L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Correspondante à Ramallah 12 octobre 2009

correspondanteLe pire dans ce livre, c’est les dates. Que la dernière chronique que Hass nous livre ici date d’octobre 2003 provoque en moi une frustration sans nom, tant les événements récents auraient pu générer encore plus de ces billets réellement uniques, à ma connaissance.
Voici le profil de la bête : Amira Hass est une journaliste israélienne, fille de survivants de Bergen-Belsen, qui, en 1993, a décidé de s’établir à Gaza, pour y écrire des chroniques pour le journal Haaretz, puis, dès 1997, à Ramallah.
A priori, j’aurais tendance à dire qu’elle cherche un peu les ennuis.
Et, bizarrement au vu de tous les accords de paix, toutes les négociations dont ces régions ont été victimes, elle en trouve à foison. Le problème majeur tient à l’objectivité, une des (la plus importante des) valeurs qu’on peut attendre d’un journaliste. Or, rester objectif quand on est journaliste à Ramallah c’est raconter la multiplication des distances à parcourir pour atteindre un même hôpital selon son appartenance ethnique. Etre objectif, c’est rapporter que l’âge limite pour une balle dans la tête, c’est douze ans (mais les snipers sont très bien entraînés, rassurez-vous). Être objectif c’est parler de familles fuyant leur abri de fortune pendant la nuit devant un bulldozer. C’est également rapporter que plutôt que la ferveur religieuse c’est le simple et très humain dégoût de la vie qui fournit la chair à canon des attentats suicides. Qu’un chef éclairé est peut-être bien moins que cela, ou que pour les caméras de télévisions le deuil des familles n’est rien de rien, et que pour certains pontifes religieux, quelle que soit la religion, leurs ouailles ne sont que de la ressource humaine à exploiter, que des enfants déchiquetés par les bombes portées par des enfants à peine plus âgés qu’eux, c’est saint. Que le caractère sacré de la vie devient relatif.
Du coup, cela explique bien que les auteurs des lettres d’insultes et menaces de mort à Amira Hass pensent qu’elle n’est pas très objective.
Finissons sur une note technique : une écriture digeste et lisible, des sujets intéressants à plusieurs niveaux, des exemples de terrain avec des conclusions plus générales et aucune amnésie sélective.

P.S. : pour la petite histoire, Mme Hass s’est fait arrêter le 12 mai dernier à son retour de Gaza vers Israël, pour avoir contrevenu à la loi qui interdit d’être domicilié sur un territoire ennemi, et a été relaxée en attendant sa comparution devant un tribunal. Quelle coquine, cette Amira !

HASS, Amira. Correspondante à Ramallah: articles pour Haaretz, 1997-2003. Paris, Fabrique, 2004. 283 p.

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