L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Billet doux 5 juin 2009

Filed under: Roman — Roane @ 10:28
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P1000735Si comme moi, vous aviez aimé Entre les murs de François Bégaudeau (le livre, je précise, car le film ne m’a pas convaincue). Si comme moi, vous avez vu  ledit Bégaudeau à la TV et que même si vous l’avez trouvé prétentieux, arrogant, voire même à baffer, vous vous êtes dit : « Ne nous arrêtons pas là-dessus ». Et si encore comme moi (décidément, on est faits pour s’entendre), malgré les très mauvaises critiques de son dernier livre vers la douceur (sans majuscule à v, ce serait tellement commun…), vous avez malgré tout très envie d’y jeter un oeil. Alors, faites encore comme moi et empruntez-le dans votre bibliothèque préférée. Mais surtout, ne l’achetez pas ! Désolée, amis libraires, mais promis, l’argent économisé par ces milliers d’assidus de notre blog (!) sera investi dans l’un de nos nombreux coups de coeurs. Laissez donc vos bibliothécaires acheter ce livre pour vous. Mais qu’on se le dise, le prochain Bégaudeau, ni les bibliothèques, ni vous ne l’achèteront… Car, que dire de ces 200 pages, sinon qu’elle atteignent le sommet de la nullité. Le livre qui ne sert à rien. Mal écrit, gonflé (comme l’auteur) de phrases tordues, écrasées, malmenées comme si on voulait leur donner à rendre quelques précieuses gouttes de style. Mais tout est sec, sec, sec. Et suspendues à la corde à linge, les phrases attendent seulement d’être terminées.

C’est une addition de petits trucs d’espace et de temps et au bout du compte voilà.

Abusant de la répétition comme d’une lessive (pour rester dans la métaphore) corrosive, l’auteur n’arrive qu’à faire mousser sa lectrice (et peut-être trémousser son lecteur).

Il parcourt sans s’user un kilomètre à pied, il parcourt sans s’user un deuxième kilomètre à pied, il parcourt un troisième kilomètre à pied sans s’user les souliers.

Si je vous dis encore que l’une des pauvres filles de ce roman se prénomme Bulle, on plouffe de rire. Lessivée par tant d’esbroufe, ma patience a bien vite pris un coup dans l’aile (cuisse serait plus exact dans le contexte). J’ai commencé alors à sauter des morceaux pendant que les héros virils Bruce, Jules, Gilles et les autres s’adonnaient à d’autres sauteries. A ce stade de ma critique, il faut quand même que je vous dise que le fond vaut bien la forme, donc des peanuts. Le personnage principal a trente-cinq ans et son obsession principale  est de sortir avec une femme de plus de quarante ans.

Elle dit qu’à y regarder de près une femme de quarante-six ans c’est peut-être pas très reluisant. J’ai dit qu’avec une culotte bien gainante ça allait.

Passé de quelques lourdes années cet âge critique, la lectrice que je suis attend alors de l’auteur une sacrée dose de talent et d’humour pour faire avaler ses cannettes de machisme. Tu rêves, ma vieille ! Pas drôle du tout, du primaire à l’état pur, sans habillage. Et voilà que l’auteur nous en rajoute une dose. Faut que les « gonzesses » aient des « gros culs » pour être baisables (et des petits pour être aimées, bien sûr). Dire qu’il était prof (heureusement en congé pour le moment) chargé d’éduquer la jeunesse ;  les bras m’en tombent avec le reste, ce qui n’arrangera pas mes affaires auprès de ceux qui se reconnaîtraient dans les personnages de ce roman. Rassurez-moi, hommes de trente ans, vous n’êtes pas tous ainsi ? Dites-moi que ce roman n’est pas celui d’une génération comme il a parfois été dit dans les critiques, mais plutôt celui d’un romancier « exceptionnel » ! Plus on avance dans l’histoire, plus on se dit que rien n’arrivera d’autre que la vanne sur la nana qu’on se fera ou pas, la philosophie d’accros aux ballons ronds, ovales ou de rouge. C’est en surfant souplement entre les lignes, déguisée en trentenaire belle et rebelle que me voici enfin arrivée au bout. Et alors, c’est là que le titre fait sens : vers la douceur… de refermer et vite oublier ce livre.

BEGAUDEAU, François. vers la douceur. Paris, Verticales-Phase deux, 2009. 202 p.

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contre les jouets sexistes 27 février 2009

Filed under: Documentaire — davide @ 5:19
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contre_les_jouets_sexistesLe thème est simple : les jouets que nous offrons (pour être plus précis : que VOUS offrez, ou avez offerts à vos enfants), sont un des vecteurs principaux de comportements machistes, de la soumission acceptée et de l’inégalité de traitement dans la plupart des domaines de la vie en société entre les femmes, et les hommes.

 

Je plaisante.

 

En fait, on commence par une explication rapide de la notion de genre, différente de la notion de sexe. Ceci conduit à une analyse plus poussée de certains cas de figure où les auteurs soulignent et explicitent les comportements que génèrent certains jouets, mais aussi quels comportements et points de vue adultes entourent l’utilisation de ces jouets. On découvre par exemple que la plupart des jouets sont destinés à un genre bien défini (panoplies diverses associées à des corps de métiers, miniatures d’ustensiles ménagers), mais aussi que leur valeur est de ce point de vue différente (une petite fille utilisant un établi de petit chimiste est tolérable mais un petit garçon jouant à la poupée beaucoup moins).

On en apprend également un petit peu sur les stratégies publicitaires des vendeurs de jouets, qui non seulement s’appuient, mais usent et abusent d’une imagerie profondément primitive (et j’insulte ainsi le primitivisme). Les figurines de héros pour petits garçons, par exemple, ne sourient guère et sont rarement, d’un point de vue physique, des prétendants à la prochaine académie des étoiles. Imaginons une poupée Barbie sans son 91/54/79, sa blondeur et son sourire dentu : impossible.

Bref, au fil d’exemples bien reliés entre eux, on nous montre ici à quel point le rôle sexué des enfants est véritablement dicté par leurs jouets (et les attentes de leurs parents). D’un côté les filles sont éloignées des objets encourageant l’intérêt pour les sciences dures, les activités physiques ou professionnelles violentes et sciemment préparées à leur rôle de mère ou d’objet (je dis objet mais c’est une autre mot auquel je pense, je vous laisse le découvrir par vous-même), où leur seule valeur repose sur la capacité à répondre aux critères de beauté imposés par leur milieu et à se tenir tranquilles (au propre comme au figuré).

Le petits garçons ne sont pas en reste : il est exigé d’eux qu’ils soient vifs, actifs, bruyants, mais aussi violents, impitoyables, prompts à considérer la compétition comme seule et unique voie d’existence sociale.

Je m’étendrais plus longtemps sur cet ouvrage, mais je n’en ai pas besoin : il est intéressant, foisonnant d’exemples, seulement un petit peu en reste d’objectivité, mais il illustre avant tout un état de fait.

J’en profite ici pour dire ceci aux adeptes du « [voix geignarde] mais si tout le monde fait déjà comme ça à quoi ça sert d’essayer de changer le monde » : inutile d’essayer de changer le monde, en prendre véritablement conscience est déjà un pas de géant.

Finalement, ce livre est tout simplement nécessaire à tout jeune parent, mais connaissant leur susceptibilité, évitez de le leur offrir, même comme plaisanterie.

Enfin, moi je le ferai, mais bon.

 

COLLECTIF. Contre les jouets sexistes. Paris, Echappée, 2007 (pour en finir avec). 158 p.

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