L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Apocalypse bébé 9 novembre 2010

Filed under: Roman — davide @ 5:24
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D’emblée, deux constatations :

  1.  Je suis plus Delaume que Despentes, à l’origine.
  2.  Si vous voulez du travail bien fait, faites-le faire par quelqu’un d’autre.

Fort de ces constats, et dans l’idée de quand même faire un billet sur Apocalypse bébé, je me suis tourné vers notre experte ès Despentes locale, qui pour votre sécurité et surtout la mienne, sera désignée par la lettre W dans ce billet.

W (c’est vrai qu’une grande lettre majuscule solitaire en jette pas mal) va donc répondre à quelques interrogations fort pointues que je n’ai pu m’empêcher de me poser à la fin de cette lecture…

Davide : bonjour, W. merci d’avoir accepté de te soumettre à cet exercice. Tout d’abord, tu as lu tout Despentes, et surtout tu as aimé tout Despentes (au sens le plus large du terme « aimer »). As-tu aimé Apocalypse bébé, ou son auteure s’est-elle trop assagie dans son style (que tu aimes bien trash)  pour avoir encore tes faveurs ?

: J’ai aimé presque tout Despentes, il faut bien une exception, ce fut Les chiennes savantes. Dans Apocalypse Bébé je trouve le ton plus « poli », les personnages sont moins désespérés, moins en marge que ceux qui évoluent dans ses livres habituellement. Cependant même si le ton est moins trash, l’histoire ne le reste pas moins. Le personnage de Vanessa par exemple, qui sous une apparence quasi lisse cache une personnalité plutôt désespérée et un discours assez dérangeant.

Davide : Hum, oui, certes. Pourtant, elle cite en l’espace de quelques pages au moins trois gadgets et quatre phénomènes virtuels par leur nom plutôt que leur fonction. Ça sent un peu fort l’étalage de connaissance du monde djeuns’, non ? Je veux bien que Despentes soit l33t, mais quand même, ne cherche-t-elle pas à rajeunir son écriture de manière trop brutale ?

W : En tant que lectrice indigne et sans aucun état d’âme, je ne me suis pas gênée pour faire l’impasse sur tous ces termes, voir même sauter quelques lignes pour éviter des détails générationnels qui me touchent peu…

Davide : Evidemment. Passons aux personnages. L’alternance première personne/troisième personne est plutôt efficace. La vacuité un peu molle de Lucie a tout loisir de se développer, et l’on pénètre assez rapidement les états d’âmes des personnages secondaires. Que penses-tu de cette manière de faire ?

W : J’ai beaucoup aimé la narration, donner la parole à chaque personnage permet d’entrer dans l’histoire par plusieurs points de vue sans pour autant que l’on perde le fil. On peut ainsi de chaque personnage connaître à la fois son histoire et sa légende. Des personnages secondaires y gagnent en importance comme celui de Yacine par exemple. Tu parles du personnage de Lucie, je trouve son traitement intéressant, à la fois au centre de l’histoire et en même temps assez absent par son caractère indolent.

Davide : C’est une question de point de vue. La Despentes est une habituée de la critique sociale acerbe, et c’est encore le cas ici (difficile de ne pas voir que tout le monde en prend pour son grade), mais me trompé-je en détectant tout de même une certaine douceur désespérée envers ses personnages, une certaine tolérance amusée ?

W : Une tolérance amusée, oui… je dirais aussi une certaine résignation. Chaque personnage joue son rôle, celui que l’on attend de lui, la brute, le musicien égocentrique, l’altermondialiste… etc… Le choix de donner la parole à chacun des personnages permet aux personnages de se « défendre », de prendre le pouvoir, puisqu’ils exposent leur point de vue.

Davide : Je n’avais pas envisagé l’affaire sous cet angle. Il y a tout de même une chose qui me dérange : entre la jeune fugueuse qui malgré ses vices et une vraie petite soldate, et les autres jeunes qu’elle côtoie et qui se font interroger par La Hyène (grands moments de bonheur personnel), qui sont certes bêtes mais pas si méchants que ça, j’ai trouvé qu’il y avait un peu de facteur lunettes roses en ce qui concerne ce type de personnages-là. Suis-je un vieux morse aigri, ou y a-t-il un peu trop d’espoir de la part de l’auteur dans ses personnages adolescents ?

: Si l’espoir est représenté par Valentine, je n’ai qu’une chose à dire : « On est mal !!»…

Davide : Eh bien, grand merci pour tes réponses, j’espère que tu m’adresseras encore la parole à l’avenir, et je te souhaite une bonne fin de journée.

DESPENTES, Virginie. Apocalypse bébé. Paris, Grasset, 2010. 342 p.

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Mes parents / Fou de Vincent 2 juin 2010

Filed under: Roman — davide @ 11:14
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« Oups », comme le dirait la philosophe Spears, « oups », donc « je l’ai fait de nouveau ». « Oui, mais quoi ? » me direz-vous (en fait, j’embellis, ce que l’on me dit le plus souvent est : « il nous faudrait 400 livrets d’accueil pour l’ouverture dans cinq minutes », ou « ces livres-lus sur CD ne fonctionnent pas, fais quelque chose s’il te plaît ». « J’ai un cours/je suis malade/ responsable de la caisse du mois et ne pourrai ranger les bandes dessinées » est aussi un bon favori, avec « quand vas-tu te mettre à lire des livres NORMAUX ! »)
Bref, reprenons. Un collègue dont je tairai le nom me parlait de littérature française, et n’arrêtait pas de faire allusion à ce Guibert que je ne connaissais pas. Il avait cependant le bon goût d’être passionné, et du coup je me laissai recommander deux de ses meilleurs livres : Mes parents et Fou de Vincent.
Vu leur format quelque peu rachitique, je ne pouvais que les lire l’un après l’autre et les « billetter » ensemble.
Ce que je pense avoir « fait de nouveau », c’est être complètement passé à côté de l’esprit dans lequel ces œuvres méritaient d’être lues, CAR J’AI RI ! Bien sûr pas d’un bout à l’autre de ces romans, et pas toujours d’un gros rire gras accompagné de claques sur la cuisse (pas toujours) mais tout de même, si je devais retenir une qualité dans l’écriture de Guibert, c’est son humour.
Celui-ci est à mon avis plus flagrant dans Mes parents qui, loin des tensions et traumatismes infligés par des parents un peu médiocres à cet enfant qui découvre assez tôt son attirance pour les garçons, nous régale d’une suite de scènes qui oscillent entre le pathétique et la farce, mais où la tendresse et l’amour familial ne sont jamais loin. Une scène qui m’a achevé est celle de la sortie au théâtre (Hervé est fou de théâtre) : il est clair que  ce n’est qu’un prétexte pour fricoter, mais comme s’il savait que sa cause était perdue d’avance, le père finira tout de même par se laisser entraîner à la suite d’un combat physique ayant l’ampleur épique d’un spectacle de Guignol. La relation à la mère, en particulier en fin de vie, est très particulière, et s’il passe par une dramatisation un peu égocentrique, il n’en est pas moins poignant. Le rapport au corps est également un point saillant ; ces corps malmenés dès avant la naissance, des corps malades dans leurs recoins les plus honteux, mais aussi des corps qui donnent accès à un monde de plaisirs intellectuels et charnels.
Cette notion du corps est celle qui m’a donné le plus de fil à retordre dans Fou de Vincent. A priori un roman sur la tragédie d’un amour impossible, il me semble pourtant y avoir détecté l’humour d’une situation ou deux êtres paraissant être faits l’un pour l’autre dans leur débordements n’en peuvent plus de se danser autour, de se faire mille petites tortures exquises, mais qui goûtent finalement à un bonheur un peu doux-amer entièrement voulu.
S’il devait y avoir un côté moins humoristique à Fou de Vincent, c’est à nouveau celui des corps, qui sont avant tout le théâtre de faiblesses, d’ivresses (pas au bon sens du terme, l’autre, celui dont on peut témoigner sur les trottoirs en chemin pour la bibliothèque le samedi matin) et de maladies. Mais là encore, quelque chose fait que ces corps sont transcendés, les squames, humeurs et tares disparaissent et il ne semble rester que le bonheur d’une relation englobant le sensuel et l’éthéré qui tend à la perfection, à mille à l’heure, un peu vouée au néant, mais dont chaque seconde est bue jusqu’à la lie. Mais humour ! quand la réalité vient heurter de plein fouet ces grands sentiments et que Guibert, malgré tout, trouve encore de quoi se réjouir un peu malgré lui-même.
C’est pourquoi je recommande chaudement en tout cas ces deux ouvrages, qui pour de l’autofiction sont remarquablement ouverts sur le monde, lisibles, et DRÔLES !

GUIBERT, Hervé. Mes parents. Paris, Gallimard, 1997 (Folio, 2582). 168 p.

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GUIBERT, Hervé. Fou de Vincent. Paris, Minuit, 1989. 85 p.

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La meilleure part des hommes 16 novembre 2009

Filed under: Roman — davide @ 12:43
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partUne fois n’est pas coutume, heureusement, je vais faire plaisir à plein de monde, car je n’ai que très peu à rapporter après la lecture de ce livre, malheureusement. En effet, pas assez mal écrit pour être expérimental, mais d’une langue si plate et inintéressante que l’on croirait lire une conversation téléphonique sans fil dans un transport public, la forme de La meilleure part des hommes est une déception.
Passons au fond. De nombreux échos me sont parvenus quant à la valeur historico-documentaire de cet opus. Donc, suivant les conseils avisés d’un estimé collègue, je les ai tous ignorés pour lire ce livre exactement comme l’indique sa cote : un roman.
Donc, pour un roman, la voix de sa narratrice est faiblarde, les personnages principaux sont fats et vains, les événements décrits seulement importants à un niveau micro-régional, qui plus est centrés sur Paris. De fait, hormis un passage qui, pour citer le philosophe Larsen « frise le bon goût sans jamais y sombrer », assimile la contamination virale à la fécondation, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat dans ce « roman ». Le problème de cette étiquette « roman » pour cet opus qui se veut donc fictif, c’est que tant de noms de célébrités à peine remaniés sont lâchés ici ou là que même moi j’ai été à même de reconnaître un people. Et même ces citations éhontées ne parviennent pas à m’énerver. Bref, un livre à lire quand on n’a vraiment rien de mieux à faire.

P.S : Je pourrais aussi mentionner les relents de misogynie qui parfument un peu ce roman. Je pourrais, mais je ne le ferai pas. Oups, trop tard.

GARCIA, Tristan. La meilleure part des hommes. Paris, Gallimard, 2008 (Blanche). 305 p.

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Les deux amies 24 septembre 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 8:00
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deuxamiesPrologue :

Excédé par la lecture d’un livre dont je tairai le nom, de peur que les lecteurs retors ne se ruent dessus, je le jette rageusement sur mon étagère « dons à l’Armée du salut », et me jette aussi rageusement sur ma liste de lectures à venir, pour en sélectionner un qui puisse un peu me calmer. Je tombe sur celui-ci ; le sujet m’est à peu près inconnu, le champ lexical est à ma portée. Vendu.

Corpus :

On a presque tous en tête les deux amies. Elles sont surtout présentes dans les souvenirs barbants de feuilletage des livres d’arts des parents, ceux qui sont très grands, très lourds et pleins de texte écrit tout petit, et on les range au même rayon que les paysages d’un autre âge sur-colorés, les animaux de ferme suspicieusement placides ou les icônes religieuses plus kitsch que l’étage 30 ans et plus du Macumba©.
Et bien sachez-le, nous avons tout raté. Sérieusement. Depuis l’Antiquité, et les très rares représentations de la poétesse Sapho de Mytilène ou autres reliques archéologiques, l’image du couple de femmes a toujours été présent, et a toujours eu une histoire à raconter sur le milieu qui l’a produit, notamment en ce qui concerne non seulement la place de la femme dans une société, mais également dans la symbolique que son image va véhiculer.
Si j’ai bien compris. Il faut dire que mon attention était bien évidemment retenue par les illustrations, qui sont ma foi peu colorées et plutôt petites. Mais c’est là un des deux seuls reproches que je pourrais bien faire à cet ouvrage. Je réserve le second pour la fin.
Un point très positif est la prudence de l’auteur, et vu le peu de documents qui nous restent des époques présentées, elle ne se permet aucunement de tirer des conclusions trop polémiques. Du coup, la clarté de son propos et son objectivité font qu’arrivé au Moyen-âge, et ses curieuses représentations de Marie et Elisabeth, on commence à entrevoir quels processus ont potentiellement abouti à de telles représentations.
L’ouvrage s’étoffe véritablement dans les parties qui traitent de la Renaissance aux Lumières, et qui nous font découvrir que visibilité n’est pas tolérance, car au-delà d’une représentation purement symbolique, il y a également là la représentation d’une pratique sexuelle non seulement hors normes, qui selon les époques et les groupes d’appartenances de ses pratiquantes seront plus ou moins bien tolérées, mais qui font aussi partie intégrante de la représentation fantasmatique hétérosexuelle patriarcale.
En clair : Voir des images de lesbiennes est valorisant pour lesdites lesbiennes mais bon, on sait que ces images sont faites en grande majorité par et pour des hommes hétérosexuels, ou au mieux pour une majorité bien-pensante.
Il faut également noter au passage qu’en creusant un peu le sujet, l’auteur donne de nombreux exemples où la représentation de cet acte sexuel contre nature fait apparaître en filigrane la possibilité d’un comportement féminin hors des sentiers battu(e)s (voyez-vous où je veux en venir avec ce jeu de mot des plus douteux ? bien), et ce à chaque période artistique décrite, jusqu’au 20ème siècle, avec nombre de conséquences et de répercussions.
A ce stade du billet nous arrivons malheureusement au fond de la tasse, et les prochaines gorgées se révèlent être pleines de petites brisures au goût amer et qui collent au dents, j’ai nommé la période contemporaine. Tristement, Bonnet semble perdre toute retenue dès que le sujet aborde la période de son existence. Il est, il va de soi, louable de s’appuyer sur son expérience personnelle pour traiter un sujet, mais on semble déraper rapidement dans les querelles intestines des différents mouvements de libération de la femme, et on ne trouve quasiment plus trace de l’objectivité si appréciée en début du documentaire, mais au contraire une sorte d’appel désespéré  à prendre au pied levé des valeurs somme toute assez éthnocentrées, telles que le besoin de faire passer toute revendication sociale par une réglementation stricte des pratiques sexuelles.
J’ai bien conscience d’avoir la retenue tolérante d’un intégriste végétalien  à la Saint-Martin, mais je m’attendais vraiment à non seulement une présentation mais aussi à une théorisation des nouvelles images des deux amies, notamment dans le contexte de la pornographie, de la publicité et de la culture populaire de masse, mais aussi dans le champ des interprétations sous-textuelles et leur expression dans la fanfiction ou dans l’univers nébuleux du web 2 point zéro. Et bien je suis resté, comme le susmentionné végétalien jurassien, sur ma faim.

Conclusion :

Malgré tout, ce livre est des plus instructif et accessible, et il m’a fait oublier ma lecture énervante. Il est donc bon.

BONNET, Marie-Jo. Les deux amies : essai sur le couple de femmes dans l’art. Paris, Blanche, 2000. 305 p.

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La piscine-bibliothèque 2 février 2009

Filed under: Roman — davide @ 10:59
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swimmingpoollibraryJ’ai l’habitude de me répéter, cela me rassure et me réconforte. Cependant, j’ai récemment remarqué qu’une collaboratrice de ce fraternel espace de dialogue virtuel s’évertue à essayer de nous faire gober QU’UN CERTAIN écrivain britannique écrit des livres pas mal.

Et bien soit, il ne sera pas dit que je ne sais pas m’aligner sur la bourgeoisie locale, et vous faire part du bonheur qu j’ai eu à lire ENCORE un livre d’Hollinghurst, j’ai nommé La piscine-bibliothèque, son premier ouvrage.

Si vous n’êtes pas banquier privé ou consultant, vous n’avez probablement pas le temps de lire l’intégralité de lhibouquineur, et je me permets de vous rappeler qu’ayant lu le dernier Hollinghurst (La ligne de beauté), j’ai apprécié l’efficacité et la beauté de l’écriture, ainsi que la justesse de l’observation d’une certain société britannique ayant autant d’avenir et d’utilité sociale que le célèbre monocyle à quatre pédales.

La piscine-bibliothèque est aussi bien écrit, avec juste ce qu’il faut de personnages pas forcément excentriques, justes crédibles de manies. On flâne au gré des pages en compagnie de William Beckwith, jeune pair du royaume dont l’occupation principale dans la vie est de se trouver les petits amis les plus exotiques possible, et dont l’exercice principal consiste à se rendre à son club (tout un programme que je vous laisse découvrir), jusqu’à sa rencontre fortuite avec Lord Nantwich, reine vieillissante mais toujours active, qui lui demande avec insistance de rédiger ses mémoires. A partir de là, on partage sa lecture entre l’enquête un peu molle que le jeune héros va mener à la disparition de sa dernière conquête et le mettra face à la dure réalité d’une société anglaise que l’on ignore habituellement, et un florilège des journaux intimes du vieux Lord, de son éducation très privée d’oxfordien déluré jusqu’à ses voyages en une Afrique qui n’a cesse de le fasciner pour des raisons de plus en plus personnelles.

Au fil du roman, Beckwith trouve dans ces billets d’un autre temps le refuge à une réalité assez sordide dans la vie de Lord Nantwich, certes privilégiée mais remplissant néanmoins son quota d’amour, jusqu’à ce que l’histoire ne rattrape le présent en une conclusion qui m’a au début laissé sur ma faim, mais qui à le mérite d’être la plus juste possible.

Les histoires d’aristocrates me restent assez en travers de la gorge lorsqu’ils ne s’en prennent pas plein la face, mais une fois de plus l’écriture de Hollinghurst m’a pris et ne m’a pas lâché, tant il arrive avec subtilité à faire parler ces personnages bien particuliers, chacun de leur accent différent, mais je suis comblé  surtout par son habilité à faire plonger cette classe aristocratique a priori sans soucis dans la pataugeoire vaseuse et glacée du réel sans pour le moins essayer de nous faire croire qu’un tel traitement de choc peut être suivi d’une quelconque épiphanie, mais en nous faisant expérimenter à travers leurs désarrois tous ces phénomènes (par exemple au hasard : ratonnades homophobes ou mobbings xénophobes) que l’on a l’habitude de voir sur une page ou un écran, mais dont les implications et les conséquences nous échappent immanquablement.

 

HOLLINGHURST, Alan. La piscine-bibliothèque. Paris, Bourgeois, 1991. 455 p.

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Tout dans la courbe 21 octobre 2008

Filed under: Roman — davide @ 11:27
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Voilà un livre qui aurait mérité qu’on le déteste. Bon d’accord je le déteste. Il avait tout pour me déplaire. Un héros un peu fadasse, des thatchéristes à la pelle, l’Angleterre des années quatre-vingt, peu d’action, quasiment pas d’essorage cérébral tortueux …

Et pourtant quel plaisir de lecture !

On suit la quête de Nick, alumni d’Oxford profitant de son amitié avec le fils d’un politicien montant pour se payer une collocation dans le quartier huppé de Notting Hill, quête avant tout de la beauté selon le concept hogarthien (en très gros, ce qui serpente est vivant donc beau, architecture ou fesses du susmentionné fils de politicien) et de la pensée du Maître (Henry James, apparemment). Dans les faits il s’agit pour Nick de profiter du parasitage d’une classe des plus aisées pour profiter du luxe qui lui est dû en toute oisiveté, car la beauté est le privilège des riches, à quelques exceptions près .

Soit, mais c’est sans compter la maîtrise diabolique qu’a Hollinghurst de son écriture, et la manière des plus subtiles qu’il trouve d’injecter la tragédie et la comédie dans son livre.

La tragédie, car il s’agit des années quatre-vingt et de l’Angleterre, une époque ou les fortunés et les politiciens vont se murer dans un délire néo-libéral qui conduira ce pays à la ruine culturelle et morale fumante qu’il est aujourd’hui à grands coups d’excès en tous genres, moins avouables les uns que les autres, et que notre héros n’aura de cesse de poursuivre sa quête de l’idéal de beauté mais aussi d’amour à travers des êtres qui n’ont qu’à lui offrir leur vacuité et leur égoïsme, jusqu’à sa confrontation directe avec la maladie et la mort, qu’il devra affronter terriblement seul, poursuivi par le souvenir d’une seule rencontre significative et réellement honnête, sans être vraiment sûr des raisons qui la lui ont fait rater.

Déjà ça, c’était fait pour me plaire.

Mais il y a aussi la comédie, intimement liée aux éléments précités, car  bien des situations tiennent du grotesque, du décalage total dans la vie de ces personnes dont le quotidien est tellement vide de sens que le moindre fait et geste devient le prétexte d’une fête, d’une jouissance ou d’un compliment, des personnages qui croient si fort au rôle qui leur est imposé, et auquel ils ne voient et ne veulent surtout voir aucune alternative, même quand leur propres proches sombrent dans la solitude, la folie et/ou la mort.

Et ça, ça peut être tellement drôle.

Le livre contient également la quantité et le dosage du mélange de substances psychoactives licites et illicites nécessaires à faire un boogie avec Margaret T.

Mais ne gâchons pas tout. Il s’agit aussi de relever l’excellent sens du rythme de l’auteur, à travers la subdivision du livre en trois parties, ce qui permet une véritable évolution des personnages et rend l’histoire ainsi racontée complète mais pas épuisante. Hollinghurst nous fait grâce du traitement par trop émotionnel et voyeuriste de certains sujets à scandale, évite les schémas narratifs dramatiques habituels, et laisse plein de trous noirs inquiétant, mais garde les préludes et les lendemains qui justement ne chantent pas. On évite ainsi toute catharsis, une douce tension est maintenue toute au long du livre, et on fait faire mine de rien sa gymnastique à son imagination, ce qui lui rend tout son galbe.

 

HOLLINGHURST, Alan. La ligne de beauté. Paris, Fayard, 2005 (Littérature étrangère). 537 p.

HOLLINGHURST, Alan. The line of beauty. London, Picador, 2004. 501 p.

Disponibilité (français)

Diponibilité CIT (anglais)

Disponibilité EVI, JON, MIN, SER (anglais)