L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Brèves de comptoir 19 novembre 2012

Filed under: Divers,Documentaire — Christian L. @ 10:38
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Jean-Marie Gourio a un métier sympa. Depuis une vingtaine d’années, il va boire des coups dans les bistrots, laisse subrepticement traîner ses oreilles à gauche et à droite et consigne toutes les phrases et les citations absurdes, cocasses, désopilantes que les piliers de comptoir lancent d’un ton péremptoire dans leurs discussions de haut vol.

Ca s’appelle les Brèves de comptoir.

Les Brèves de comptoir, c’est la parole des ouvriers, des chômeurs, des paumés, des petites gens, un peu embrumée par l’alcool. Publiées régulièrement en recueils depuis plusieurs années, elles composent un florilège ahurissant de bêtise humaine, de raisonnements hasardeux, de raccourcis simplistes et de théories improbables dont on se régale avec délice.

L’actualité, les grands sujets de société, les tracas du quotidien et les questions existentielles sont traités sans concessions et souvent déformés par le filtre de la bouteille. Politique, sexe, racisme, argent, tout y passe et le reste aussi. Souvent du très lourd qui rase la moquette. Il s’en dégage malgré tout une vraie humanité teintée de poésie, d’humour, de sensibilité, et parfois d’une certaine forme de philosophie.

Grâce à Jean-Marie Gourio, le bistrot n’est dorénavant plus ce lieu de perdition infréquentable mais un temple de la pensée moderne. Lisez seulement :

« A la naissance le nain est normal, c’est en grandissant qu’il rapetisse. »

« Les peintures de Lascaux on trouve ça génial, mais si ça se trouve à l’époque personne en voulait chez lui. »

« Un musée d’Art moderne, c’est complètement idiot. Un musée, c’est fait pour les vieux trucs. »

« C’est en forgeant  qu’on devient chômeur, des forges t’en as plus… »

« Comment t’expliques la faim dans le monde, il est même pas midi ? »

Et une p’tite dernière pour la route…

« Le naturisme, sur le dépliant c’est des jeunes filles à poil mais sur la plage quand tu y es, c’est que des retraités de la SNCF. »

GOURIO, Jean-Marie. Brèves de comptoir. Paris, Laffont.

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Le dictionnaire du diable 12 avril 2012

Filed under: Documentaire — davide @ 3:00
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M’étant retrouvé à court de lecture sérieuse, je suis retombé sur cet opuscule dont on m’a fait récemment cadeau, et dont l’épaisseur minime l’a fait presque littéralement disparaître de mon champ de vision, ce qui fut une erreur.

 Corsaire n. Politicien des mers.

 Car on aurait tort de négliger l’importance culturelle de Bierce. Auteur américain du 19ème siècle, il semble avoir vécu dans ses expériences militaires l’horreur qui lui fit développer l’humour mordant et pince-sans-rire de ce livre.

 Patriotisme n. Déchet combustible prêt à servir de torche à quiconque ambitionne d’illuminer son nom.

 Car ce dictionnaire ne comporte aucune politesse, aucune retenue sinon celle d’une fine intelligence et un bon goût tout relatif.

 Peau-Rouge n. Indien de l’Amérique du Nord dont la peau n’est pas rouge – du moins, pas à l’extérieur.

 Cannibale n. Gastronome de l’ancienne école qui conserve des goûts simples et s’en tient à l’alimentation naturelle de l’époque pré-porcine.

 Bien qu’ayant un peu vieilli dans les articles relatifs à l’actualité (mais de loin pas tous), et bien que certains américanismes puissent laisser un peu perplexe,

 Corporation n. Système ingénieux qui permet de réaliser un profit personnel sans engager sa responsabilité personnelle.

 il faut reconnaître à cette œuvre une actualité troublante.

 Bigot n. Personne attachée avec obstination et zèle à une opinion que vous ne partagez pas.

 Mais globalement, ce livre fait bien mentir l’adage selon lequel le seul ouvrage notable de Bierce fut sa moustache (qui est au demeurant fort seyante, avouons-le).

 BIERCE, Ambrose. Le dictionnaire du diable. Paris, EJL, 2006 (Librio, 787). 94 p.

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La merditude des choses, une fois 5 septembre 2011

Filed under: Roman — Dominique @ 8:00
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 Imaginez une petite ville de Belgique qu’on devine moche et pleine de tarés congénitaux. Demmetrie, 13 ans, l’auteur et narrateur, y vit chez sa grand-mère, qui a mis une flopée d’enfants au monde, avec une majorité de ratés. En compagnie de son père Pie (sa mère, cette connasse, s’est tirée) et de ses oncles, notre Zwaren, notre Herman et notre Poutrel, ils travaillent à boire la maigre pension de la grand-mère. Pauvre grand-mère qui, alors qu’elle n’a pas ses dents, doit recevoir des agents en pleine nuit, venus lui annoncer que l’un ou l’autre de ses vauriens de fils est dans le coma, et lutte pour que les huissiers prennent tout ce qu’ils veulent, il ne reste presque plus rien de toute façon, mais pas la télé.

Une atmosphère alcoolisée et puante baigne ce récit, ou plutôt ces tranches de vie parmi les plus marquantes de la jeunesse de Demmetrie. Car l’alcool est érigé au rang d’indice suprême de virilité, voire d’humanité, puisque la plupart des rares femmes qui figurent dans ces récits ne crachent pas non plus dans leur verre. Pas Sylvie, bien sûr, la jolie cousine de Bruxelles en visite qui, elle boit des boissons sugarfree ! On n’a jamais vu ça à Reetveerdegem… Mais qu’on se rassure, l’ambiance du lieu va la rattraper.

Entre la vieille Palmyre puante (« Etions-nous déjà nés la dernière fois qu’elle avait changé de linge ? »), qu’on soupçonne d’avoir noyé ses bébés dans l’étang, le Franky que ses parents empêche de fréquenter les infréquentables Verhulst, la mère qui reproche à son fils son incontinence urinaire et les participants du « Tour de France » (une sorte de marathon de l’alcool où 5 km équivalent à un verre d’alcool, avec du whisy et de la vodka pour les étapes de montagne), voici une galerie de portraits hauts en couleur décrits magistralement.

Un extrait pour vous faire goûter l’art de la narration de Dimitri Verhulst :

Nous avions l’habitude de voir des femmes sur notre seuil et, la plupart du temps, fallait même pas demander pour lequel de nos hommes elles venaient. Nous connaissions les types les uns des autres. Notre Poutrel exerçait une attraction particulière sur des souillons avec pour seule explication possible qu’elles jouissaient secrètement de se faire tabasser par un mec. C’étaient principalement des petites salopes en talons aiguuilles, imbibées d’une lotion hydratante à l’odeur de shampoing pour chien. […] Elles savaient cuire des spaghettis et avaient la réputation de connaître l’alphabet. Il s’agissait souvent de filles qu’il avait ramassées au dancing De Patrijs, et comme à la maison, je partageais le lit de notre Poutrel et qu’il ramenait souvent ses conquêtes, je connaissais surtout ce genre de filles par toutes sortes de détails gênants.

Le butin de notre Herman était totalement différent. Avec sa mélancolie naturelle et sa bouille tristounette, il réveillait chez les femmes l’instinct maternel. Des femmes qui s’occupaient de lui au début avec beaucoup de patience, croyant dur comme fer pouvoir le remettre dans le droit chemin, celui de la vertu. Courageuses. Mais d’une laideur impardonnable. Elles avaient des dentures de cheval qui survivaient aux coups de poing, des yeux exorbités, des mentons à la Habsbourg, et un caractère qui tenait autant de la chienne que de la pie. Elles avaient des voix aiguës et se croyaient toutes mille fois mieux que nous parce qu’elles avaient obtenu à l’occasion un diplôme en comptabilité et déjà vu de près un ordinateur. La tragédie de notre Herman était qu’il épousait et engrossait toutes ses conquêtes, ce qui lui coûtait un max en pensions alimentaires. Et que toutes ces chipies lui interdisaient ensuite par jugement du tribunal de voir ses enfants. Nous pouvions très bien comprendre que les femmes désapprouvent notre style de vie, mais alors elles pourraient avoir la politesse de ne pas nous épouser, en premier lieu.

Ce que je préférais, c’était ouvrir la porte aux femmes pour notre Zwaren. De belles femmes dont je tombais amoureux en secret. Elles avaient de la jugeote en plus, ce qui fait qu’elles le quittaient après un certain temps. À une exception près, elles avaient déjà des enfants d’un autre bonhomme et elles l’utilisaient comme tremplin vers un divorce ou une nouvelle vie. Elles étaient rousses, ou noires, elles avaient un rire où la philosophie brillait par son absence, et venaient de toute l’Europe. Tantôt elles avaient pour nom Vandenbroeck, tantôt Angelowsky, mais elles avaient toutes une certaine classe, si bien que j’espérais que ces dames tiendraient le coup jusqu’à ce que je sois suffisamment âgé pour les souffler à mon oncle et encaisser les baffes que cela me vaudrait certainement.

Peut-être vous ai-je donné envie de faire connaissance avec la famille Verhulst ? Pas sûr. Mais il y en a un au moins qui mérite le détour, c’est Dimitri, qui parvient à extraire de la fange malodorante de son enfance des perles d’humour teinté de nostalgie. Avec le regard attendri mais déterminé  de celui qui s’en est sorti, lui seul a la légitimité de peindre avec objectivité cette famille de branques aux dents pourries imbibés d’alcool à un lectorat aussi fasciné que dégoûté.
Personnellement, j’ai apprécié le côté décalé et marginal, le cynisme, et surtout l’humour cinglant qui baignent ces pages dédiées à une grand-mère « qui voulut s’épargner la honte et mourut tandis que [Dimitri] terminai[t] les dernières pages de ce manuscrit » (on la comprend).
Du Bukowski belge, en somme, mais en plus drôle.

VERHULST, Dimitri. La merditude des choses. Paris, Denoël, 2011. 237 p.

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Platon et son ornithorynque entrent dans un bar … 11 août 2011

Filed under: Documentaire — Christian L. @ 8:00
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En principe, il y a peu d’humour dans la philosophie, sauf peut-être quand Bernard-Henry Lévy se prend une tarte. C’est du moins ce que pense la majorité d’entre nous face à la profondeur de l’abîme intellectuel qui nous sépare de la pensée hermétique des grands philosophes de ce monde.

En revanche, il y a toujours un peu de philosophie dans l’humour. Dans chaque bonne blague, il y a une situation, un raisonnement, une chute qui font appel à des mécanismes issus de la logique chère aux philosophes grecs. On se surprend à rire d’une conclusion inattendue, d’un jeu de mots ou d’une construction fondée sur l’incohérence et la surprise et derrière lesquels se cache souvent en trame de fond une bribe de morale qui trouve une résonance dans notre vécu quotidien.

D’ailleurs, Ludwig Wittgenstein himself avança l’idée qu’on pouvait écrire un ouvrage de philosophie sérieux composé de blagues. Sans doute trop accaparé par des raisonnements tourmentés et des pensées abstraites – et ayant un goût peu prononcé pour l’humour – il ne donna pas suite au projet. Dommage, on aurait aimé rire avec Wittgenstein, surtout le soir avec des amis autour d’une bonne bière …

Il aura fallu attendre la rencontre fortuite entre deux rigolos sur les bancs de l’Université de Harvard pour que ressurgisse ce projet. Au départ, rien ne prédestine Thomas Cathcart et Daniel Klein à faire de l’humour leur fonds de commerce. Diplômés de philosophie, l’un mène une brillante carrière dans le social et l’autre oeuvre comme écrivain et scénariste pour le théâtre. Leur amitié reste indéfectible et quand l’un tient une bonne blague, il la partage immédiatement avec son compère.

Un jour, Daniel en sort une bonne à Thomas et Thomas réagit en déclarant : « Ahah ! Voilà une réponse hégélienne à ce qui devait s’entendre comme une question existentielle. » Le dialogue se poursuit et aboutit à la conclusion qu’il faut écrire un livre de vulgarisation philosophique à base de bonnes blagues et d’humour. Daniel et Thomas louent une chambre de motel et s’y enferment avec une pile d’ouvrages de philosophie et autant de livres de blagues.

Un peu plus tard et après avoir été refusés par quarante éditeurs, ils parviennent enfin à publier Platon et son ornithorynque entrent dans un bar. L’ouvrage devient vite un succès de librairie, d’autant plus facile qu’il réunit à la fois les amateurs de philosophie et les amateurs de bonnes blagues. Il fallait y penser…

Voici par exemple une illustration du raisonnement par analogie que l’on y trouve. Le raisonnement par analogie est un raisonnement par association d’idées, combinaison et synthèse.

Trois élèves d’une grande école d’ingénieurs sont en train de débattre du pedigree exact de ce Dieu qui a conçu le corps humain. Le premier dit : « Dieu doit être ingénieur en mécanique. Regardez toutes les articulations. »

Le deuxième dit : « Je pense que Dieu est un ingénieur en électricité. Le système nerveux a des milliers de connexions électriques. »

Le troisième dit : « En fait, Dieu est un ingénieur civil. Qui d’autre aurait pu faire passer un tuyau d’évacuation des matières toxiques à travers une aire de loisirs ? »

Pouf, pouf, pouf … Et des histoires comme celle-là, il y en a encore plein d’autres pour illustrer d’autres concepts ardus tels que l’existentialisme, l’émotivisme ou le rationalisme.

Et si vous en voulez encore, lisez aussi, des mêmes auteurs, Kant et son kangourou franchissent les portes du paradis ainsi que le sympathique article paru dans Philosophie Magazine qui présente la démarche de ces deux spécimens. Grâce à eux, nous savons maintenant qu’en faisant rigoler les copains avec une bonne blague de caserne, nous sommes tous un peu des philosophes. Ca fait du bien au melon, merci les gars…

CATHCART, Thomas ; KLEIN, Daniel. Platon et son ornithorynque entrent dans un bar. Paris, Seuil, 2008. 253 p.

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La ville des voleurs 11 juin 2011

Filed under: Roman — Françoise A. @ 8:00
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1941, Leningrad est assiégée par les nazis. Les gens ont faim et froid, tout le temps. Lev, 17 ans, fils d’un poète juif « disparu » veille sur le toit de son immeuble avec ses copains. Trop jeune pour s’enrôler dans l’armée rouge, il est responsable du service incendie. Lorsqu’un parachutiste allemand leur tombe presque dessus, la tentation est trop forte. Les jeunes gens entreprennent de dépouiller le cadavre, afin de chercher s’il n’y aurait pas quelque chose à manger ou à boire. Hélas la patrouille les repère. Lev, toujours galant, laisse passer la petite Vera avant lui. Résultat, il est le seul à être embarqué en prison et sait très bien qu’il encourt la peine de mort.
Arrive dans sa cellule Kolya, beau parleur, et beau tout court. Kolya est le type même du vrai aryen, blond aux yeux bleus, alors que Lev se trouve laid et a horreur de son gros nez. Kolya risque aussi d’être fusillé, car il a quitté son bataillon de l’armée rouge. Cela ne l’empêche pas de garder son calme, de parler à Lev littérature, puis de s’endormir d’un sommeil paisible…
Miracle, le lendemain matin, le voleur et le déserteur, dixit le colonel, ont un sursis. S’ils parviennent à réunir une douzaine d’œufs d’ici cinq jours, ils seront graciés. Pourquoi cette lubie me direz-vous, alors que tous les habitants en sont réduits à manger un horrible pain de sciure? et bien, c’est pour faire un gâteau pour le mariage de la fille du même colonel. Tout le roman de Benioff raconte la quête de cet incroyable duo à la recherche de ces incroyables œufs.

Voici un court extrait qui résume bien les rapports entre les personnages, et le ton du roman. Avant de quitter la ville, Kolya regarde Lev dans les yeux et lui dit:
« – Ne t’inquiète pas, mon ami… Je ne te laisserais pas crever comme ça.
  – J’avais dix-sept ans et j’étais un imbécile : je le crus sur parole »

Lev et Kolya se retrouvent aux prises avec des cannibales, des Einsatzgruppen, des cadavres de toutes sortes, humains et même canins. Pourtant, malgré ces scènes d’une violence inouïe, on ne peut s’empêcher de rire et de sourire très souvent. Un de mes passages préférés est celui de la rencontre avec la malheureuse poule « Chérie ». La description de la bestiole découverte sur un toit, puis ramenée avec moult précautions dans l’appartement d’une des nombreuses conquêtes de Kolya, est d’une irrésistible drôlerie. Je vous laisse découvrir la conclusion de cet épisode cocasse…

J’ai beaucoup aimé le personnage de Lev, ado lucide insomniaque, tourmenté par l’éveil de sa sexualité et par sa judéité. « Pour ma malédiction, [explique-t-il] j’avais hérité du double pessimisme des Russes et des Juifs- deux des plus mélancoliques tribus de la terre».
Kolya, le bourreau des cœurs, arrive à percer la carapace de cette mélancolie, grâce à son humour et à ses bons conseils. Il se présente expert « en filles, en littérature et en échecs ». Pour les filles et la littérature, c’est en partie vrai; pour les échecs, c’est plus discutable. Quoiqu’il en soit, lui-même a ses propres blessures, littéraires ou intestinales, mais garde toujours une élégance certaine.

David Benioff présente  l’histoire de Lev comme celle de son grand-père. Je ne me prononcerais pas sur la véracité de ce récit. En tous cas, j’ai marché à fond!

Benioff, David. La ville des voleurs. Paris, Flammarion, 2010. 365 p.

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L’auteur dit s’être inspiré de deux livres Kaputt de Malaparte qui fut correspondant de guerre sur le front est, et, pour le siège de Leningrad,  des Neuf cents jours de Harrison E. Salisbury.

 

Roman noir contre le coup de blues 3 mai 2011

Filed under: Roman — Françoise A. @ 9:39
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Vous n’avez pas le moral ? l’ actualité vous déprime ? Un excellent remède contre la morosité : le roman noir de Michael Z. Lewin Les chiens sont mes amis.
Jan Moro se nourrit des poubelles des bistrots, dort dans des cabanes de chantiers, a rencontré Rosie dans une laverie automatique et l’aime, même si elle est partie en vacances avec sa sœur. Ne dites surtout pas à Jan qu’il est SDF. Il est un entrepreneur astucieux un peu dans la débine, mais jamais à court d’idée.

Exemple d’idée pour les fumeurs!
Mon idée de génie pour leur venir en aide, c’était de fabriquer une cagoule, une espèce de demi-masque. Le fumeur la remonterait sur son nez et sur sa bouche, et elle serait construite d’une certaine manière pour se fixer hermétiquement devant son visage et retenir la fumée. Comme ça, personne ne pourrait plus se plaindre et les fumeurspourraient se balader à leur aise en entrant dans tous les magasins et tous les restaurants qui leur feraient envie

L’un dans l’autre, à force de vouloir trouver et placer l’idée qui fera décoller sa petite entreprise, il se retrouve coincé indic chez les flics en ayant dénoncé un trafic de chiens, et collaborateur débutant de Big cigar, le plus grand mafieux de la région. Je vous rassure tout de suite: Jan, coupable de gentillesse incurable, s’en sort malgré tout. Le résultat est un très bon moment de lecture, à recommander sans modération.

Lewin, Michael Z. Les chiens sont mes amis. Monaco, Outside, 2010 (Thriller). 244 p.

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Rire avec sa mamie 23 décembre 2010

Les fêtes de Noël, le passage d’une année à l’autre, pour nos mamies ces moments sont parfois un peu difficiles.  Souvent seules, isolées, elles peuvent se sentir inutiles, être gagnées par la mélancolie, la nostalgie et glisser lentement dans la dépression comme la « Mamika » (« ma petite mamie », en hongrois) de l’auteur de ce livre.
Ainsi, pour éviter que sa grand-maman ne se perde définitivement dans des pensées noires, Sacha Goldberger, célèbre photographe français, l’a prise sous le bras pour la mettre au centre de ses délires photographiques. Au début du projet en 2006, cette dame de presque 90 ans résiste. Elle rechigne à poser, se force à sourire, les photos sont mauvaises mais le petit-fils insiste. Qu’est-ce qu’il a bien fait ! Il nous dit que petit à petit Mamika prend du plaisir, se pique au jeu jusqu’à maintenant lui réclamer : « Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait de nouvelles photos, t’as pas de nouvelles idées ? ».
Qu’est-ce qu’ils ont dû s’amuser ces deux-là quand on voit le résultat : un livre avec des dizaines de photos de sa grand-mère toutes plus insolites et amusantes les unes que les autres. Difficiles de décrire le look de la mamie avec ses grosses chaussures et ses skis au bout de ses jambes nues, en position de schuss, prête à dévaler ses escaliers ; la même regardant à travers deux rouleaux de papiers de WC rose comme s’il s’agissait de lunettes d’approche ou buvant à la paille le contenu d’une bouillotte. Non seulement ces photos donnent à rire mais elles font aussi la peau au jeunisme ; elles nous rappellent que vieillir peut arriver à chacun et qu’il vaut mieux le vivre bien sous peine de virer à l’aigre.
Pour vous donner une meilleure idée de ces mises en scène, allez faire un tour du côté du blog du photographe, vous verrez que la Mamika n’est pas seulement une véritable comédienne mais aussi une super agente de vente pour les travaux de son petit-fils.
Ma photo ci-dessus montre bien que les grands-mamans qui fréquentent les bibliothèques municipales genevoises ne sont pas tristes non plus. Elles sont prêtes à tout, ou presque, pour vous souhaiter une « bonne année » .
La morale de ce billet : rire encore et encore et sans aller jusqu’à déguiser votre grand-mère, ni « bloguer » avec elle, offrez-lui simplement le livre Mamika et passez un moment en sa compagnie, histoire de partager vos fous rires. Comme l’affirme si justement la sagesse populaire, rire prolongerait la vie, alors pourquoi s’en priver ?

GOLDBERGER, Sacha. Mamika. Paris, Balland, 2010
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