L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Une histoire populaire des Etats-Unis d’Amérique 14 décembre 2010

C’est fou comme l’on pense tout connaître des Etats-Unis du fait de leur médiatisation fanfaronnante, de leurs lamentables échecs en politique intérieure et extérieure, et de l’a-culture qu’on assimile si aisément à une vaste majorité de ce qui sort de ce pays. Et bien il a suffi de quelques pages de L’histoire populaire des Etats-Unis d’Amérique pour me rendre compte que j’avais beaucoup, beaucoup de choses fascinantes à apprendre, et je pense que vous aussi.
Il faut dire que l’opus démarre sur les chapeaux de roue, avec un petit rappel de la glorieuse destinée du « découvreur » de ce continent, j’ai nommé Christophe Colomb, un être aussi malfaisant, cupide, sanguinaire, égocentrique, lâche et veule qu’il annihile toute tentative de comparaison ou de compréhension, un de ces êtres dont tristement on ne peut que dire que chacun sur cette planète se serait probablement porté beaucoup mieux s’il n’était pas né.
Zinn ne s’attarde pas sur le massacre total et complet des premières populations « indiennes » rencontrées sur les îles sur lesquelles Christophe le Fléau s’abattit, mais nous en donne les grandes lignes, avant de passer à l’arrivée des populations migrantes européennes sur le continent américain, en mettant en exergue le schéma d’exploitation qui se retrouve bizarrement au long de l’histoire du pays; exploitation des migrants par les autorités européennes, puis par les classes aisées locales, exploitation de l’honnêteté des populations amérindiennes, puis exploitation de leurs terres,  exploitation des esclaves d’origine africaine, exploitation de la misère des populations non nobles pour attiser la violence raciale ; en clair Zinn propose presque une lecture socio-économique à long terme sur l’histoire des Etats-Unis.
Et cela tient plutôt bien la route. La grande nouveauté vient, j’imagine, de ce que peu de gens seraient prêts (ou même intéressés) à se pencher sur l’hypocrisie qui est au cœur même de la fondation du pays, à savoir que « tous les hommes sont créés égaux… », à condition que tous les hommes possèdent une quantité coquette de terrain à leur nom (avec des esclaves dessus), une sévère carence en mélanine dans leur peau, un pénis, etc.
Zinn arrive, tout en maintenant une progression chronologique à son œuvre, à ne pas casser le fil rouge dans ce concept « démocratique » si cher aux Américains qui dissimule à peine le souci constant d’une mainmise sur le pouvoir et sur les richesses par une minorité fortunée, et ce par de nombreux « subterfuges ».
On pourrait citer les différentes « réformes » qui permirent de faire croire aux couches de la population les plus opprimées que de passer d’une vie abominable à une existence juste misérable tenait véritablement de la preuve que le gouvernement avait plus à cœur que de raison leur bien-être, ou encore le développement d’une politique d’extension impériale plutôt belliqueuse et transparente dans ses buts d’accroissement des richesses au-delà du nécessaire tout en claironnant le message de la paix et du droit à l’autodétermination des différents peuples envahis, asservis et massacrés.
Ce qui est vraiment fascinant, ou du moins Zinn le montre de manière assez fascinante, c’est la constance avec laquelle cette tendance s’applique, tout en se ménageant suffisamment de  potentiel d’évolution pour voir un bouc émissaire chasser l’autre, ou encore une origine ethnico-géographique se tailler une part de tarte propre à l’indigestion pour ensuite se voir à la diète.
Il y a bien sûr quelques complications que Zinn relève : plus le pays grandit, plus sa puissance se développe, plus les besoins en matière de désinformation, les conquêtes dans tous les sens du termes et les « investissements » sont grands, et il est difficile de ne pas se dire que de tels schémas pourraient bien être sans retour ni alternative. Zinn ne se hasarde à aucune hypothèse à ce sujet.

ZINN, Howard. Une histoire populaire des Etats-Unis d’Amérique : de 1492 à nos jours. Marseille, Agone, 2002 (Des Amériques). 811 p.

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Un don – Toni Morrison 30 juin 2009

Filed under: Roman — chantal @ 8:32
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Toni Morrison, Un don

Toni Morrison, Un don

Au départ je me disais que j’aurais dû lire ce roman en anglais, mais  j’étais déjà contente de lire enfin un texte de cette grande écrivaine, donc une chose après l’autre…
 Finalement, j’ai bien fait de le lire en français car ce n’est pas un livre qui se lit à la légère… le vocabulaire est riche, la syntaxe travaillée et le style vraiment moderne dans le sens noble du mot.
Un don est une grande oeuvre et Toni Morrison une grande femme, qui en a déjà vu … de toutes les couleurs…
Tout se passe aux temps de l’esclavagisme, aux Etats-Unis au 17ème siècle, dans une ferme où vont se côtoyer différentes femmes autour de Jacob Vaark. Rebecca, celle qu’il a épousée, puis toutes les pièces rapportées pour venir les seconder à la ferme, des jeunes et des moins jeunes femmes, noire ou, amérindienne, européenne ou échouée d’un naufrage, jeunes filles achetées et débarrassées par d’autres.
Elles  sont là, avec leurs croyances, leurs grossesses, leurs magies, leurs peurs, leur méfiances et surtout leur force propre. Elles représentent l’identité de l’Amérique de ce temps-là, un peuple reconstitué d’êtres venus d’Afrique ou  d’Europe , elles vivent ou survivent sur une terre blessée en devenir et aux aguets.
L’auteur nous démontre à travers toutes ces voix le courage et la force de toutes les femmes et de toutes les mères, certaines arrivant même à aller au-delà du sens maternel, pour sauver leur progéniture et leur âme.
Quelques pierres fondamentales sur lesquelles poser un pied dans ce texte :
l’identité, le statut de la femme, de l’esclave, le désir, l’humiliation, la peur, la peau et toujours le courage.
Le langage de Toni Morrison balaie toute douleur, sa plume est si belle qu’on oublie la dure réalité qu’elle décrit.
 On s’accroche aux premières pages, car le récit se fait à plusieurs voix et dans l’intemporalité, une fenêtre s’ouvre pour dire l’histoire de l’une ou l’autre… on se laisse porter, puis  envoûter.

MORRISON, Toni. Un don. Paris, Bourgois, 2009

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