L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Penumbra 7 septembre 2011

Ayant la souplesse d’esprit d’un jeune saule dans la bourrasque, j’eus à l’époque fait le deuil de présenter dans Lhibouquineur autre chose (qui ne tombât pas dans les catégories de nos différents blogs) que du livre. Depuis, on m’a permis de présenter du livre audio, donc, me dis-je, peut-être est-ce la brèche opportune pour introduire ici un autre exemple de notre collection de fiction, même interactive.

Et quel exemple est Penumbra : ouverture ! Je le connaissais de réputation, du fait du bruit généré par sa suite spirituelle Amnesia : la descente sombre, mais c’est seulement sur la tranquille suggestion d’un collègue que je m’y suis attelé. Depuis, je suis régulièrement les interventions publiques de ses créateurs qui dans leur domaine sont aussi peu avares de bons produits que de bonnes idées.

Le pitch est le suivant :

L’introduction subtile comme un maillet dans la face nous fait faire connaissance avec Philip, physicien de son état, dont la mère vient de décéder. S’ensuit immédiatement une bonne louche de la sauce du classique de l’horreur lovecraftienne: notre héros reçoit un paquet de son père, censé être porté disparu depuis belle lurette, qui contient:

-des documents en une langue mystérieuse

-une carte du Groenland

-d’impérieuses  supplications à détruire le tout.

N’écoutant que le bon sens propre à ce genre d’œuvre, Philip tente de faire traduire les documents par ses éminents collègues linguistes et, devant leur incapacité, conclut que la seule chose sensée à faire est de tout quitter pour un petit voyage de plaisance, direction: le grand Nord.

Heureusement, cette introduction un brin directive n’est que très brève, et se termine (avec une ironie que l’on pourrait croire voulue), par un Philip au bord de l’hypothermie, perdu au milieu d’une tempête de neige, sauvé uniquement dans sa chute par la seule entrée viable d’une mine abandonnée, celle justement qu’il cherchait.

Est-il utile de mentionner que l’entrée de la mine s’écroule après son passage ?

Donc.

Philip. Dans une mine abandonnée. Au fin fond du Groenland le plus nordique. Avec pour tout équipement une lampe de poche fatiguée et une parka dernier cri. Contre les vœux de son père disparu dans de mystérieuses circonstances.

Je crois que l’aventure peut commencer.

Autant vous dire tout de suite qu’elle ne va pas très loin. La substantifique mœlle de cette œuvre est tout entière faite de l’exploration de cette mine, qui petit à petit révèle ses secrets, de plus en plus proches de Philip, qui par ailleurs a le bon goût de céder à une panique et une paranoïa grandissantes,  gagnant ainsi en crédibilité et en sympathie.

Il faut également relever que la mine elle-même est un décor fort bien réalisé, qui évite les écueils d’une sur-figuration trop explicite, et s’appuie très fort sur notre imagination, avec une brochette de passages plus suggestifs les uns que les autres (je ne me permettrais pas de gâcher quoi que ce soit, je vais donc mentionner que le passage avec les araignées et la langue est le plus sobre et efficace qu’il m’ait été donné de subir).

Bien, abordons les sujets qui feront le plus grincer des dents les bibliophiles purs et durs. Cela devait évidemment arriver car ne l’oublions pas, il s’agit ici de multimédia. Mais là encore, on ne peut que constater une retenue exemplaire. La seule bande son est celle de la respiration du héros, avec quelques très vagues sons ici ou là.

Puisqu’il s’agit d’une œuvre interactive, il nous faut également aborder le sujet du contrôle du personnage. Celui-ci se fait exclusivement par quatre touches de clavier (plus une touche pour consulter l’inventaire, une touche pour consulter les notes de plus en plus folles accumulées, et une touche pour s’accroupir, frissonnant de terreur, derrière quelque gros caillou en attendant que le monstre qui pourrait bien n’être qu’un mirage de notre imagination vacillante ait bien voulu aller se faire geler ailleurs). La vue est dirigée par la souris, qui sert aussi d’outil d’interaction très basique (être à proximité d’un objet permet de le soulever et s’il n’est pas trop lourd de le lancer à distance de physicien, approximativement 20 centimètres). Mais toute ces technicités ne sont vraiment qu’anecdotiques, Penumbra: overture étant très claire sur ce qu’elle attend de son utilisateur: une exploration tout en minutie retenue et en fuite éperdue.

Ce qui me semble diablement adéquat comme conclusion sur cette fiction interactive: une histoire solide nécessitant un saupoudrage de deuxième degré pour la digérer adéquatement, qui fait largement place à une ambiance très réussie qui n’est jamais entravée par la nécessité d’une quelconque dextérité.

J’ai eu peur, et ça fait longtemps.

Penumbra. S. l. , Lexicon, 2007. 1 vol. no paginé.

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Laisse-moi entrer 13 août 2011

Filed under: Divers,Polar,Roman — davide @ 8:00
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Sans être une diva assoiffée de gloire et de reconnaissance, je suis tout de même sensible à l’avis d’autres rédacteurs de blogues, et lorsque la Sentinelle Livresque a fait un billet sur ce livre, j’ai quand même trouvé l’appel de la lecture difficile à résister.

D’une part parce que l’adaptation cinématographique de ce livre m’est absolument bouleversante (mais ça c’est un problème pour eux) d’autre part parce que je n’avais encore jamais lu d’auteur scandinave à part Tove Jansson (ceux qui connaissent son œuvre savent de quoi je parle si j’avance qu’on ne peut la considérer simplement comme « auteur scandinave »).

Ah oui c’est aussi mon premier effort de lecture bit-lit (si j’exclus le billet sur Fascination), ou presque car je doute que les jeunes (et moins jeunes) filles trouvent leur compte dans Laisse-moi entrer

Laissez-moi vous expliquez :

On y trouve du vampire, certes, et il est profondément intégré à l’époque contemporaine, mais Lindqvist n’a en aucun cas essayé d’en faire un succédané mielleux à la figure symbolique de nos plus noires tendances adolescentes.

Les vampires de Lindqvist font peur. Vraiment peur.

Les humains ne sont pas en reste, d’ailleurs. D’abord, ils ne sont pas beaux à voir. Les enfants sont de petits déviants en puissance, s’ils ne sont pas des ados attardés par l’acné et l’abus de colle. Les parents dysfonctionnels ne sont pas juste séparés à l’amiable (mais qui aiment toujours leurs enfants) ; ils sont des lâches, torves, alcooliques (nous y reviendrons), nécessiteux et aveuglés par leur propre mesquinerie (pas de partie de baseball supersonique en vue, donc).

Les héros sont des profs de sport proto-franquistes poètes du patin à glace

M. Ávila, Fernando Cristóbal de Reyes y Ávila, aimait faire du patin à glace. Ça oui

des pochards sociopathes épargnés du vagabondage par le seul système social scandinave :

-Mais tu as bien un peu d’argent.

-Nous somme en Suède, ici. Sors une chaise et place-la au milieu du chemin. Assieds-toi sur la chaise et attends. Si tu sais attendre suffisamment longtemps, quelqu’un viendra et te donnera de l’argent. On prendra soin de toi d’une manière ou d’une autre.

ou encore des caissières suicidaires (elles aussi alcooliques).

Ce n’est pas tellement que Laisse-moi entrer est noir (il l’est, et pas mal), ce qui le distingue des autres romans à bête à crocs c’est qu’il est très, très gris.

Le ciel est bas et gris. Le temps glacial. Les chats victimes de consanguinité. Je n’en dis pas plus car ça serait tout gâcher.

Peut-être souffre- t- il un tout petit peu de sa traduction, mais sans savoir lire le suédois, je ne me prononcerais pas, sauf pour relever une certaine platitude de la langue, ce qui est particulièrement pénible lors des scènes les plus sanguinolentes.

Mais trivialités que voilà! Ce livre est excellent, et ne peut être qu’amélioré par le visionnage subséquent de l’adaptation de Tomas Alfredson (Låt den rätte komma in, ou Morse en français, mais par pitié évitez le remake américain).

LINDQVIST, John Ajvide. Laisse-moi entrer. Paris, SW-Télémaque, 2010. 547 p.

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