L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Un « France – Angleterre » différent 19 juillet 2010

Filed under: Roman — Roane @ 8:00
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Un Anglais, jeune et élégant, cadre et dynamique, qui met le pied dans une crotte bien fraîche de chien parisien ne peut être que très énervé, d’autant plus quand ça se produit quotidiennement. Paul West, ledit Anglais, vient d’arriver à Paris pour travailler une année dans une boîte d’alimentation. Le titre original du roman A year in the merde est des plus parlants, celui de la traduction française God save the France me laisse fort sceptique. Bref, c’est bien contre les excréments de toutous que notre Paul va d’abord devoir se battre, avant d’avoir affaire à d’autres désagréments plus ou moins « made in France ».
Vous l’aurez compris, ce billet n’est pas forcément la mise en avant du chef-d’oeuvre du siècle mais plutôt celle d’un agréable petit roman qui met de bonne humeur. En ces temps où des nations dégainent leurs crampons pour un ballon, je me disais qu’un autre choc, celui de cultures, un spécial « France-Angleterre », pourrait nous changer les idées.
Stephen Clarke croque donc avec jubilation les défauts des Français et un tout petit peu ceux des Anglais. Et nous, petits Suisses, on rigole car pour une fois on ne se gausse pas de nous ! Mettons-nous en appétit. Quand Paul se présente à l’équipe avec laquelle il va devoir bosser, il le fait en anglais. Le directeur lui avait dit « no proble », tous ses collaborateurs ont passé quelques mois dans un pays anglo-saxon.  C’était sans compter que le don des langues est pratiquement absent du code génétique de la plupart des Français (certains discours d’hommes politiques français même issus de grandes écoles sont mémorables)

– I am Bernard, ayam responsibeul of communikacheune, euh…
Bon Dieu, Jean-Marie n’avait-il pas parlé d’une réunion en anglais ? Et voilà que ce type attaquait en hongrois. L’homme de Budapest poursuivit dans cette veine hermétique pendant deux minutes puis articula plusieurs morts, de la plus haute importance à en juger par la constipation forcenée de son visage :
– I am very happy work wiz you !
Capté ! Bien que peu familier des dialectes d’Europe centrale, cette fois j’avais compris. Il était heureux de travailler avec moi. Par Babel ! C’était de l’anglais, mais pas le même que le nôtre.

Après l’épreuve des langues, il y eut celle du serveur malpoli et surtout peu enclin à expliquer que le « chèvre chaud » n’est pas de « la chèvre chaude ». Tout cela sur une terrasse envahie par le bruit les klaxons, l’odeur des gaz d’échappement, et quasi sise sur la route. Il nous raconte aussi la rue Saint-Denis et ses prostituées « les plus impudentes que j’ai vues depuis ma fuite précipitée d’un bar de Bangkok ». Déchiffrer ensuite les mystérieuses petites annonces pour dénicher un appartement, si possible plus grand qu’une armoire, demande d’aller dénicher le  Sherlock Holmes qui sommeille en tout British :

« Un beau 2 pièces, 5e étage (oh, oh, explication du ét.), ascenseur (Dieu merci), gde chambre (grande devinai-je astucieusement), balcon (un balcon privé la classe) et SàM avec cuis amér (ah merde !) »
D’après le dictionnaire, l’endroit était pour pour des sadomasochistes à cuisses amères. Je suspectai une erreur d’interprétation.

D’autres aventures sont contées telles les interminables paperasseries de l’administration française, les queues à se coltiner à toute occasion, l’exode du week-end vers la résidence secondaire normande, les grèves multiples (celle des éboueurs va catastropher notre gentleman). Quant à la gastronomie française, hormis les fromages qui puent et les escargots,  Paul West l’apprécie et devient alors très critique vis-à-vis de celle de chez lui.
Pour terminer, je voudrais rassurer ceux qui pensent que Genève  « C’est plus comme avant, c’est sale, toutes ces crottes tout partout ». Avant quoi ? Quand même après que les calèches tirées par les chevaux aient fini de trotter dans nos rues ! Sachez quand même, Genevois râleurs, que pour la photo ci-dessus de mise en scène de ce billet, il m’a fallu une semaine pour trouver la petite crotte pondue du jour… Alors, qu’on se rassure, on a peut-être perdu le secret bancaire mais toujours pas notre propreté légendaire.

CLARKE, Stephen. God save la France. Paris, Nil, 2005. 361 p.

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Trésors d’hier et d’aujourd’hui à (re)découvrir 28 septembre 2009

Filed under: Documentaire — Marie-Noëlle @ 8:00
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 racines latines
Je vous vois d’ici !      
Le grec et le latin ? Très peu pour moi, merci. Des trucs pour intellos, ceux qui ont fait leurs classiques, comme on dit. En tous cas, beaucoup trop sérieux pour moi.

Et bien non, justement pas. C’est bien là l’intérêt de ces ouvrages parus dans la collection « Le français retrouvé » : montrer l’importance des ces deux langues dans le monde d’aujourd’hui. Les scientifiques les utilisent allègrement pour créer des nouveaux mots correspondant à leurs découvertes. Maths, physique, médecine, botanique… tous domaines grands consommateurs de racines.
Même si nos souvenirs scolaires sont parfois lointains, nous nous souvenons avoir appris que le français est une langue indo-européenne. Mais encore ? La préface de ces petits livres nous l’explique.
A propos de préface, celles-ci sont plaisantes à lire. Je le dis d’autant plus volontiers que j’arrive rarement au bout, les trouvant la plupart du temps ennuyeuses. Celles-ci, je les ai lues en totalité. C’est dire !
Le français n’est pas autre chose que du latin évolué et par conséquent, nul besoin d’être latiniste, nous parlons tous latin. Les mots d’origine latine constituent près de 80% du vocabulaire français. Le latin appris à l’école est celui que parlaient les citoyens romains au 1er siècle avant Jésus-Christ. Le latin parlé, lui, était d’abord populaire surtout. Il a beaucoup changé. Ce sont les savants qui l’ont trafiqué pour lui donner du sérieux.
A l’heure où il est souvent question de simplifier l’orthographe, la lecture de ces ouvrages tombe à pic. Il est expliqué que l’ancien français eut d’abord une orthographe phonétique : un seul son pour chaque lettre et pas de lettres inutiles. C’est précisément ce que veulent les réformateurs actuels de l’orthographe ! Ce qui montre bien que l’histoire est un éternel recommencement et que les questionnements actuels sont du réchauffé, en quelque sorte. Mon avis sur la question, c’est que le meilleur moyen pour écrire juste, c’est de préserver le sens des mots. Les racines, pour ça, sont précieuses.
Ces livres ne sont pas des dictionnaires étymologiques du français. Ne figurent ici que les mots qui ont paru le mieux illustrer les mécanismes de la transmission du latin ou du grec au français. Ce sont aussi des guides du français contemporain.
Le nombre de mots qui ont une racine grecque est proprement hallucinant. Les auteurs ont pris soin de choisir des mots utilisés par le plus grand nombre, « snobant » la philologie classique et l’histoire ancienne. Grec et latin, langues mortes ? Allons donc, elles sont vivantes dans nos mots de tous les jours.
Ce que j’aime dans ces livres, c’est le ton léger utilisé pour présenter une matière sérieuse, pour ne pas dire rébarbative. Point de phrases tellement sophistiquées qu’une fois arrivés à la virgule on ne se souvient déjà plus du début. La simplicité prime, les explications sont claires et on y croise même de l’humour ! On se permet aussi une certaine impertinence envers les anciens. Par exemple lorsque l’auteur dit qu’à la Renaissance, les savants s’efforcèrent de déguiser les mots français en latin…
Bon, tout n’est pas simple. On trouve aussi des explications techniques. Les spécialistes apprécieront, les néophytes sans doute moins. Il y en a pour tous les goûts, c’est aussi ça qui fait le charme.
Voici un exemple qui, je l’espère, vous donnera envie d’ouvrir ces merveilles et plus encore, de vous plonger dedans. Diplodocus et diplomate ont la même racine. Etonnant de prime abord, n’est-ce pas. Et pourtant… diplo signifie double. Le diplodocus est un dinosaure qui a une double colonne vertébrale. Quant aux diplomates, ce ne sont pas des personnes couvertes de diplômes, mais littéralement des porteurs de lettres soigneusement pliées en deux. D’où la dérive vers le sens que nous lui donnons habituellement de gens qui s’expriment prudemment et avec délicatesse.

BOUFFARTIGUE, Jean. DELRIEU, Anne-Marie. Trésors des racines grecques. Paris, Belin, 1981. (Le français retrouvé, 2).
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BOUFFARTIGUE, Jean. DELRIEU, Anne-Marie. Trésors des racines latines. Paris, Belin, 1984. (Le français retrouvé, 3).
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