L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

TV lobotomie 12 juillet 2011

Filed under: Documentaire — davide @ 8:00
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La télé ne se contente pas de nous rendre stupide, malades et violents, elle nous conduit aussi à raisonner comme de bien tristes beaufs.

Hormis le caractère POSSIBLEMENT véridique de cette phrase (qui n’est pas de moi), il faut reconnaître qu’elle est plutôt courageuse.

Mais qui est donc ce Desmurget qui prend à parti si violemment les pratiquants de la lucarne?

Et bien il reste plutôt mystérieux: on le sait docteur en neurosciences (ah ça… bon, personnellement je connais un docteur en jeux vidéo, alors…), mais aussi directeur de recherche à l’INSERM (là aussi pas d’informations à glaner), et qu’il aurait fréquenté de grandes universités américaines (oui mais grandes comment? Comme la plus grande paella du monde du cap d’Agde de 1988? Plus grandes encore?).

Là aussi, mystère.

Une chose est sûre, c’est qu’il est papa, et ne se prive pas de se référer à ses expériences parentales pour étayer certaines des thèses de TV lobotomie. Ce qui entame son capital points d’objectivité (qui sont fort surévalués, à mon avis), mais a le mérite de montrer que le bonhomme n’a pas peur de se mouiller.

Et autant vous dire tout de suite, ça gicle dans TV lobotomie!

Le propos en est fort simple, et n’a pas de grande originalité : la télévision est nocive.

Page après page de cas d’études, chiffres à la clé, renforcées de la plus longue paella, pardon, bibliographie que j’ai vue depuis longtemps (1193 notices!) Desmurget tente de faire le tour des différents effets négatifs du petit écran sur le corps humain, qu’ils soient physiques ou mentaux. Une attention toute particulière est donnée aux effets sur la petite enfance, ce qui a le mérite de dramatiser un peu plus la chose; on savait en effet depuis le déménagement dans la télévision de Chloé Delaume et le scandale du temps de cerveau disponible (pour rappel, Patrick Le Lay, ancien directeur de TF1, affirme en juillet 2004 dans Les Dirigeants français et le changement  que « (…) pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Voilà, voilà. Il y a eu démenti depuis…).

Bref, on savait que la télévision a une action physique et mentale avérée sur son spectateur (voir aussi l’excellent documentaire de 2001 Le tube) mais mazette, quand on applique ces effets-là à des petits humain en pleine croissance, on est un peu en train de jouer les apprentis sorciers et de se préparer des conséquences qui pourraient en surprendre plus d’un.

Au final, ce livre est ambigu : les lecteurs convaincus des propos de l’auteur n’ont pas forcément besoin de se bâfrer l’argumentaire un peu longuet. Quant aux autres, les lecteurs potentiels ne voyant pas de problème avec la télévision et son/ses programme/s, soit il ne le liront pas, soit ils l’auront vite oublié…

Certains propos valent cependant le détour, notamment ceux traitant des nouvelles technologies, mais ils sont ma foi très courts.

DESMURGET, Michel. TV lobotomie : la vérité scientifique sur les effets de la télévision. Paris, Milo, 2011. 318 p.

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L’institut Benjamenta 22 janvier 2010

Filed under: Roman — davide @ 8:00
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Quel frisson m’a parcouru en commençant ce livre !
Car une fois sautée l’introduction un peu plate et légèrement condescendante envers l’auteur, on découvre avec joie Jacob von Gunten, petite frappe petite-bourgeoise, fin de race type et type qui m’est franchement sympathique (vous allez voir pourquoi).
Passons d’abord sur le plus ennuyeux : la forme générale. Le style d’écriture est solide, peut-être un peu trop, et pourrait provoquer une indigestion chez les lecteurs les plus sensibles. La narration toute entière est faite du point de vue dudit Jacob, ce qui pourrait énerver vu le caractère du personnage (j’y arrive), mais fait également planer un doute un peu sulfureux sur la véracité des scènes et des sentiments décrits, dont la perception ne saurait être un tout petit peu déformée par le prisme du cas von Guten (un peu de patience, je vous prie).
Passons à mes sujets favoris : les personnages (et bien voilà, ce n’était pas si dur que ça, non ?)
Il y a tout d’abord ce Jacob, noble descendant d’une famille d’aristocrates à la tradition guerrière, qui décide de tout plaquer (sauf bien sûr le luxe, l’indolence et le bon goût propres à sa classe) pour s’inscrire au célèbre Institut Benjamenta, et n’y apprendre rien d’autre que le règlement, et encore, sans grand enthousiasme. En fait si, Jacob fait de grands efforts, mais surtout pour ne rien apprendre et rester ignorant, signe pour lui de grande distinction intellectuelle, voire de beauté spirituelle, qui lui échappe constamment vu sont intelligence au-dessus de la moyenne, ce dont il a clairement (et bruyamment) conscience (ce qui fait de lui une sorte de nihiliste zen accidentel). D’ailleurs il applique cette manière de faire avec ses camarades, qu’il aime pour tous leurs vilain défauts, son frère, qu’il admire pour son parasitage de la société, et le directeur de l’établissement, Benjamenta lui-même, dont les visées pédagogiques (sans parler de ses relations pour le moins troubles avec ses élèves) fascinent et (pas vraiment bizarrement, on l’aura compris) inspirent le respect du petit von Gunten. N’oublions pas Mademoiselle Benjamenta, sœur du susmentionné, seule enseignante dans cette école dont la branche n’est pas la sieste à plein temps, mais qui, pour l’affection un peu tordue qu’elle porte à Jacob, n’en serait pas moins certainement sujette à l’intérêt d’une quelconque ligue pour la prévention de la cruauté inhabituelle envers la jeunesse.
Tout ce petit monde baigne dans une sorte d’oisiveté mélancolique germanique à l’extrême, qui me ravit à la fois par son kitsch si sérieux et par ses envolées lyriques à couper le souffle (dans mon cas, de rire).
La voilà, ma conclusion : il y a peut-être quelque chose de profond et de subtil qui nous renvoie à notre condition de bla bla bla dans ce roman, mais je me suis tellement amusé en le lisant à son premier degré que je n’ai pas vraiment eu envie de creuser plus loin, et sa longueur est telle que je n’ai pas eu le temps de me fatiguer de son héros si cocasse.
Ce n’est pas vraiment la base d’une critique professionnelle, ni même d’une recommandation officieuse, mais là il est temps pour moi de revêtir ma plus belle cravate et mes souliers pointus pour aller flâner au milieu de la populace.

WALSER, Robert. L’institut Benjamenta. Paris, Gallimard, 2001 (L’imaginaire, 80). 235 p.

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contre les jouets sexistes 27 février 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 5:19
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contre_les_jouets_sexistesLe thème est simple : les jouets que nous offrons (pour être plus précis : que VOUS offrez, ou avez offerts à vos enfants), sont un des vecteurs principaux de comportements machistes, de la soumission acceptée et de l’inégalité de traitement dans la plupart des domaines de la vie en société entre les femmes, et les hommes.

 

Je plaisante.

 

En fait, on commence par une explication rapide de la notion de genre, différente de la notion de sexe. Ceci conduit à une analyse plus poussée de certains cas de figure où les auteurs soulignent et explicitent les comportements que génèrent certains jouets, mais aussi quels comportements et points de vue adultes entourent l’utilisation de ces jouets. On découvre par exemple que la plupart des jouets sont destinés à un genre bien défini (panoplies diverses associées à des corps de métiers, miniatures d’ustensiles ménagers), mais aussi que leur valeur est de ce point de vue différente (une petite fille utilisant un établi de petit chimiste est tolérable mais un petit garçon jouant à la poupée beaucoup moins).

On en apprend également un petit peu sur les stratégies publicitaires des vendeurs de jouets, qui non seulement s’appuient, mais usent et abusent d’une imagerie profondément primitive (et j’insulte ainsi le primitivisme). Les figurines de héros pour petits garçons, par exemple, ne sourient guère et sont rarement, d’un point de vue physique, des prétendants à la prochaine académie des étoiles. Imaginons une poupée Barbie sans son 91/54/79, sa blondeur et son sourire dentu : impossible.

Bref, au fil d’exemples bien reliés entre eux, on nous montre ici à quel point le rôle sexué des enfants est véritablement dicté par leurs jouets (et les attentes de leurs parents). D’un côté les filles sont éloignées des objets encourageant l’intérêt pour les sciences dures, les activités physiques ou professionnelles violentes et sciemment préparées à leur rôle de mère ou d’objet (je dis objet mais c’est une autre mot auquel je pense, je vous laisse le découvrir par vous-même), où leur seule valeur repose sur la capacité à répondre aux critères de beauté imposés par leur milieu et à se tenir tranquilles (au propre comme au figuré).

Le petits garçons ne sont pas en reste : il est exigé d’eux qu’ils soient vifs, actifs, bruyants, mais aussi violents, impitoyables, prompts à considérer la compétition comme seule et unique voie d’existence sociale.

Je m’étendrais plus longtemps sur cet ouvrage, mais je n’en ai pas besoin : il est intéressant, foisonnant d’exemples, seulement un petit peu en reste d’objectivité, mais il illustre avant tout un état de fait.

J’en profite ici pour dire ceci aux adeptes du « [voix geignarde] mais si tout le monde fait déjà comme ça à quoi ça sert d’essayer de changer le monde » : inutile d’essayer de changer le monde, en prendre véritablement conscience est déjà un pas de géant.

Finalement, ce livre est tout simplement nécessaire à tout jeune parent, mais connaissant leur susceptibilité, évitez de le leur offrir, même comme plaisanterie.

Enfin, moi je le ferai, mais bon.

 

COLLECTIF. Contre les jouets sexistes. Paris, Echappée, 2007 (pour en finir avec). 158 p.

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