L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Hommage à la Catalogne 22 juillet 2010

Quelle magnifique surprise d’apprendre que l’un des plus grands auteurs du 20ème siècle fut un fervent défenseur de la liberté, des droits humains et des valeurs démocratiques, autant dans ses écrits que dans la réalité.  Mon bonheur fut accentué lorsque j’appris que cette action concrète fut réalisée de la manière la plus héroïque qui soit… Lors d’un évènement majeur qui me passionne depuis mon adolescence… Je veux parler de George Orwell et de son livre publié en 1938  Hommage à la Catalogne qui raconte son engagement dans les rangs du POUM lors de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939). Au même titre que les héroïques membres des Brigades Internationales, George Orwell ira volontairement se battre dans un pays qui n’est pas le sien. Une guerre pour la Liberté et contre le fascisme du futur dictateur Franco et ses alliés nazi-fascistes allemands et italiens, pour qui la Guerre d’Espagne fut un excellent et concluant camp d’entraînement pour préparer la deuxième guerre mondiale.
Orwell en ressortira meurtri. Non seulement il fut grièvement blessé (une balle lui transperça la gorge), mais à la défaite militaire s’ajouta la persécution subie par les anti-staliniens. En effet le conflit interne dans le camp antifasciste aura comme dramatique conséquence  la mainmise des hommes de Staline et l’élimination de ses opposants. Les principales victimes de cette épuration seront les anarchistes du CNT ainsi qu’Orwell et les autres membres communistes anti-staliniens du POUM.
L’auteur prendra sa revanche en utilisant la meilleure de ses armes… l’écriture ! Orwell sortira en 1945 La Ferme des animaux, une critique acerbe et catégorique de la dictature stalinienne. Et en 1948, deux ans avant sa mort, il finira son œuvre humaniste de la plus belle des manière… En effet, sortira son plus grand chef d’œuvre 1984, une critique de TOUTES les dictatures, TOUS les régimes totalitaires sans équivoque !

ORWELL, George. Hommage à la Catalogne. Paris, 10-18, 2000. 293 p.

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Dérive ibérique 28 juin 2010

Filed under: Roman — Roane @ 8:00
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Si la péninsule ibérique se détachait du continent  au niveau des Pyrénées ? Si elle commençait à dériver jusqu’à menacer de s’écraser contre les Açores ? Tel est le propos du Radeau de pierre de José Saramago. Écrit pourtant il y a 25 ans, ce roman reste très moderne car il s’agit avant tout de décrire une Europe en situation de crise (ça n’est pas trop anachronique, non ?) et de l’entraide qui se négocie âprement. Avec humour il se sert de ce fait divers pour analyser la politique européenne et notre société. Caustique, Saramago l’est encore à près de 90 ans. Son dernier roman, Caïn, paru au Portugal en début d’année 2010, malmène une Église déjà bien enrhumée. Certains s’offusquent, allant jusqu’à exiger qu’on lui confisque sa nationalité portugaise, le mécréant ne la mériterait plus.
Mais revenons à notre Radeau de pierre. L’apparition de la première faille dans les Pyrénées est ressentie différemment par quatre personnages. Je ne vais pas détailler ici comment ils ont été interpellés par des signes étranges, mais dire simplement que tous sont partis, comme appelés à se rencontrer, rejoints plus tard par un chien, lui aussi pratiquement aimanté. C’est cette petite tribu qui va alors être au centre de l’histoire. Pendant que les touristes quittent le Portugal et l’Espagne en avion, nos cinq pèlerins vont suivre le mouvement de foule des autochtones pour fuir les côtes où le risque de collision est immense. C’est à ce moment-là que la Communauté économique européenne se manifeste :

Cette déclaration, tout à fait claire, fut le résultat d’un débat animé au sein de la Commission, au cours duquel quelques pays membres manifestèrent un certain détachement, le terme est bien choisi, allant jusqu’à insinuer que si la péninsule ibérique voulait s’en aller, eh bien qu’elle parte, l’erreur avait été de la laisser entrer. C’était bien sûr une plaisanterie, a joke, au cours de ces difficiles réunions internationales, les gens ont aussi besoin de se distraire, on ne peut pas travailler tout le temps, mais les commissaires portugais et espagnol condamnèrent énergiquement cette attitude inélégante, provocatrice et indubitablement anticommunautaire, citant chacun dans sa propre langue, le dicton ibérique bien connu, C’est dans la peine qu’on connaît ses amis.

Cet extrait vous rend compte de l’humour de l’auteur, de son ironie, mais aussi de son style : de longues phrases qui, parfois, laissent passer une respiration le temps d’une virgule, le point étant plus rare, on ne doit pas s’arrêter. D’un souffle, le narrateur nous embarque, ne nous lâche plus, nous apostrophe régulièrement pour nous dire : « Regarde un peu comme nous sommes tous fous ! »

Comme dans tous les voyages, quels que soient le trajet et la durée, mille événements survinrent, mille mots, mille réflexions, et l’on devrait plutôt dire dix mille, mais ce récit traîne déjà en longueur, c’est pourquoi je prends la liberté d’abréger, couvrant deux cent kilomètres en trois lignes, et supposant que quatre personnes dans une voitures peuvent voyager en silence, sans penser, faisant en quelque sorte semblant de ne pas faire une histoire de ce voyage, elles.

Sans tout dévoiler, sachez que la péninsule va prendre de la vitesse, s’approcher très, très près des Açores. Sa population aura été provisoirement évacuée, mise à l’abri par les Américains, toujours prêts à sauver le monde, à se faire remarquer dans l’exploit bref, beaucoup moins dans la durée. Dans ce cas-là, ils avaient signifié aux futurs apatrides qu’il était exclu ensuite de demander l’asile aux Etats-Unis…  Mais, peu avant le choc, changement de direction, le gros caillou bifurque vers le Nord, semant un vent froid de panique parmi les habitants. Comment des gens du Sud pourront-ils devenir des nordiques ? Le climat, leur façon de vivre,  impossible ! Des personnages qui se déplacent (physiquement mais aussi mentalement) au gré des mouvements de cet étrange radeau, des gouvernements paniqués qui voudraient sauter par-dessus bord et nous, heureux lecteurs qui jubilons de tant d’inventivité, prétextes à philosopher et à se questionner ! Montez à bord du Saramago (et non Sarah Magot comme une lectrice me l’avait griffonné sur un bout de papier), il vous emmènera dans des endroits surprenants.

SARAMAGO, José. Le radeau de pierre. Paris, Seuil, 1990. 312 p.

Disponbilité (en francais)
Disponibilité (en portugais)

 

Coeur cousu 26 août 2009

Filed under: Roman — chantal @ 3:00
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Coeur cousu

Soledad est une vieille femme quand elle prend la plume pour nous conter l’histoire de sa mère Frasquita, couturière qui possédait un don pour coudre ; des chiffons, des vêtements, mais aussi les coeurs, et  parfois dans certains moments sanglants de l’histoire, elle aura recours à son don de manière surprenante…
Mariée à seize ans, elle donnera naissance à de nombreux enfants, tous dotés d’étranges pouvoirs. Son mari et ses folies vont la condamner à l’errance avec sa caravane d’enfants, car il la perd au jeu lors d’un combat de coqs.  De fil en aiguille (c’est le cas de le dire !), elle parviendra jusqu’en Afrique du Nord, où elle pourra transmettre à ses filles la mystérieuse boîte qui appartient à sa famille depuis des générations.
Ce roman n’est pas un livre fantastique, il est bel et bien ancré dans la réalité, même si parfois le côté magique nous surprend. C’est peut-être pour nous rappeler que (davantage dans les générations précédentes et dans des villages parfois plus reculés, selon les coutumes et les traditions indigènes),  les légendes et les superstitions font partie du quotidien. C’est le petit ingrédient qui peut manquer dans nos vies souvent organisées et stressées… en tout cas c’est ce que j’aime trouver dans les livres ou les voyages, ça nous ouvre des portes et ça nous surprend, l’imagination de Carole Martinez est subtile.
C’est aussi un livre sur la filiation, la transmission mère-fille, mais toujours une histoire de femmes fortes en pays macho… une merveilleuse fresque qui nous fait voyager culturellement, géographiquement et historiquement. C’est déjà ça !

MARTINEZ , Carole. Coeur cousu. Paris, Gallimard, 2007

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