L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Peuples de Chine 9 juillet 2011

Quand on évoque la Chine, ce pays au territoire gigantesque qui abrite plus d’un cinquième de la population mondiale, l’image que l’on s’en fait est souvent réduite voire très incomplète. On imagine un peuple uni, aux origines ethniques semblables, rassemblé sous la bannière du communisme et sous l’emprise d’un pouvoir central très fort.

La réalité est tout autre. Bien que l’ethnie majoritaire – les Hans – constitue plus de 90% de la population, la Chine compte également plus de 50 ethnies minoritaires elles-mêmes réparties en groupes et en sous-groupes. Longtemps, le pouvoir a considéré ces ethnies comme des peuples barbares et a tenté de les assimiler pour mieux les contrôler. Face à des traditions ancestrales profondément ancrées et à des identités très marquées, ces tentatives ont échoué.

La plupart de ces ethnies défendent leurs modes de vie, leur folklore et leurs particularités. Pour survivre, la majorité d’entre elles se sont retirées dans des régions reculées, montagneuses, difficilement accessibles et proches des frontières. L’isolement et l’autarcie sont le prix qu’elles ont à payer pour garantir leur existence.

Dany et Jacques Herbreteau, photographes suisses, parcourent la Chine depuis presque 30 ans à la recherche de ces peuplades d’une incroyable beauté. Grâce à eux, c’est un témoignage ethnologique unique qui est aujourd’hui rapporté. Des visages souriants, des costumes aux couleurs flamboyantes, un autre regard sur la richesse et la diversité qui peuple notre monde.

Ce livre est une splendeur et un magnifique hommage fait aux peuples minoritaires de la Chine. S’y plonger est un vrai voyage, un saut dans l’émerveillement, une grande leçon d’humanité.

HERBRETEAU, Dany. Peuples de Chine. Ollioules, Sky Comm, 2009. 189 p.

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Beaux seins, belles fesses 18 février 2010

Filed under: Roman — davide @ 6:00
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A l’heure ou j’écris ce billet, la situation est grave : je peine à décider si Beaux seins belles fesses est un gigantesque « fous-y-tout » tape-à-l’œil et graveleux, ou s’il est quelque chose de nettement plus subtil qui, sous couvert de tragi-comédie vaudevillesque, cache subtilement la chronique d’une époque dont les mutations, perçues à leur niveau le plus intime, le disputent à n’importe quelle production d’horreur japonaise.
Sachant que le collègue qui me l’a recommandé est plus séduisant et surtout plus grand que moi, partons du principe que la seconde option s’applique.
Le roman s’ouvre sur la naissance, en 1939, de Jintong, dernier né de la famille Shangguan, seul garçon d’une ribambelle de huit filles, qui aura tôt fait de décevoir les espoirs de ses parents en devenant l’anti-héros le plus efficace et détestable de toute l’histoire des romans que j’ai lus. Quelques indices nous indiquent que nous sommes quelque part en Chine, au cours de la guerre contre le Japon, mais le point de vue est si local et subjectif que l’on peine à vraiment trouver des repères qui pourraient nous aider à comprendre le pourquoi du comment de certaines réactions et de certains agissements, voire de certains événements. Et des événements, il y en a plus dans ce roman que pépins dans une courge. On en perçoit la portée historique, mais comme le narrateur est ce même Jintong, qu’il s’exprime à la troisième ou la première personne (ce qui procure un intéressant sentiment de schizophrénie à la lecture), toutes les observations et les réflexions les plus pointues sont avant tout dévolues à son environnement direct, et plus particulièrement aux glandes mammaires de tous (rigoureusement tous) les personnages féminins.
Je soupçonne d’ailleurs ces personnages féminins d’être les véritables héros de ce roman, si l’on peut toutefois parler de héros. De la mère de famille qui en perd une quantité singulière dans les premiers chapitres aux huit sœurs, chacune ayant son caractère et surtout son destin, tous plus picaresques les uns que les autres. Faisant partie des rares survivants des massacres perpétrés par les Japonais, elle n’auront de cesse de développer tout leur courage et leur ténacité pour survivre, pour ensuite subir de plein fouet les affres des différentes « réformes » des gouvernements « communistes », et se feront fort de faire tout leur possible pour garder en vie le boulet qu’est le narrateur, tout en trouvant le temps de tomber amoureuses, d’avoir des enfants (qui repeupleront la famille Shangguan et se feront tuer avec une atterrante frénésie), mais deviendront aussi brigande, cadre du PCC ou encore demi-déesse ; puis, plus le roman s’approche de notre époque, plus la famille subit d’élagage, et plus les personnage de Jintong prend de l’ampleur, presque à son corps défendant, tant il partage le tonus et l’esprit de décision d’une holothurie. La mère de famille, Lushi, reste fidèle à elle-même et sera celle qui subit le plus, mais paradoxalement survit le mieux aux terribles famines engendrées par les réformes agraires et autres dépossessions, et sert de liens entre les différents personnages de toutes les époques.
Comme ce roman prend place dans une région plutôt agricole, ces personnages ont tendance à être hauts en couleur, et prompts à des comportements plutôt rustres, mais plutôt qu’un roman champêtre, le lecteur est surtout témoin non pas de la modification des mœurs mais plutôt d’un transfert de pouvoir, le pouvoir de faire ce que l’on veut à qui l’on veut.
Des petites touches surnaturelles ajoutent à la confusion de la lecture, mais comme elles ne sont guère plus irréelles que certains épisodes plus quotidiens (surtout ceux ayant trait aux occidentaux), elles s’intègrent au tout et participent à la progression inexorable de cette lecture, qui se permet le luxe non seulement d’une conclusion mais également d’un coda particulièrement croustillant.
Comment dire… Ce fut une lecture pas désagréable, que je soupçonne de m’avoir apporté plus que je ne le pense.

MO, Yan. Beaux seins, belles fesses : les enfants de la famille Shangguan. Paris, Seuil, 2005 (Points. Romans, 1386). 894 p.

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Le totem du loup 8 décembre 2008

Filed under: Roman — François @ 10:32
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Totem du loupEn 1965, en pleine révolution culturelle, Chen Zhen fait partie des jeunes instruits chinois envoyés de Pékin dans la steppe de Mongolie intérieure pour encadrer les populations rurales. Au contact des nomades, il va découvrir la vénération que les Mongols vouent au loup dont ils se prétendent les descendants et comment ces animaux régulent la vie de la steppe.

Contrairement aux Mongols, les Chinois veulent exterminer le loup car ils le craignent et le considèrent comme un frein au développement de l’élevage et donc contre-productif, malgré les mises en garde des populations nomades qui tentent vainement de les en dissuader.

Chen Zhen se passionne pour le loup, mais plus il en apprend, plus il se rend compte du décalage entre l’enseignement qu’il a suivi et le mode de vie des Mongols, ainsi que de l’antagonisme entre les Chinois, peuple de sédentaires cultivateurs dont le principal souci est de survenir aux besoins immédiats en nourriture et qui n’ont pas de vision à plus long terme, et les Mongols, peuple de chasseurs-éleveurs nomades, qui vivent en harmonie avec la nature et font très attention à ne pas épuiser les ressources qui les entourent.

Ce roman, parfois extrêmement dur lorsqu’il décrit certaines scènes de chasse, est aussi fortement autobiographique car l’auteur (qui écrit sous un pseudonyme) a passé plusieurs années dans la steppe de Mongolie intérieure dans les années 60.

D’une étonnante actualité en regard des problématiques environnementales, ce livre s’est vendu à plus vingt millions d’exemplaires en Chine quand bien même son message  peut être compris comme extrêmement critique envers la politique de ce pays.

JIANG, Rong. Le totem du loup. Paris, Bourin, 2008. 565 p.

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