L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Football factory 2 février 2012

Filed under: Roman — davide @ 5:36
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Il faudra bien un jour que j’arrête d’encenser systématiquement les romans de John King, mais aujourd’hui ne sera pas ce jour.

Si j’avais été estourbi par Aux couleurs de l’Angleterre, et sagement ravi par Human punk, la lecture de Football factory, premier volume de l’informelle « trilogie du football » de King n’était que plus intense et goûtue grâce à l’anticipation que j’avais à le découvrir.

C’est dans cet opus que la structure de cette trilogie semble prendre naissance, à savoir une alternance bancale de points de vue narratifs, de voix et de situations.

D’entrée le protagoniste-phare de la série est là : Tommy, dit Tommy le fan de Chelsea ou Tommy le psycho, qui donne le ton à travers les chapitres intitulés selon les rencontres (foot)balistiques que la « firm » (un sorte de club très informel de supporters, dont le but est avant tout une vigoureuse libération cathartique de différentes humeurs peu constructives engrangée au cours d’une vie quotidienne abrutissante de frustrations par le biais de cassage de gueule spontanés et collectifs) de Chelsea subit ou fait subir au gré des matchs de championnat national. Ces occurrences sont l’occasion pour Tommy de donner son point de vue sur la vie, l’univers et toutes sortes de choses. L’intérêt réside évidemment ici dans la contradiction entre la (relative) sensibilité de Tommy, premier à admettre des noirs dans la « firm » tant qu’ils adhèrent à ses principes et la violence aveugle et totale de son activité principale, avant tout basée sur l’appartenance aux différentes « tribus » (les « juifs » de Tottenham que tout le monde déteste, les « scousers»  de Liverpool, tous des voleurs, les « pakis » sur qui tout le monde tape mais également chez qui tout le monde se nourrit). Il est également le premier à relever la stupidité des mesures sécuritaires britanniques initiées sous le gouvernement conservateur des années quatre-vingt, mais uniquement pour mieux pouvoir casser du supporter adverse. Son point de vue sur les forces de l’ordre, tout judicieux qu’il soit, sera aussi fermement contrecarré par ses expériences personnelles. Bref, Tommy incarne la schizophrénie des bas étages britanniques dans toute sa splendeur.

Il y a aussi Bill, qui n’est pas encore prêt à quitter l’ornière dans laquelle le décès de sa femme, survivante des camps d’extermination nazis, l’a plongé.

Laissez-moi vous dire une chose : si je peux vous affirmer que Bill est représentatif de cette génération sacrifiée, dernière incarnation du Britannique flegmatique, c’est parce que le portrait de ce personnage est tellement bien brossé, dans son désarroi et dans son courage, qu’il m’a fait pleurer. Je veux bien que verser des larmes sur une lecture soit un critère un petit peu subjectif, c’était pourtant pour moi suffisant.

Et enfin Vince, petit-fils de Bill, hooligan par défaut, qui cherche avant tout une échappatoire à ce qu’il perçoit comme le carcan de la société qu’il habite. Et autant Tommy le tapeur penchera du côté de la mort et de la destruction, autant Vince est immanquablement attiré par la beauté, la curiosité pour autrui et la tolérance.

Mais je m’étends pour pas grand-chose ; ce roman est l’amorce d’une œuvre véritablement significative pour quiconque a (encore) quelque curiosité pour les derniers soubresauts de l’humanité britannique.

On a l’impression de voir de trop près un brasier qui se consume, de souffrir quelques brûlures mais de voir quelque chose de fascinant, sachant que l’intensité de l’expérience ne va aller qu’en diminuant, pour finalement s’éteindre, ne laissant derrière elle que de noires traces charbonneuses.

This is England.

KING, John. Football factory. Paris, Olivier, 2004. 363 p.

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Human punk 17 octobre 2011

J’aime bien ce John King, même s’il semble écrire exclusivement pour le groupe démographique constitué de trentenaires vieillissants aux racines anglo-saxonnes en mal d’un pays qu’ils n’ont jamais vraiment connu mais qu’ils savent avoir perdu à tout jamais pour ne voir que sa pâle copie s’enfoncer dans l’idiotie éthylique la plus….

John King est donc un auteur formidable qui, en 1997, a publié un premier livre qui a rencontré un succès relatif probablement dû à son sujet ma foi controversé :

Les difficiles conditions de vie du passereau molletonné en environnement semi-urbain.

A moins que ce ne soit le hooliganisme britannique au sens le plus large du terme, celui qui englobe gaiement sport, violence, alcoolisme, xénophobie et grossesse adolescente.

Si j’ai déjà présenté avec beaucoup de bonheur son troisième titre (Aux couleurs de l’Angleterre), qui était très bon car mettant en abyme la barbarie britannique hors des frontières où elle est tolérée et célébrée, je suis tout frétillant à l’idée de vous présenter Human punk, car ce livre-ci couvre une des périodes les plus noires de ce pays, de 1977 à la fin du siècle, et donc les âges sombres que sont les années endurées sous Thatcher.

Et ce, une fois de plus, par le dialogue intérieur au plus ras du sol, par les yeux de Joe, petit punk de 15 ans au début du roman, tout occupé à cirer ses Doc Martens, cracher sur ses petits copains et surtout, écouter de la musique, la seule instance où cette génération de plus en plus perdue dans un monde où la « gauche » n’est plus que pédante et universitaire, et où la « droite » est de plus en plus furieusement antisociale, va t’en guerre et folle. Tout cela finira, évidemment, mal.

Ceci pour la première partie de ce roman qui en comporte trois ; la seconde nous raconte le retour de Joe au pays après trois ans passés à Hong Kong, avec son lot de souvenirs pesants et de regrets, car ce n’est pas un retour heureux, et la traversée de la Chine et de la Russie communistes ne seront que de plus douloureux rappels que, même à l’abri de la dictature totalitaire, l’individu qui ne se range pas est facilement réduit à l’état de sauce à la menthe (métaphoriquement parlant).

Le tour de force à mon avis réside dans la troisième partie, où un Joe quadragénaire  mène la belle vie, sauvé par son amour pour la musique punk et sa capacité à relativiser, à prendre du recul, à défendre son roast-beef bec et ongles et à ne compter sur personne que lui-même.

Ce constat peut paraître un peu déprimant comme prémisse à un roman, mais King est plus malin que cela, et si l’on peut se réjouir d’une chose, c’est que ses personnages ne sont ni simples, ni héroïques.

Au final, même si Human punk est plutôt limité géographiquement, si sa langue est orale au possible, si on peut détecter un brin de complaisance pour les déchets humains qui le peuplent, ce roman demeure une biopsie d’un corps certes malade mais diablement fascinant.

KING, John. Human punk. Paris, Olivier, 2003. 474 p.

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Aux couleurs de l’Angleterre 15 juillet 2011

Comme vous commencez à le savoir, je suis assez susceptible aux suggestions de lecture de mes collègues, surtout s’ils sont plus grands que moi. Le petit nouveau n’est pas seulement plus grand, mais aussi plus tatoué, plus barbu, et sa moto est plus grosse que mon Solex. C’est dire si je l’écoute avec attention.

Bref, il a attiré mon attention sur le dernier volume d’une sorte de trilogie qui tente tant bien que mal de suivre la vie quotidienne d’une bande de hooligans britanniques. Mon intérêt vient d’une part de l’aspect britannique du quotidien ainsi exploré, mais aussi de la teinte touristique dudit quotidien.

Car l’histoire racontée dans Aux couleurs de l’Angleterre colle à première vue aux stéréotypes liés au hooliganisme anglais: à l’occasion d’un match d’importance, trois joyeux lurons, Tommy le psychopathe, Harry le romantique et Bill le vétéran, voyageront (dans la réalité ou par la pensée) à Berlin via Amsterdam, avec de petites escales en Irak ou par la France du débarquement.

Si j’ai parlé de match, je dois vraiment m’interrompre pour mettre un dièse à ce billet :

Dans tout ce livre il n’est pas vraiment question de jeu footballistique, donc que les rétifs du sport de gentleman joué par des brutes ne soient pas effarouchés.

Donc Tommy et Harry quittent l’Angleterre, ce qui est déjà une aventure en soi, pour Amsterdam, le premier tenant fermement sous contrôle la violence effrayante qui parcourt ses propos intérieurs, l’autre faisant de même pour le désir d’affection et de calme dans la vie qu’il ne peut s’empêcher de ressentir en songeant à la mort violente et stupidissime de son meilleur pote.

Il faut remarquer qu’une alternance arbitraire de passages à la première personne et de passages à la troisième personne donne un rythme assez particulier à la narration, et les plongées dans la psyché des tondus du ballon n’en font que plus frémir.

Alternance de points de vue également pour Bill, resté au pays, qui devant (ou à cause de ?) la possibilité d’un voyage en Australie, ne peut s’empêcher de revenir sur les souvenirs de ses agissements au cours de la seconde guerre mondiale, agissements si profondément enfouis que leur résurgence, catalysée par des rencontres plus provoquées qu’inévitables, n’en sera que plus terrible.

Revenons à Tommy et Harry. Les deux joyeux lurons, ayant connu l’éros et le thanatos à Amsterdam (je n’en dirai pas plus), poursuivent leur périple vers Berlin et, approchant ainsi de leur Mecque temporaire voient leurs obsessions devenir plus prégnantes et plus viscérales.

Si l’on me trouve un peu mou sur ce billet, c’est parce que, m’étant lancé dans cette lecture avec la morgue qui m’habite usuellement à la lecture d’ouvrages concernant ma chère Grande-Bretagne, j’ai dû vite me faire une raison : non seulement ce livre est très bon dans sa forme (qui est fluide, enlevée et riche), mais aussi par son fond, qui non seulement donne à voir une population désespérée et désespérante, mais aussi les travers de notre mode de vie avec ses repères aussi solides que ma dernière tentative pâtissière et ses fictions fédératrices plutôt dirons-nous intéressées.

A ne pas manquer.

KING, John. Aux couleurs de l’Angleterre. Paris, Olivier, 2005. 377 p.

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