L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Du sang plein les mains 9 février 2011

Filed under: Polar — thierry @ 2:44
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La fille du gouverneur de Louisiane est enlevée. Toutes les polices du coin, le FBI, tout ce qui porte un uniforme est sur le pied de guerre pour la retrouver. Très vite Ernesto Perez, 80 ans, se dénonce et dit savoir où est la fille. Mais il ne le dira qu’à deux conditions : il veut pouvoir raconter sa longue vie et la raconter à une seule personne : Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire de Washington. Et il ne racontera sa vie à personne d’autre. Quand il aura fini, alors il dira où est la fille.
Ray Hartmann, lui, n’a vraiment pas que ça à faire, d’aller écouter un vieux raconter sa vie à l’autre bout du pays alors que sa femme le quitte, sa fille l’aime même si elle n’en peut plus d’être déçue par son père. Mais Ray est un bon gars et il se dit que si la vie de la fille du gouverneur est en jeu, il écoutera cet Ernesto Perez raconter sa petite vie.
En fin de compte, il ne sera pas déçu, parce que la vie d’Ernesto est plutôt riche. Il a été un tueur à gages de la mafia et malgré que son nom soit totalement inconnu de la police, il a tué plusieurs dizaines de personne tout au long de sa vie. Très vite Ray se rendra également compte que ce n’est pas par hasard qu’il a kidnappé la fille du gouverneur, celui-ci étant sans aucun doute devenu grâce à la mafia un homme politique si influent. Au moment de l’histoire, nous sommes en 2006 et Ernesto va raconter plus de 50 ans de l’histoire de la mafia vue de l’intérieur, de ses yeux d’employé payé par de redoutables parrains. De Cuba à Chicago en passant par Las Vegas et La Nouvelle-Orléans, la vie d’Ernesto a été étroitement liée à plusieurs affaires mafieuses : les morts de la famille Kennedy, les luttes de clan entre les Italiens, les latinos et les Irlandais. Bref, Ernesto en connaît long.
Bien sûr, les scènes extrêmement violentes, les tueries, les manipulations seront présentes tout au long de son récit mais en même temps tout comme Ray Hartmann on se prendra de sympathie pour Ernesto, pour sa femmes et pour ses deux adorables jumeaux. Etrange, non ?
Les jours passent, Ray veut retrouver sa famille à Washington, la police patauge complètement dans l’enquête de la fille du gouverneur, mais Ernesto n’a pas fini son récit et on sent bien qu’il aura le dernier mot et que sa vengeance sera implacable et fulgurante…

ELLORY, Roger Jon. Vendetta. Paris, Sonatine, 2009. 651 p.
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Gomorra 31 octobre 2008

Filed under: Documentaire — davide @ 10:37
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Bon. Voici un livre pour lequel j’aurais vraiment, vraiment voulu avoir quelque chose de drôle à écrire ; une petite anecdote personnelle marrante, une bonne critique cinglante sur le manque de reconnaissance envers ce qui semble être un des systèmes socio-économiques italiens les plus performants sur la durée selon l’auteur, mais en fait je ne me sens vraiment pas d’humeur à ce genre de plaisanterie.

Le premier reproche que l’on pourrait faire à Saviano pourrait porter sur la quantité d’émotion désespérée et larmoyante dont il ponctue le documentaire objectif que l’on serait en droit d’attendre ; le fait est que si l’on fait l’effort d’imaginer une vie dans un lieu touché  par les statistiques évoquées tout au long du livre, on s’aperçoit rapidement que la colère et la tristesse de l’auteur ne sont pas uniquement le produit d’une quelconque origine méridionale mais une réaction qui tend à prouver que l’observateur qu’il est a encore une âme et une conscience. Par comparaison, je suis souvent un peu triste et en colère face aux événements qui surviennent dans mon pays natal, alors que ce qui s’apparente le plus à une organisation criminelle active dans ma région d’origine sont les ordres de moines franciscains.

Mais bref, ce qui impressionne est que malgré, ou grâce, à cette colère, l’auteur a fourni un véritable labeur de bousier à non seulement compiler des résultats d’enquête, des articles et des analyses, mais aussi à prendre en compte une foule de petites histoires personnelles, de rencontres et de sa propre expérience sur le terrain sans jamais tenter d’y trouver une explication rationnelle ou même logique. La mise au même niveau de tous ces éléments pourrait mettre en doute leur véracité, mais les chiffres sont à priori vérifiables et vérifiés, et les histoires, ma foi, si l’on n’a pas greffé sur les yeux une quelconque paire de lentilles teintées de rose fuchsia, sont crédibles.

On ne peut pas non plus reprocher à l’auteur une quête du sensationnalisme ; de nos jours, le crime organisé n’est plus un sujet vraiment vendeur (hier c’était l’engouement de 90% des jeunes pour le parler racaille, aujourd’hui l’ire du président français face à son effigie vaudou en vente libre ou la nécessité de consommer comme si la civilisation en dépendait car l’euro est moins cher) ; Saviano s’est attaqué à un sujet ingrat, non seulement dans son pays, où visiblement une bonne partie de certaines régions sont dépendantes de leur participation au système criminel ne serait-ce que pour avoir le droit de vivre, et où l’on peut imaginer le malaise à dénoncer sur place ceux qui fournissent travail, logement, nourriture et voirie, mais aussi à l’étranger, où tout le monde s’en fout démocratiquement.

Et c’est là que le travail de Saviano s’avère le plus intéressant, du moins pour moi. Etant italien, j’ai une vague idée de certains des tenants et aboutissants des systèmes de crime organisé dans ce pays; ce que j’ignorais, c’est que ces systèmes ont acquis de véritables lettres de noblesse en collaborant de manière active et rentable avec l’économie « propre » (au sens le plus figuré possible) dans d’autres pays, que ce soit en fournissant des contrefaçons d’une qualité comparable voire meilleure que les originaux en particulier dans le domaine de la mode, haute et basse couture confondues, mais aussi en faisant circuler de sympathiques sommes d’argent là où l’on en a le plus besoin (ou : là où les gens qui ont déjà bien assez, voire trop, ne sont pas contre le fait d’avoir beaucoup plus), dont les sources sont maintenant bien connues (n’étant pas ingrat, je vous laisse le loisir de deviner de quelles sources il s’agit). Ces connexions peuvent sembler un peu disparates car plutôt que les regrouper par chapitre, Saviano les fait évoluer de manière organique, en les entrecoupant d’apartés pas immédiatement clairs, mais qui au fil de la lecture font prendre conscience de l’étendue du phénomène observé.

S’il fallait résumer mes impressions à la fin de ce livre,  je serais tenté de dire qu’il est aussi parfait, et donc totalement déprimant et voué à un échec commercial. Le plaisir voyeuriste à voir la misère des autres est contrebalancé par le sérieux des enquêtes et de leur développement, et le détachement satisfait que l’on pourrait avoir face à une série de statistiques parfaitement représentatives de l’efficacité d’un modèle économique capitaliste n’est juste pas possible, à moins d’être un fervent adepte du new public management et donc voué au premier cercle de l’enfer. Il s’agit donc d’un livre que l’on voudrait oublier au plus vite, ce à quoi je vais faire l’effort de résister le plus longtemps possible. Vous, c’est votre affaire.

Bonjour, merci et bonne lecture.

SAVIANO, Roberto. Gomorra : dans l’empire de la camorra. Paris, Gallimard, 2008. 356 p.

SAVIANO, Roberto. Gomorra : viaggi nell’ impero economico e nel sogno di dominio della camorra. Milano, Mondadori, 2006 (Strade blu). 331 p.

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