L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Vice caché 20 décembre 2010

Filed under: Polar,Roman — davide @ 8:00
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Il fallait bien que ça arrive : Pynchon publie un nouveau livre, et aussi sûrement que la ferveur religieuse est l’expression la plus profonde du désir de délire humain appuyé par les échanges chimiques propres au fonctionnement cérébral dans un contexte méta-social, paf, un billet sur Lhibouquineur.
J’aime bien Pynchon. On ne le voit jamais, on ne l’entend presque jamais, ses livres sont quasi tous énormes (et je le répète, j’aime les gros livres et je ne peux mentir), à thématiques intéressantes, avec un langage travaillé, etc.
Mais là…
D’abord le livre est court. On ne s’en rend pas forcément compte car il est touffu, mais finalement manque à l’appel cette dimension épique d’un Arc-en-ciel de la gravité ou d’un Mason et Dixon.
D’autre part, l’intrigue est simple. Enfin, relativisons, j’ai eu l’impression que son foisonnement de personnages et leurs actions psycho-lubrico-psychoactives cachait une intrigue somme toute linéaire qui, même si elle (et je ne gâche rien vu la réputation de l’auteur) n’aboutit à une fin en bonne et due forme, n’en était pas moins, et bien, disons, simple.
Reste l’exploration d’une époque et d’un lieu américains par l’intérieur, par les yeux de Doc, hippie vieillissant et intoxiqué en permanence qui, pour résoudre une affaire de personne disparue, se laisse porter de filature en interrogation, sans vraiment de plan, de mission ou de recette, à travers une société dont la féérie nouvel-âgiste s’épuise au profit du capitalisme enragé et sans pitié, pour aboutir à une conspiration seulement moyennement effrayante.
Notez bien, ce n’est pas déplaisant, les rebondissements sont nombreux, l’humour toujours présent, mais il me semble regretter, en tournant la dernière page de ce livre, l’habituelle impression d’avoir fait passer son cerveau par un gymkhana spatio-temporel dans la sobriété la plus stricte (toujours un état effrayant, qu’on se le dise).

PYNCHON, Thomas. Vice caché. Paris, Seuil, 2010 (Fiction & cie). 400 p.

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Vineland 8 janvier 2009

Filed under: Roman — davide @ 11:16
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vinelandVineland de Thomas Pynchon est un des ouvrages qui figure en bonne place sur ma liste de lecture, tant lire tout Pynchon est pour moi l’équivalent d’un sauna suivi d’une plongée en bassin à 8°C,  d’un visionnage de l’intégrale d’une série d’anime japonaise et de la consommation d’un paris-brest géant au chocolat, SIMULTANEMENT.

On retrouve ici les petits bonheurs à la Pynchon : la paranoïa conspirative, la lutte désespérée contre l’emprise étatique sur le biopouvoir , un certain pimentage de la vie « ordinaire » par le surnaturel, et une description étonnamment lucide de nos sociétés occidentales.

Ces joyeux ingrédients s’accommodent pour cet opus à la sauce post-hippie américaine, en particulier autour du personnage de Brock Vond, agent de la DEA complètement fou, mais aussi amoureux de Frenesi, une ex-activiste ex-cinéaste qui a vendu ses collègues de lutte à la faveur de son fétichisme de l’uniforme. Ses actions ont eu un nombre de conséquences pour ses connaissances et sa famille, qui se retrouvent tous sur le grill dès le moment où elle n’est plus couverte par le programme de protection des témoins et à nouveau la cible du fonctionnaire fou susmentionné. On les suit dans leurs fuites respectives en commençant par son ex-mari, et au gré de leurs rencontres on remonte le cours du temps et on découvre peu à peu ce qui les a menés à leur situation présente.

Ce livre est relativement court pour un Pynchon, mais il reste néanmoins une bonne vingtaine de personnages principaux qui se croisent, se recroisent et flash-backent dans la joie, la bonne humeur et la nostalgie d’une époque où les idéaux avaient bon teint. Un humour assez décapant et grotesque est également présent, mais il repose beaucoup sur le ridicule des bons (au sens le plus large du terme) sentiments des personnages, plutôt que sur l’horreur absolue d’une situation cauchemardesque, sans issue et presque intangible (personnellement, c’est ça qui me fait rire chez Pynchon, mais bon, quand j’étais petit, mes parents me laissaient regarder Benny Hill à la télévision).

De plus, et malgré ce que j’ai pu écrire plus haut (car je partage avec le pokémon moyen  la caractéristique d’être en constante évolution) j’ai beaucoup regretté l’ancrage dans une réalité par trop concrète, qui à certaines exceptions près, est bien celle qui nous a conduits à notre situation socio-politique actuelle. Habituellement, Pynchon est à même de créer un monde fictif suffisamment éloigné du nôtre pour que notre inconscient y puise d’inquiétants similis, alors que là tout ce que mon inconscient a pu puiser fut une certaine lassitude envers des personnages bien faibles et de loin pas assez punis pour leurs faiblesses.

On butera également sur le happy-end un peu expéditif et compréhensible, qui ne laisse ni la possibilité d’imaginer une conclusion très personnellement satisfaisante, ni celle d’être infecté par une saine et vigoureuse colère teintée de révolte pour toute forme d’oppression hypocrite (je vous laisse décider laquelle des deux options est celle que je choisis le plus souvent), ou un mélange bien équilibré des deux.

 

PYNCHON, Thomas. Vineland. Paris, Seuil, 1991 (Fiction et Cie ; 136). 404 p.

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