doutes quand à l’issue de sa maladie. Les traitements novateurs dont il bénéficie tels que l’implantation de billes radioactives dans son cerveau ou l’injection d’un vaccin sur mesure montrent leurs limites face à une tumeur récalcitrante et rebelle.

Les jours sont comptés, il y a urgence. Cette urgence oblige David Servan-Schreiber à se poser les questions les plus fondamentales et les plus importantes de sa vie, à se retourner sur son passé, à préparer ce qu’il lui reste d’avenir, à vivre pleinement chaque seconde du présent. Le temps qui reste est mis à profit pour dire au revoir à tous ceux qu’il aime : sa famille, ses amis, l’entourage et les connaissances.

Mais David Servan-Schreiber ressent également la nécessité de livrer un témoignage à ses lecteurs et à tous ceux qui soutiennent sa méthode anticancer et qui l’appliquent au quotidien. Alors qu’il pense, mange, bouge et vit depuis de nombreuses années selon des préceptes scientifiquement validés, que restera-t-il de sa méthode si lui-même peut être rattrapé par la maladie et y succomber ? Dès lors, quel espoir donner aux malades ?

Dans ce livre, David Servan-Schreiber s’exprime avec courage, pudeur et dignité sur l’épreuve qu’il traverse. Avec une écriture fluide et légère, il se dévoile plus intimement, par touches d’humanité et de fragilité. Son récit est un exemple de courage qui évite adroitement toute forme d’apitoiement et de capitulation, une forme de testament qui donne espoir dans une situation sans place pour l’espérance.

SERVAN-SCHREIBER, David. On peut se dire au revoir plusieurs fois. Paris, Laffont, 2011. 157 p.

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Cancer and the City 27 octobre 2009

Filed under: BD,Biographie — Roane @ 11:41
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P1010197Témoigner de son cancer, c’est plutôt fréquent dans le monde des livres. Mais choisir de passer par la bande dessinée, voilà qui est plus rare, peut-être même unique et je ne peux donc que vous pousser à y jeter un oeil, le reste devrait suivre, tant ça remue.
Lorsqu’à 43 ans, Marisa Acocella Marchetto apprend qu’elle a un cancer du sein, c’est le « trou noir » dit-elle. Sur un fond bleu, des yeux apeurés. Au-dessous, de grosses lettres blanches surgissent du noir :
« Pétrifiée pour l’éternité dans l’immensité du néant et plongée dans une obscurité épaisse… Avec pour seul souhait de revenir à mes obsessions narcissiques et futiles, mes histoires d’ego, de poids, de peau grasse et de cheveux secs… Mais qui sait si j’aurai encore des cheveux ? Ou si je survivrai ? » Une flèche rouge pointée dans la noirceur : « Je suis là au fond ».
Le titre de cette BD autobiographique, Cancer and the City, se réfère à la série Sex and the City, un monde où la vie est facile, un brin superficielle, où faire ses cils rime avec ouah qu’IL est viril… Les intérêts de l’auteur, illustratrice pour The New Yorker et Glamour, tournent autour de la mode (fashion, ma fille, fashion qu’est-ce t’es pas chébran !) du shopping, des soirées hype et de son bello Silvano. La tumeur déboule dans ce jeu de dame. Un carton. Tout s’effondre. Commencent alors 11 mois de galère qu’elle décide de raconter dans un genre de journal de bord illustré. Pour ne pas alourdir le propos, elle choisit des couleurs flashy qu’elle ponctue d’irrésistibles touches d’humour. A coups de  jaunes pissenlit, de rouges coco en colère, de roses bachelot, de violets à faire trembler de jalousie les soutanes des évêques, elle réussit à nous embarquer dans son combat. Qui, malheureusement, n’a pas dans son entourage une personne atteinte de cette maladie de m… ? Rare pourtant celle qui la raconte dans le détail. Pour elle, difficile de se confier ; pour nous, difficile d’écouter, de supporter.  Lâchement peut-être, maladroitement certainement, on parlera « d’autre chose ». Ici, depuis l’annonce du médecin faite avec un sourire pepsodent se voulant rassurant (je la cite : « Sourire de 3 km version 2 et 3, pas de doute c’est sérieux »), suivie des réactions de la famille, des amis, l’avant-pendant-après l’opération, en passant par les problèmes d’assurance maladie aux States, pour terminer par les 8 chimios, les 33 séances de rayons, la rémission, l’auteure nous dit tout d’une manière tellement originale et émouvante que nous ne pouvons que l’accompagner.  La dernière image est superbe, imaginez notre (car à ce stade, elle est vraiment devenue notre copine) Marisa en voiture avec son amoureux, il pleut très fort : « Tu sais quoi Silvano ? Che bella giornata ».

ACOCELLA MARCHETTO, Marisa. Cancer and the city. Paris, Iconoclaste, 2007. 211 p.

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D’autres vies… 10 juin 2009

Filed under: Biographie — Roane @ 8:58
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p1000673Un livre qui fait pleurer, ça vous dit ? Présenté ainsi, ça laisse perplexe, je le conçois. Et pourtant quel magnifique récit que  le dernier Emmanuel Carrère. Je vous assure qu’il est doux de déposer quelques larmes sur ses lignes. Au début de D’autres vies que la mienne, l’auteur est au Sri Lanka avec Hélène, sa compagne. Le couple est en crise. Ils sont au seuil de la séparation et en parlent calmement : ce sera leur dernier Noël ensemble. Nous sommes en 2004, le tsunami emporte Juliette, une fillette qui joue sur la plage sous l’oeil attendri puis épouvanté de Philippe, son grand-père. Emmanuel et Hélène connaissent un peu cette famille. Ce drame va les amener, chacun à sa manière, à soutenir leurs amis. Hélène, par sa capacité à réagir, à courir, à chercher des solutions, est impressionnante d’énergie. Emmanuel, plus en retrait, culpabilisé par moments de ne pas savoir agir efficacement, fait preuve pourtant d’une présence rassurante. Il se dégage de lui l’écoute, l’attention à l’autre, des qualités remarquées par le grand-père de la petite.

A ce moment de ce voyage, tandis que nous fumions au bord de la route, Philippe m’a entraîné un peu à l’écart et demandé : toi qui es écrivain, tu vas écrire sur tout ça ? Sa question m’a pris au dépourvu, je n’y avais pas pensé.  J’ai dit qu’a priori, non. Tu devrais, a insisté Philippe.

Main dans la main Hélène et Emmanuel sont revenus en France. Ensemble ils avaient trouvé la force d’aider les autres et étaient maintenant certains de ne pas vouloir se séparer. Malheureusement, ils n’auront pas le temps de reprendre leur souffle car une autre Juliette, la soeur d’Hélène, leur apprend qu’elle a un cancer. En quelques mois, la mort fera son oeuvre, laissant trois petites filles sans leur maman. Après l’enterrement, Etienne, un très bon ami de Juliette, convoque la famille pour lui raconter le lien d’amitié qui les liait. Il prend l’écrivain à part pour lui demander de témoigner. Il a lu son livre L’adversaire , admire sa capacité de comprendre l’autre. Etienne pense que ce serait bien qu’il écrive sur la maladie, sur le moment où on on apprend qu’on va peut-être mourir, les heures qui suivent, la solitude face à ce chaos : « la guerre totale, la débâcle totale » dira Etienne qui lui aussi est passé par là mais en a réchappé. Emmanuel Carrère hésite :  il ne se voit pas occuper la place du « condamné ». Puis, en y réfléchissant,  il comprend qu’on ne lui demande pas de prendre une autre place que la sienne : le témoin à qui on raconte. Avec ses mots, son point de vue, ses filtres, il va écrire ce qu’il a compris et ressenti.

Je craignais qu’elle soit choquée : sa soeur, que je n’avais pas connue, venait de mourir, et hop, je décidais d’en faire un livre. Elle a eu un moment d’étonnement, puis elle a trouvé que c’était juste. La vie m’avait mis à cette place, Etienne me l’avait désignée, je l’occupais.

Le résultat est d’une justesse impressionnante. D’une écriture « blanche », sans excès, sans pathos, l’auteur aborde des thèmes difficiles sans pour autant être pesant. Pas de voyeurisme, de dérapages, la mort et la maladie, même terriblement injustes, ne sont décrites que comme des événements naturels. Emmanuel Carrère  leur redonne simplement une place dans la vie, dans d‘autres vies que la mienne… Pourtant, nous sommes tous concernés, qu’on le veuille ou non. C’est ce qui pourrait déranger ceux qui préféreraient laisser tout cela dans l’ombre.

CARRERE, Emmanuel. D’autres vies que la mienne. Paris, POL, 2009. 309 p.

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