L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Les derniers jours de Mussolini 27 juin 2011

Les derniers jours des personnages historiques sont toujours fascinants. Encore plus si leur fin n’est pas due à une mort naturelle. C’est le cas du dictateur fasciste italien Benito Mussolini.

Et qui d’autre que Pierre Milza, grand spécialiste de la période fasciste italienne, pouvait écrire un livre aussi passionnant que Les derniers jours de Mussolini? Le titre porte bien son nom, en effet Milza nous place aux côtés du Duce heure par heure lors de ses trois derniers jours. Un peu comme dans le Paris-brûle-t-il des Lapierre-Collins, un autre livre que j’ai adoré, où l’on vit l’insurrection parisienne aux côtés des insurgés de façon si intense qu’on souffre, qu’on meurt, qu’on crie, qu’on gagne avec eux. Mais revenons au sujet du jour… Un sujet qui, encore aujourd’hui, fait couler beaucoup d’encre et n’a pas une version définitive à défaut d’en avoir une officielle : les partisans italiens, et seulement eux, ont éliminé le dictateur. Il semblerait que ce ne fut pas aussi « simple » que ça. L’auteur étudie, chaque fois que le récit le demande, plusieurs pistes. Même s’il ne prend pas parti, Milza nous donne son point de vue sur la thèse la plus crédible selon sa connaissance et ses recherches.

Ce livre historique passionnant se lit comme un roman.  Un document qui n’occulte aucune piste et qui n’épargne personne, même pas les dérives et assassinats de la part de certains résistants. La lumière de l’histoire,  qui a présenté et démontré le visage noir et criminel de la dictature fasciste, nous évitera de tomber dans la compassion pour ce dictateur qui durant ses derniers jours, est un homme sans pouvoir, malade, et fragile que l’on accompagne jusqu’à sa mise à mort. 

Personnellement je serais très heureux de pouvoir lire un prochain livre de Pierre Milza qui traiterait exclusivement des crimes des hommes de la République de Salò. Autre sujet, le fait qu’aucun criminel de guerre italien n’ai été jugé. Ou enfin, la terrible histoire de l’exécution de 15 antifascistes le 10 août 1944 à Milan sur Piazzale Loreto. Là-même ou le 29 avril 1945, le lendemain de son exécution, Mussolini a été pendu par les pieds pour éviter que son corps exposé ne subisse un lynchage post-mortem de la part de la foule en colère… Colère plus que justifiée.

MILZA, Pierre. Les derniers jours de Mussolini. Paris, Fayard, 2010. 350 p.

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Le fascisme : un encombrant retour 11 avril 2011

Pour faire mon latin, commençons ce billet par présenter l’auteure de Le fascisme: Michela Marzano est une jolie brune à lunettes, donc une intello (ça commence mal). D’autre part, elle est chercheuse, auteur, a été membre de jury, enseignante, blablabla au CNRS (ça ne s’améliore pas).
Difficile d’être surpris que ce puissant cerveau m’ait tout aussi puissamment attiré: il suffit de voir comment son Extension du domaine de la manipulation m’a donné pour l’impressionner envie de ranger mes livres à torse nu (et d’en faire un billet mais cherchez-le vous-même).
Ça ne rate pas, une fois de plus Marzano me refait outrageusement de l’œil en rédigeant ce petit ouvrage. Articulé en trois parties, Le fascisme part d’un rappel théorique des idées de Pasolini et Adorno au sujet de la peste italienne, enchaîne sur un décorticage de la plaie mussolinienne pour tenter d’en épingler les mécanisme sous-jacents, et finit en repérant la réémergence de ces mêmes mécanismes dans nos cultures et sociétés « démocratiques » et « libérales ».
C’est la partie centrale qui est de loin la plus passionnante, tant le travail effectué est méticuleux et bien documenté. D’autre part, sans enfoncer des portes ouvertes, Marzano ne fait que rappeler ce qui est la portée du premier intellect venu, mais qui a été à l’époque méticuleusement ignoré (demandez donc aux 1189 professeurs d’université qui en 1931 plébiscitèrent la chemise noire). D’ailleurs, malgré la brièveté de l’ouvrage, Marzano arrive à démontrer que le cancer fasciste n’a laissé aucun (permettez : AUCUN!) aspect de la vie italienne ininfectée. Pas plus qu’elle ne laisse d’échappatoire à ceux qui collaborèrent et collaborent encore: les inconsistances et les dangers du fascisme sont  évidents, s’en prémunir est aisé pour qui le veut vraiment (mais bon ceci est mon avis).
La dernière partie est la plus ardue à lire: il s’agit d’une analyse pointue, à l’aide des pistes proposées à travers le livre, des méthodes de manipulation grosses comme une maison (mais alors une grosse, trois étages, avec piscine olympique, parc, jardin potager et terrain de pétanque) utilisées par Berlusconi. Ceci est certes déjà pénible (si on a une conscience, bien sûr), mais ce qui fait vraiment mal, ce sont les petits indices qui pointent les schémas similaires chez d’autres notables ou encore dans d’autre types de gouvernement (si je regarde du côté des « libéraux » c’est juste comme ça).
Bref, si vous n’êtes pas à même de tout pardonner pour un bon plat de pâtes, si vous ne pensez pas que la femme est une pondeuse discrète et timide, vous n’aurez aucune réticence à lire ce livre, il ne vous fera que du bien. Il est court, clair, et doté d’une solide bibliographie.
Si vous pensez que tous ces intellos en font trop, qu’il faudrait arrêter de se torturer les méninges pour aller s’éclater en boîte de temps en temps, bref qu’il faut arrêter de voir le mal partout, lisez-le quand même, on en rigolera, plus tard, peut-être…

MARZANO, Michela. Le fascisme : une encombrant retour. Paris, Larousse, 2009 (Philosopher). 184 p.

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La Prise de Makalé 27 octobre 2010

Filed under: Roman — Alessandro @ 4:03
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                                                              Commençons cet article par une information personnelle :  je suis italo-suisse. Ensuite, comme tout être « humain » digne de ce terme, je suis contre toute forme de dictature. Jusque-là, rien d’exceptionnel me direz-vous (quoique… par les temps qui courent… et surtout en Italie…). Je précise cela car j’ai toujours eu une certaine appréhension à lire des livres où les protagonistes sont partisans d’une idéologie dictatoriale. J’ai donc hésité avant d’attaquer (c’est le cas de le dire) La prise de Makalé. Mais Camilleri étant une valeur sûre, je n’ai pas résisté.
Le roman se déroule en 1935 en Sicile. La dictature fasciste est bien implantée en Italie depuis plus de 10 ans et ne connaît aucune opposition. Le protagoniste principal est un jeune garçon de six ans qui se prénomme Michelino. Ce dernier EST le fascisme ! Sous l’emprise totale du Duce, Michelino est le résultat parfait de l’endoctrinement tel qu’il est pratiqué dans les systèmes totalitaires. Il boit les paroles du Duce au point d’avoir chaque fois à l’écoute de sa voix une érection démesurée  : « son pantalon était déformé par la pression de la tête  de l’épervier sur le tissu ». Il est également totalement  sous l’influence de l’Église catholique : « on peut être soldat de Jésus et militant de Mussolini » lui dit le Père Burruano. Enfin, sa famille est avant tout son groupe de Balila (l’équivalent fasciste des jeunesses hitlériennes).
On accompagne durant tout le récit le petit Michelino jusqu’à une fin tragique et surtout inévitable… Nous voici face à  une descente aux enfers, ou plutôt, pourrait-on dire, sans vouloir polémiquer, une montée au paradis… Tenant compte des affinités, des « valeurs » partagées,  et des relations socio-politiques entre l’Etat du Vatican et le régime fasciste
A travers son protagoniste principal, Camilleri nous démontre toute la férocité de la dictature fasciste. Et quoi de mieux que de le faire à travers les yeux d’un innocent petit garçon de six ans… Un innocent qui dès le début  du roman tue symboliquement une colombe blanche…

CAMILLERI, Andrea. La prise de Makalé. Fayard, 2006. 283 p.

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