L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Une année studieuse 23 mars 2012

Filed under: Roman — chantal @ 8:03
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Une bouffée de fraîcheur avec ce roman qui nous plonge dans  Paris, le temps d’une année, 1966-67. C’est l’histoire d’Anne, jeune fille de 19 ans qui tombe amoureuse de Jean-Luc, oui c’est bien de JLG qu’il s’agit.

Ni une ni deux,  elle lui envoie un mot aux Cahiers du Cinéma pour lui dire qu’elle « aimait l’homme derrière « masculin féminin » ».

A partir de là ou presque, on suit Anne en compagnie de Jean-Luc, mais également au milieu de quantité de personnages. François Mauriac, l’écrivain est le grand-père d’Anne. A Nanterre, où elle commence des études de philosophie, elle croisera Dany, (Daniel Cohn-Bendit). Ils passeront une journée magnifique accueillis par Jeanne Moreau. On croise  beaucoup de monde du cinéma et du théâtre, mais le livre est tout autre chose qu’une liste de gens célèbres.

C’est une rencontre amoureuse dans une époque où vivre sa liberté pour les jeunes filles est encore compliqué, ce sont les prémisses de mai 1968, les choses sont en chemin.

Anne nous fait partager ses propres craintes comme celles de son amoureux, comment, lorsqu’on vient de se rencontrer, on a si  peur déjà de perdre l’autre, mais aussi les joies de la rencontre nouvelle tout à s’offrir des cadeaux et à partager les choses qu’on aime.

Anne est très enthousiaste et en même temps timide.  Elle doit gérer sa mère, sa vie familiale entre études et sorties et sa vie amoureuse avec Jean-Luc. A cette époque elle est encore mineure, et sous la tutelle de son grand-père. C »est une fille très mature et très déterminée qui va vivre beaucoup de choses intenses durant cette année.

Elle arrive toujours  à ses fins, que ce soit pour se faire remarquer auprès de Jean-Luc, pour imposer ses études de philo, ou pour faire accepter sa chienne Nadja dans sa famille par exemple. Ce qui me fait penser à ajouter que le roman, outre les références au cinéma, est truffé de références littéraires, notamment au travers des livres que Jean-Luc offre à Anne.

Une écriture fluide et l’histoire d’une belle rencontre amoureuse. Entre le tournage de La chinoise, les  cafés parisiens et les salles de cinémas, Anne nous raconte son année studieuse, tout en délicatesse.

En tout cas, moi j’ai trouvé ça très romantique….

WIAZEMSKY, Anne, Une année studieuse, Gallimard, 2011, 262 p.

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Du domaine des murmures 15 novembre 2011

Filed under: Roman — chantal @ 12:45
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Pour les fans de Carole Martinez, enfin pour ceux qui ont adoré Le cœur cousu, son premier et précédent roman, on peut se réjouir d’avoir une nouvelle perle à dévorer. Elle nous emmène à nouveau dans des contrées lointaines mais cette fois on se retrouve au moyen-âge dans une ambiance religieuse ou guerrière.  Il y a ceux qui habitent le château et ses alentours, puis ceux des domaines avoisinants, et le monde extérieur, loin, où seuls les hommes peuvent s’aventurer pour guerroyer ou répandre la foi chrétienne. Un monde masculin dans lequel les femmes ont peu de marge de manœuvre, elles sont là pour enfanter ou prier.

 Plus dans le vif du sujet, que dire sans tout dévoiler… L’héroïne du roman, une jeune pucelle de quinze ans, Esclarmonde, va commettre un acte violent dans l’Eglise face à Lothaire, son fiancé, contre la volonté du père, le châtelain, un acte inattendu qui fait suite à une décision bien mûrie, devenir recluse, un acte choquant qui va transformer sa vie et aussi celle du château. Afin de pouvoir rester libre elle va se faire emmurer à côté de la chapelle. Sa voix s’impose pour la première fois.

Dès ce moment, tout bascule et elle vit enfermée derrière les barreaux d’une fenestrelle, elle est jugée, magnifiée ou méprisée, mais surtout idolâtrée, elle passe pour sainte.  La voix d’Esclarmonde et ses visions créent un univers mystique et surprenant. Elle jette en quelque sorte les dés, le royaume est apaisé, la paix règne mais il y aura un point de rupture. La violence engendre la violence et le sang reflue…

Les personnages sont puissants et forts, blessés, desespérés, on partage leur tristesse et leurs combats respectifs, chacun est pris dans une douleur personnelle et est amené à aller jusqu’au bout de son choix.

Carole Martinez  inscrit encore une fois la notion de liberté et de combativité des femmes dans son roman.  On y retrouve aussi les croyances et  les superstitions des personnages, son style  d’écriture magique qui nous emporte dans cette époque mystique et parfois sombre. C’est une conteuse et son monde est merveilleux, son écriture détaillée et précise. Tout en finesse, à lire absolument !

Elle vient de recevoir le prix Goncourt des lycéens 2011.

MARTINEZ, Carole. Du domaine des murmures, Paris, Gallimard, 2011. 200 p

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Ces victimes du nazisme dont on ne parlait pas 18 avril 2011

Filed under: Roman — Françoise B. @ 8:00
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Je n’avais encore rien lu de Didier Daeninckx, auteur pourtant prolifique. Lorsque Galadio, son dernier roman, a croisé mon regard, je l’ai de suite emporté… et ne l’ai pas regretté.

Ulrich est un adolescent métis. Il est très doué en natation. Jusque là, rien d’extraordinaire. Pourtant, un jour, on lui interdit l’accès à la piscine. Quelque temps plus tard, il est emmené de force dans une clinique pour y subir une opération… très particulière. Scénario d’un film d’horreur ? non, la vérité est plus crue : nous sommes en Allemagne, dans les années 30. Les nazis persécutent les Juifs et toutes les personnes à la peau brune. La mère d’Ulrich est allemande et protège tant qu’elle peut son fils issu d’une idylle avec un soldat franco-africain.  Y arrivera-t-elle ? 

J’apprécie quand un roman, en plus du plaisir de la fiction, amène un petit quelque chose à ma culture. Et Galadio a rempli cet office : j’ignorais tout ou presque de ces soldats français d’origine africaine qui, entre deux guerres, ont occupé la Ruhr. De la deuxième guerre mondiale, on a beaucoup écrit, mais très peu, semble-t-il, sur le sort des Noirs en Allemagne pendant cette période troublée. De plus, j’ai apprécié l’écriture de Daeninck qui a très bien fonctionné avec moi : ce livre m’a émue et poursuivie pendant longtemps… il trotte encore dans ma tête.

Voilà un texte court, percutant, instructif, bien structuré, touchant.

DAENINCKX, Didier. Galadio. Paris, Gallimard, 2010 (Blanche). 139 p.

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Mes parents / Fou de Vincent 2 juin 2010

Filed under: Roman — davide @ 11:14
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« Oups », comme le dirait la philosophe Spears, « oups », donc « je l’ai fait de nouveau ». « Oui, mais quoi ? » me direz-vous (en fait, j’embellis, ce que l’on me dit le plus souvent est : « il nous faudrait 400 livrets d’accueil pour l’ouverture dans cinq minutes », ou « ces livres-lus sur CD ne fonctionnent pas, fais quelque chose s’il te plaît ». « J’ai un cours/je suis malade/ responsable de la caisse du mois et ne pourrai ranger les bandes dessinées » est aussi un bon favori, avec « quand vas-tu te mettre à lire des livres NORMAUX ! »)
Bref, reprenons. Un collègue dont je tairai le nom me parlait de littérature française, et n’arrêtait pas de faire allusion à ce Guibert que je ne connaissais pas. Il avait cependant le bon goût d’être passionné, et du coup je me laissai recommander deux de ses meilleurs livres : Mes parents et Fou de Vincent.
Vu leur format quelque peu rachitique, je ne pouvais que les lire l’un après l’autre et les « billetter » ensemble.
Ce que je pense avoir « fait de nouveau », c’est être complètement passé à côté de l’esprit dans lequel ces œuvres méritaient d’être lues, CAR J’AI RI ! Bien sûr pas d’un bout à l’autre de ces romans, et pas toujours d’un gros rire gras accompagné de claques sur la cuisse (pas toujours) mais tout de même, si je devais retenir une qualité dans l’écriture de Guibert, c’est son humour.
Celui-ci est à mon avis plus flagrant dans Mes parents qui, loin des tensions et traumatismes infligés par des parents un peu médiocres à cet enfant qui découvre assez tôt son attirance pour les garçons, nous régale d’une suite de scènes qui oscillent entre le pathétique et la farce, mais où la tendresse et l’amour familial ne sont jamais loin. Une scène qui m’a achevé est celle de la sortie au théâtre (Hervé est fou de théâtre) : il est clair que  ce n’est qu’un prétexte pour fricoter, mais comme s’il savait que sa cause était perdue d’avance, le père finira tout de même par se laisser entraîner à la suite d’un combat physique ayant l’ampleur épique d’un spectacle de Guignol. La relation à la mère, en particulier en fin de vie, est très particulière, et s’il passe par une dramatisation un peu égocentrique, il n’en est pas moins poignant. Le rapport au corps est également un point saillant ; ces corps malmenés dès avant la naissance, des corps malades dans leurs recoins les plus honteux, mais aussi des corps qui donnent accès à un monde de plaisirs intellectuels et charnels.
Cette notion du corps est celle qui m’a donné le plus de fil à retordre dans Fou de Vincent. A priori un roman sur la tragédie d’un amour impossible, il me semble pourtant y avoir détecté l’humour d’une situation ou deux êtres paraissant être faits l’un pour l’autre dans leur débordements n’en peuvent plus de se danser autour, de se faire mille petites tortures exquises, mais qui goûtent finalement à un bonheur un peu doux-amer entièrement voulu.
S’il devait y avoir un côté moins humoristique à Fou de Vincent, c’est à nouveau celui des corps, qui sont avant tout le théâtre de faiblesses, d’ivresses (pas au bon sens du terme, l’autre, celui dont on peut témoigner sur les trottoirs en chemin pour la bibliothèque le samedi matin) et de maladies. Mais là encore, quelque chose fait que ces corps sont transcendés, les squames, humeurs et tares disparaissent et il ne semble rester que le bonheur d’une relation englobant le sensuel et l’éthéré qui tend à la perfection, à mille à l’heure, un peu vouée au néant, mais dont chaque seconde est bue jusqu’à la lie. Mais humour ! quand la réalité vient heurter de plein fouet ces grands sentiments et que Guibert, malgré tout, trouve encore de quoi se réjouir un peu malgré lui-même.
C’est pourquoi je recommande chaudement en tout cas ces deux ouvrages, qui pour de l’autofiction sont remarquablement ouverts sur le monde, lisibles, et DRÔLES !

GUIBERT, Hervé. Mes parents. Paris, Gallimard, 1997 (Folio, 2582). 168 p.

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GUIBERT, Hervé. Fou de Vincent. Paris, Minuit, 1989. 85 p.

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La vérité sur Marie 12 janvier 2010

Filed under: Roman — Françoise B. @ 10:25
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Comme dans Faire l’amour et Fuir, on retrouve dans ce roman Marie, la compagne du narrateur. Le couple séjourne à Tokyo pour l’exposition de Marie. C’est là que surgit Jean-Christophe de G., un gentleman éleveur et propriétaire de chevaux de courses. Il s’éprend subito presto de Marie et la ramène à Paris avec son cheval Zahir, tout ceci sous le nez du narrateur. Ce dernier nous raconte le périple de leur retour comme s’il l’avait vécu lui-même alors qu’il ne fait que rapporter à sa façon les dires de Marie. Une Marie attachante qu’il aime toujours autant, mais aussi très agaçante. Voici un petit extrait qui illustre bien mon propos et qui, par la même occasion, vous donnera une idée du style de l’auteur :

Le policier ouvrit le passeport de Jean-Christophe de G., regarda la photo et le lui rendit, puis il ouvrit le passeport du cheval et se pencha à l’intérieur de la voiture pour examiner un instant plus attentivement le visage de Marie (mais, même dans la pénombre, il était impossible de prendre le visage de Marie pour un cheval). Jean-Christophe de G., se rendant compte du quiproquo, demanda à Marie – Marie distraite, pas concernée – de bien vouloir montrer son passeport au policier. Mais Marie avait toujours été incapable de trouver son passeport quand elle en avait besoin, et, sortant brusquement de sa torpeur, comme soudain prise en défaut, le visage anticipant déjà douloureusement la vanité des recherches à venir, elle fut prise d’un brusque accès de frénésie désordonnée, ce qui la caractérise quand elle cherche quelque chose, se mettant à fouiller désespérément son sac à main et à le retourner en tous sens, sortant des cartes de crédit, des lettres, des factures, son téléphone, faisant tomber ses lunettes de soleil par terre, se soulevant sur place sur son siège en se tortillant pour fouiller les poches arrière de sa jupe, de sa veste, de son manteau, étant sûre qu’elle l’avait avec elle, son passeport, mais ne sachant pas dans quelle poche elle l’avait mis, dans quel sac il pouvait bien être, vingt-trois sacs exactement (sans compter le sachet de sashimi de fugu, dans lequel elle jeta également un coup d’oeil par acquit de conscience). Mais en vain, le passeport restait introuvable.

Suit l’épisode du cheval fou de terreur qui s’échappe sur le tarmac de l’aéroport, et là, l’écriture de Toussaint devient une pure merveille qui m’a propulsée dans la  scène « en live » pour ainsi dire. Comme dans  Fuir, on est littéralement happé par l’action et transporté par la verve de l’écrivain. J’exagère ? Lisez  Jean-Philippe Toussaint pour vous en convaincre. Les romans de cet auteur se situent à l’opposé de ceux composés à 90 % de dialogues, qui ont tendance à me rebuter. Ici, au contraire, pas un seul dialogue à l’horizon mais des phrases parfois longues qui glissent, s’écoulent dans une musique des plus belles. Magnifique, je vous le dis !

TOUSSAINT, Jean-Philippe. La vérité sur Marie. Paris, Minuit, 2009. 204 p.

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Un cannibale, un autisme et un homme des cavernes 15 décembre 2009

Filed under: Polar — thierry @ 12:39
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Grangé remet ca et, comme d’habitude, je le lis et, comme d’habitude, je le dévore sans pouvoir m’arrêter. Donc, pour son dernier roman, il était une fois à Paris une juge d’instruction super compétente professionnellement mais archi nulle socialement, qui décide de prendre en charge une enquête contre l’avis de ses supérieurs. On la comprend, l’enquête est spécialement ragoûtante : on retrouve régulièrement les corps de jeunes dames suspendues par les pieds, le ventre entrouvert afin que tout ce qui se trouve à l’intérieur pendouille vers le bas, avec des traces de morsures sur tout le corps comme si on avait voulu croquer un bon morceau de chair fraîche (et oui le tueur serait un cannibale!), le tout entouré de marques sur le mur faits avec un mélange de sang et d’autres matières que je vous laisserai le soin de découvrir.
Mais bon, au départ, la juge n’est pas censée s’occuper de cette enquête, sa soeur a été tuée de la même manière et son collègue et ami vient aussi de se faire tuer par le cannibale. Son supérieur lui retire donc l’enquête. En plus, son petit ami vient de la larguer. Comme elle a tous les pouvoirs en tant que juge, elle profite de placer sous écoute l’avocat de son ex. Et de manière totalement illégale la voilà en train de s’écouter toutes les consultations du psy. C’est là qu’il lui semble entendre les confessions du cannibale. Elle décide donc de suivre sa trace en free-lance. Son enquête la conduira jusqu’en Amérique du Sud, au Nicaragua d’abord, puis au plus profond de la jungle tropicale d’Argentine. Pendant ce voyage on aura appris deux trois trucs sur l’homo sapiens sapiens, sur les techniques de torture sous le régime dictatorial de la junte militaire en Argentine entre 1976 et 1983, sur les rapports quand même spéciaux entre les mayas et le sang et on sera imbattable sur Totem et tabou de Freud. Génial, donc, ce Grangé même si j’ai quand même découvert qui était le cannibale 50 pages avant la fin.

GRANGE, Jean-Christophe. La forêt des mânes. Paris, Albin Michel, 2009 
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Mon coeur à l’étroit 13 novembre 2009

Filed under: Roman — Françoise B. @ 11:25
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Mon coeur à l'étroitNadia et son mari Ange sont des instituteurs respectés de tous… jusqu’au jour où Nadia remarque qu’on la regarde de travers, qu’on l’évite. Ange a la même impression. Mais pourquoi donc ? Ils l’ignorent tout simplement.
Un jour, les choses prennent une vilaine tournure : sur le chemin du retour de l’école,  Ange lambine, énervant un peu sa femme. Arrivés chez eux, elle comprend : on a dépecé en lambeaux la peau de son mari au niveau du foie. Aïe…  à ce stade du récit, j’ai failli lâché prise, l’arrachage de peau en milieu hostile ne correspondant pas à mes critères de lecture de vacances.
Néanmoins, après 20 pages où je me suis un peu accrochée, je suis tombée dans les filets de Mon coeur à l’étroit sans plus en sortir. Retournons donc à notre histoire : Ange est au plus mal, mais pas question de faire venir un médecin, ce serait signer l’arrêt de mort du malade. Pour couronner le tout, leur fielleux voisin Noguet s’impose comme garde-malade et cuisinier. Que cherche-t-il donc ?
Les questions restent sans réponse tandis que  Nadia s’enlise dans une ville où même les rues se dérobent sous ses pas. Et en tant que lecteur, on observe les personnages, tapi derrière un rideau,  en se demandant la raison d’un tel opprobre. Nadia est-elle victime de racisme primaire ? ou au contraire coupable d’un crime affreux qu’elle devrait expier ? Et s’il s’agissait d’une infâme rumeur ? 
Voilà un roman magnifiquement écrit où le surnaturel tient une place importante. Mais si vous cherchez un roman léger, alors non,  celui-là  vous procurera plutôt un splendide cauchemar éveillé… attachez vos ceintures !

NDIAYE,  Marie. Mon coeur à l’étroit. Paris. Gallimard, 2007.  298 p. (Blanche)

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