L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les Affranchis jardiniers 1 août 2011

« En 1970, on les prenait pour des marginaux. Aujourd’hui ils sont considérés comme des précurseurs… Eux, pourtant, n’ont pas changé ! »

Cette phrase qui ouvre le quatrième de couverture de l’ouvrage d’Annick Bertrand-Gillen – Les Affranchis jardiniers – montre bien toute l’ambigüité qui caractérise l’époque dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, les défenseurs d’une agriculture biologique font figure d’avant-gardistes, voire de novateurs, alors qu’ils ne font que perpétuer ce que fut toujours l’agriculture traditionnelle avant l’avènement de l’industrie et de ses dérives productivistes. Il y a quarante ans, au sortir des Trente Glorieuses, cette même société les qualifiait d’idéalistes, d’anti-conformistes, de doux rêveurs voire d’arriérés.

L’homme a la mémoire courte. Comment a-t-il pu oublier que l’agriculture, jusqu’à une époque toute récente dans l’histoire de l’humanité, a toujours été biologique ? Nos ancêtres ont toujours cultivé les fruits, les légumes et les céréales les mieux adaptés à leur environnement. Ils ont privilégié la diversité des espèces et respecté les rythmes imposés par la nature en se nourrissant en fonction des saisons. Ils ont pris soin de leurs terres pour les transmettre dans le meilleur état possible aux générations suivantes. Ils n’avaient ni pesticides, ni engrais chimiques.

Cinquante années d’agriculture intensive auront tout bouleversé avec les excès, les catastrophes et les scandales que nous connaissons.

Aujourd’hui, nous assistons au retour du bio sur les étals et dans nos assiettes. Beaucoup d’agriculteurs et de paysans délaissent peu à peu les apports chimiques et la mécanisation massive pour cultiver autrement et contribuer à la protection de l’environnement, à l’hygiène alimentaire, à la défense d’un terroir et de ses produits si particuliers. Mais devenir producteur bio ne s’improvise pas car le chemin est sinueux. Il faut revoir sa manière de faire, réapprendre certains gestes, changer ses habitudes et s’appuyer sur l’expérience de ceux qui ont perpétué ce mode de travail.

Au début des années 1970, Annick Bertrand et Yves Gillen croisent leurs routes. Vagabonds dans l’âme et mus par un formidable élan de liberté, ils n’ont cessé de vouloir s’affranchir des carcans de la société moderne. Leur cheminement les conduit vers la sobriété et la simplicité volontaire. Avec leurs maigres économies, ils acquièrent au nord de Saint-Nazaire une parcelle de marais en friche qu’il transforment en paradis naturel à la force de leurs bras. Ils visent l’autosuffisance et apprennent à se nourrir des produits de leur jardin. Ils construisent leur maison avec des matériaux de récupération et sont parmi les premiers à utiliser les énergies solaires et éoliennes. Presque quarante années ont passé depuis, avec leurs aléas, leurs difficultés et leurs joies.

L’ouverture de leur jardin au public en 1996 est une suite logique dans leur démarche : partager leur rêve d’autarcie, susciter de nouvelles vocations, contribuer au développement de la culture biologique par la transmission de leur expérience et de leurs connaissances. Dans leur ouvrage, la démarche se poursuit. Annick et Yves Bertrand-Gillen nous livrent leur histoire et démontrent avec justesse que leur choix de vie autrefois qualifié de marginal a du sens et un réel avenir.

BERTRAND-GILLEN, Annick. Les Affranchis jardiniers. Paris, Ulmer, 2009. 142 p.

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Homme d’affaires malgré moi 6 mai 2011

La lecture de ce livre m’a été conseillée par un collègue sportif, c’est dire si j’étais plein d’une saine méfiance et d’a priori.  Ce n’est pas que je ne lis jamais de livres sur la gestion d’entreprise, c’est juste que j’ai un peu de peine à les prendre au sérieux.

Et bien dans ce livre-ci, pas besoin de défenestration bureaucratique ou de torture mentale évaluatrice pour me fasciner. Car l’auteur d’Homme d’affaire malgré moi (ou en version originale Laisse mes gens aller surfer, un titre qu’il aurait valu la peine de conserver), s’il commence bien son cursus par l’enfance miséreuse qui est le standard de l’entrepreneur en devenir, semble avoir fait l’impasse sur les étapes suivantes de scolarisation à outrance et de dur labeur.

Car, certes, Chouinard sue et transpire dans ses jeunes années, mais c’est surtout sur le mur de grimpe et dans les vagues ; son but principal, lorsqu’il lance la marque qui deviendra Patagonia, est, d’une part, de se fabriquer le matériel de grimpe le plus à même de lui permettre de se casser le cou selon son bon vouloir et, d’autre part, de fourguer ledit matériel à ses amis aussi fous de sensations naturellement fortes que lui, ce qui lui permet du coup d’aller encore plus loin dans ses aventures sportives.

Là où le titre de la traduction française prend toute sa signification, c’est dans l’expansion que connaissent les produits que Chouinard conceptualise et réalise. Vu qu’ils sont un exemple type du produit fait par un pro pour des pros,  les équipements et produits « Made in Chouinard » occupent une niche en pleine expansion, celle du sport nature.

Un des moments charnière de ce document demeure le passage au vert de Chouinard et co. qui se rendent compte qu’en favorisant l’attrait d’activités sur des  sites naturels de toute beauté, ils en favorisent également la scarification à grands coups de tourismus debilicum. Et ça, ça ne plaît pas du tout à Chouinard qui, et c’est là que la surprise est de taille pour un livre de gestion d’entreprise, préfère sacrifier son chiffre d’affaires et même l’attrait que ses produits pourraient exercer sur une certaine frange de la population en devenant tout vert, dans ses paroles mais aussi dans ses actes : modification significative des équipements de grimpe, choix très contraignants des tissus, etc…

L’autre surprise de taille tient dans la gestion du personnel qui est pratiquée au sein de l’entreprise Patagonia : on y trouve certes les habituelles chartes, mission et philosophies d’entreprise, mais le lecteur attentif décèlera assez rapidement les petites inconsistances… Je vous en laisse la surprise pour ce qui est des détails, mais en gros : chaque « valeur » chez Patagonia se traduit en faits concrets et palpables. Par exemple, on utilise la notion révolutionnaire qui consiste à NE PAS traiter ses collaborateurs comme une ressource à exploiter, mais comme des êtres humains(!) ; ou encore (après un splendide plongeon dans un fleuve boueux d’Amérique du Sud qui lui valut presque une paralysie complète) de NE PAS se lancer dans un projet sans en mesurer la véritable profondeur.

Finalement, ce livre, peut-être agaçant par son ton qui fleure un petit peu trop le blond décoloré et le maillot hawaïen, demeure cependant une formidable mine d’inspiration pratique pour qui envisage l’avenir de l’entreprise publique autrement que moi.

 CHOUINARD, Yvon. Homme d’affaires malgré moi : confessions d’un alter-entrepreneur. Paris, Vuibert, 2006. 284 p.

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La Vie de la forêt 29 avril 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 8:24
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L’ONU a proclamé 2011 Année internationale de la forêt et cet événement donne lieu à de nombreuses manifestations aux quatre coins du monde. Voilà une belle occasion de nous intéresser à cet environnement si riche et si fascinant et d’y porter un regard curieux et contemplatif.

Saviez-vous par exemple que la forêt recouvre un tiers du territoire suisse ? Saviez-vous également qu’elle est composée de 30% de feuillus et de 70% de résineux ? Saviez-vous enfin que, contrairement aux idées reçues, la forêt suisse est en expansion et qu’elle ne cesse de gagner du terrain ? Si ces questions vous interpellent, le magnifique ouvrage de Bernard Fischesser intitulé La Vie de la forêt s’adresse à vous.

Imposant par son contenu et par son format, ce livre est très complet et abondamment documenté. De magnifiques photographies accompagnées d’illustrations conviviales et de schémas explicatifs clairs l’agrémentent et rendent sa lecture très aisée. Sa parution aux Editions de La Martinière est un gage de qualité, cet éditeur étant largement reconnu pour l’excellence de sa production.

Au fil des pages, Bernard Fischesser nous raconte l’histoire de la forêt occidentale, son fonctionnement écologique, son influence climatique et les liens qui l’unissent aux hommes. Composante essentielle de l’économie durant des siècles, son rôle et le regard que nous y portons sont aujourd’hui en pleine mutation : la forêt revêt de multiples aspects sociaux et environnementaux, à la fois aire de loisirs, lieu de ressourcement, zone d’exploitation ou réserve écologique.

La Vie de la forêt de Bernard Fischesser recèle des trésors de savoir qui n’attendent qu’à être partagés. La dernière page tournée, c’est un autre regard qu’on porte sur la forêt, cette vénérable grand-mère dont l’origine remonte à environ 350 millions d’années, un regard empreint de respect et de fascination.

FISCHESSER, Bernard. La vie de la forêt. Paris, La Martinière, 2009. 303 p.

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Planet 25 février 2011

Filed under: Documentaire — chantal @ 8:00
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Entrer dans l’univers de Plastic planet, c’est avoir la confirmation absolue que le plastique a envahi nos vies privées et professionnelles au quotidien.
La lecture de ce documentaire est tout à fait aisée, l’auteur nous fait part de moult détails chiffrés et de quelques notes en bas de page, sites internets et blogs à découvrir pour étayer son discours.
En quelques mots, depuis que la formule du plastique a été mise au point, celui-ci a pris de plus en plus d’ampleur  jusqu’à devenir presque invisible, mais toujours présent dans notre consommation, notre environnement, notre habitat, bref notre planète.
L’auteur, Werner Boote, nous raconte les diverses expérimentations de scientifiques pour mettre au point les multiples formules, structures, matières plastiques avec leur contexte historique. C’est à tour de rôle un contexte historique, politique et toujours économique qui détermine les quantités de plastique à produire. Si ma mémoire est bonne, « quelques » 80 millions de tonnes de plastique finissent chaque jour dans l’océan…
Le plastique au départ apparaît comme un progrès lorsque dans les ménages, dans les années 50, il remplace petit à petit les assiettes en porcelaine par exemple, avec l’argument du non-cassable (par contre on ne sait pas encore – ou si mal ! – comment va évoluer ce matériau une fois soumis à la chaleur, aux fissures, à la dégradation progressive et au fait qu’il va libérer des substances toxiques qui nuisent au consommateur, etc….) mais avec la société de consommation de masse, tout prend des proportions gigantesques, jusqu’à la réalité  que nous connaissons aujourd’hui.
Werner décortique les notions de développement durable et de recyclage car là aussi, tout n’est pas si simple. Le plastique PET, par exemple, peut être recyclé, mais on n’en récupère qu’une partie seulement, et où finit le reste ? La grande question de la gestion et de l’élimination des déchets est mise en évidence. Si on choisit la combustion : quelles sont les conséquences pour la planète lorsque les particules de plastique sont rejetées dans l’atmosphère ?
Et que faire des lobbys du plastique, des normes, des législations propres à chaque pays, bref  le plastique a de nombreux effets collatéraux, soulève de nombreux problèmes et ça vaut la peine de s’y intéresser.
L’auteur qui est Autrichien a également tourné un film du même nom et une version française va sortir en salle le 30 mars 2011, si vous ne voulez pas lire le livre, allez voir le film, vous regarderez votre environnement autrement…
Vous pouvez aussi faire une prise de sang et voir à quel point le plastique est présent dans votre corps et en quelle quantité, avec combien de « Bisphénol A » je vis tous les jours ?

A méditer…

BOOTE, Werner. Plastic planet. Arles, Actes Sud, 2010. 249 p.

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Le monde selon Monsanto 15 août 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 9:00
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le-monde-selon-monsantoJe suis bien content ; ce billet me donne l’occasion de répondre à ceux qui me reprocheraient d’être un rebelle un peu pantouflard et aligné sur la bourgeoisie locale que je sais également prendre des risques un peu fous et extrêmes, par exemple en écrivant un billet pour présenter «  Le monde selon Monsanto » (vous allez vite comprendre pourquoi).
L’auteur était partie pour faire trois reportages pour la chaîne de télévision Arte, quand elle remarqua qu’un nom revenait bien souvent, et souvent dans un contexte pour le moins revêche : celui de la firme agro-industrielle Monsanto. Du coup, elle enquêta à son sujet, publia ce livre, et réalisa en parallèle un film du même titre.
Du coup, film et livre ont un peu le même défaut, à savoir que leur rythme est un peu bancal, et pourra laisser sur sa faim le lecteur exigeant une intrigue soutenue par des rebondissements et méandres narratifs bien excitants.

CAR

Monsanto, c’est tout d’abord une bonne firme bien familiale, qui produisait de bons produits chimiques, en commençant par de bons PCB, puis au fil du siècle du bon agent orange et d’autres bonnes choses encore, mais c’est surtout sa manière de faire qui lui a servi, tant elle était l’exemple presque type de la firme industrielle ayant su se détacher du misérabilisme des crises diverses en évitant de s’enliser dans la flaque rouge et gluante du syndicalisme, en accomplissant le rêve de la croissance  constante. Toujours est-il que l’on nous sert assez tôt, un peu comme un goulache de viande hachée aux épinards en branches en entrée, le fait (pas l’hypothèse, voyez-vous) que Monsato PEUT TOUT FAIRE. Et je vous prie de ne pas voir de connotation négative dans cette affirmation, tout juste un constat. Le livre (comme le film) démontre clairement que Monsanto pourrait bio-ingénieuriser un gène de pesto-lèpre de la truite velue, le faire homologuer officiellement comme herbicide/engrais/édulcorant universel biodégradable à 178%, à l’imposer à un continent tout entier en faisant des produits de ses concurrents le nouveau débouche-toilettes à la mode, et quand bien même elle serait à l’origine d’un nouvel Age Sombre, ses pratiques ne seront jamais remises en question. Et quand bien même elle serait traînée en justice, elle sera acquittée. Et même si dommages à payer il y avait, on a tôt fait de se rendre compte que face aux bénéfices engrangés par la firme, ils ne représentent vraiment que la chute de la blague de la soirée à la prochaine réunion de ses actionnaires.

Ça, c’est pour les 40 premières pages du livre.

S’ensuit un catalogue des produits que Monsanto a développés et vendus, des pratiques envers des groupes de population utilisant ces mêmes produits, et des impacts des premiers sur la biodiversité et des secondes sur l’existence de Monsieur et Madame tout le monde.

Bref, c’est très exactement le genre de livre qu’un objectiviste engagé jugera comme un pur produit éco-larmoyant. Ce qui n’est pas le cas. Car à la date de parution de ce livre, il n’est que deux types de personnes pour vouloir en contester la teneur : les avocats de la firme en question (c’est leur travail après tout), et les scientifiques ayant couvert ses agissements ou servi de détracteurs à ses opposants, et qui doivent bien essayer de maintenir leur façade de rigueur scientifique (eux, par contre, je ne vois vraiment pas ce qu’ils avaient à y gagner). Ce n’est pas que le reste du monde n’est pas dupe, mais simplement que la firme a amassé un tel pouvoir monétaire, placé tant de ses cadres à des postes clés dans des organes de contrôle et de santé nationaux et internationaux, développé des produits si dangereux et de manière si éhontée, qu’il ne semble plus vraiment utile d’engager un quelconque débat quand à la modération de ses pratiques bio-agricoles.
Vraiment, on en arrive, en lisant ce livre, à être atterré simplement par ce qui est littéralement ingurgité par la population nord-américaine, et à voir comme simple bon sens de tout bonnement refuser la moindre implantation de ses produits sur le territoire européen. Un exemple, mon préféré, est celui du lait au pus, dû à la mammite accompagnant l’injection d’hormones de croissance bovines . Peut-être sommes-nous trop douillets sur le vieux continent, toujours est-il que je suis quasiment sûr que peu de mes voisins apprécient une bonne louche de pus dans leur lait. Ceci étant dit, et contrairement au film éponyme, on ne perd pas trop vite intérêt, car on n’a de cesse de parcourir les notes très bien fournies, de relever des noms, bref de prendre conscience d’un état de fait si particulier et pourtant si typique (à mon avis, bien sûr. Si vous ne deviez pas revoir de mes billets dans les deux prochaines semaines, veuillez considérer que je suis en train de casser de l’ADN au maillet, enchaîné à un bidon de Roundup©, sous la surveillance d’un épi de blé carnivore dans le donjon de la base lunaire de Monsanto pour m’acquitter des trilliards que je leur devrais en dommages et intérêts.)

ROBIN, Marie-Monique. Le monde selon Monsanto : de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. Paris, Découverte, 2008 (Cahiers libres). 370 p.

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