L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

En attendant les barbares 8 avril 2009

Filed under: Roman — davide @ 9:46
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waitingforbarbariansMes collègues vous diront (surtout en mon absence) que je change d’avis face à un livre autant qu’un bouledogue lâche son os ou un actionnaire ses dividendes. Et c’est pour cela que j’inclus En attendant les barbares de Coetzee à mon dossier à charge, car je n’imaginais pas le finir.

Le livre narre une année de la vie du Magistrat, représentant mollasson d’un empire non nommé mais quand même sacrément familier dans ses idéaux, alors qu’il fait vivoter un poste frontière dans un territoire occupé inhospitalier, et se consacre avant tout à l’archéologie en amateur, et au stupre (en amateur aussi). Cependant, le territoire est suspecté de pulluler de barbares, et le Troisième Bureau de l’Empire y dépêche un représentant bien droit et zélé qui se rend vite compte (car le garçon est finaud) que le Magistrat vit un peu trop en bonne entente avec l’ennemi, et ne démontre pas suffisamment de courage guerrier. S’ensuivent une expédition et une rafle au sein de la population indigène, dont les prisonniers seront dûment torturés avant que le représentant ne retourne à son Empire, très content de lui. Or le Magistrat sombre peu à peu dans la culpabilité lyrique et lie une relation plus qu’équivoque avec une jeune barbaresse ayant subi les bonnes grâces de la civilisation.

Je passe rapidement sur la partie centrale, qui voit le Magistrat se complaire en réflexions profondément métaphysiques alors que les personnages secondaires sont un peu transparents, car je  me suis réveillé en sursaut vers le dernier tiers du livre lors d’une scène de torture célébrant le retour des représentants de l’Empire (qui devient de plus en plus reconnaissable au fil du roman), ayant enfin l’impression que le fil narratif commençait à suinter le sang, la mort et l’horreur qu’une telle mise en scène suppose. La détresse humiliée et humiliante du Magistrat humaniste lors de sa condamnation (je ne gâche rien, franchement, c’était aussi prévisible que le nombre de jours de révolte gastrique que je subis à la suite des fêtes de fin d’année), la brutalité stupide et la stupidité brutale de ses tortionnaires, la fascination transie des villageois devant la descente de leur vie quotidienne dans l’abus et la misère, tout cela sonnait juste. Ajoutez à cela une fin diablement dénuée de toute mise en scène dramatique, et vous avez En attendant les barbares, un livre peut-être pas essentiel… mais aucun livre n’est essentiel, alors lisez-le.

 

COETZEE, John Michael. En attendant les barbares. Paris, Seuil, 2000 (Points ; 720). 248 p.

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