L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Boire la mer à Gaza 15 juillet 2010

J’avais déjà présenté le second livre de Amira Hass sur ce blog, et autant dire tout de suite que je n’ai pas vraiment l’intention de m’arrêter.
Si Correspondante à Ramallah était un véritable coup de genou dans les dents journalistiques, je m’aperçois à présent que l’on aurait pu lui reprocher un peu les raccourcis dont il use. C’est évidemment qu’il fallait lire Boire la mer à Gaza avant, car ce dernier, non content d’être aussi passionnant et terrible que Correspondante a Ramallah, est aussi bien plus complet, et donne de vraies pistes quant au poids des différents acteurs communautaires de cette région si troublée. Mais n’allons pas trop vite.
Avant de se mettre en villégiature à Ramallah, Hass a vécu, véritablement vécu à Gaza de 1993 à 1996, et a essayé dans la mesure du possible de partager la vie quotidienne des Gaziotes (principalement des réfugiés), que ce soit dans la sphère familiale, scolaire, sociale ou médicale. Là où Boire la mer à Gaza est plutôt dur à lire, c’est qu’il a mal vieilli. En effet, le Hamas n’avait pas encore le pouvoir qu’il a et, malgré la corruption et les luttes d’influences, il régnait encore un espoir de voir pour le Gaziote un avenir (pas bon ni difficile, juste un avenir). En cela, les plus odieux cyniques auraient pu reprocher à Hass son optimisme à verres roses vu que le propos qui se dégage principalement à cette lecture est que les différents bouclages de la région sont pour elle à l’origine des cercles vicieux de la précarité de l’emploi et de la vie en général qui mènent tout droit à la frustration intenable et au désir de violence de toute une population.
Mais ce n’est pas tout. N’en déplaise à ses détracteurs (qui se font fort d’être des exemples vivants de la pertinence du web 2.0 dans leurs commentaires de ses articles sur haaretz.com) Hass a non seulement quelques choses fort intéressantes à dire sur la condition des femmes vivant à Gaza (là encore, elle ne cherche pas de coupable, mais illustre une situation complexe), mais également plusieurs chapitres sur les dérives des forces de sécurité affiliées au Fatah, à l’OLP ou même directement à Arafat. Là encore, il ne s’agit pas d’accusations mais plutôt de dénonciations, et encore pas d’individus dont les situations de vie sont à deux doigts mutilés de la misère noire, mais plutôt d’une description du bas en haut de décisions politiques de part et d’autre qui ont toutes pour point commun de mépriser profondément les individus dont elles ont, en principe, la responsabilité.
Navré d’être aussi peu drôle.

HASS, Amira. Boire la mer à Gaza: chronique 1993-1996. Paris, Fabrique, 2002. 583 p.

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