L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

L’envers du vent 23 juin 2011

Qui, mais qui donc va lire L’envers du vent de Milorad Pavić (écrivain serbe décédé en 2009) ?

Il faut, tout d’abord, aimer jouer. Car ce livre, tout comme les autres ouvrages de Pavić, font partie de la famille mutante et fascinante de la littérature ergodique. On reconnaît ses membres de la manières suivantes : faut-il, ou le lecteur peut-il, faire mieux que juste tourner la page, lire la ligne pour s’approprier le texte ? Si la réponse est oui : BAM !, littérature ergodique. Citons en exemple, hormis les livres de Pavić, La maison des feuilles de Danielowski, 253 de Geoff Ryman et La nuit je suis Buffy Summers de Delaume.

De plus, il faut aimer l’exercice physique, car la nature en tête-bêche du roman implique qu’à un moment ou un autre il va vous falloir le retourner pour en lire l’intégralité.

Mais pourquoi ? Car Pavić veut aussi vous faire faire un petit effort mental. Pas du genre sudoku du Pontron-minet Azur, mais un exercice plus sournois, plus profond, qui va faire suer votre cerveau sans même que vous vous en aperceviez…

Car en s’appuyant sur le mythe de Héro et Léandre, l’auteur s’évertue à faire vivre ce titre en poussant le lecteur à essayer de voir ce qui est éternellement caché, l’envers du vent étant sa face qui reste sèche lorsque tombe la pluie. Concrètement, les Hero et Léandre de Pavić sont, comme dans le mythe, séparés par un gouffre a priori infranchissable, voire même plusieurs gouffres : le premier étant la manière dont le livre est relié. Les autres seront plus difficiles à cerner, car dans ces deux histoires partageant la même couverture, à priori peu de points communs si ce n’est les nom de nos deux héros, et c’est LÀ qu’intervient l’ergodisme, car le lecteur va se trouver en position de devoir faire des choix et des interprétations. Le premier choix étant : par quel côté commencer ?

Et du coup c’est seulement dans l’imagination du lecteur que nos deux héros séparés se retrouvent…

Sinon, pour lire L’envers du vent, il faut aimer le surréalisme (ou du moins le supporter). Il faut être ouvert aux descriptions un peu non-sensuelles, aux impossibilités physiques et la poésie factuelle.

En enfin, il faut être prêt à ne pouvoir parler de cet ouvrage qu’avec d’autres lecteurs. Pour preuve, nous sommes à la 28ème ligne, et je n’ai toujours pas parlé de l’histoire. Alors c’est parti : côté Héro, c’est l’histoire d’une fille, chimiste, qui commence par donner des leçons de français à des enfants, dont un est absent, puis elle va avoir quelques histoires avec son frère, qui finira par la trahir pour un militaire.

Côté Léandre, c’est l’histoire d’un type qui n’aime pas assez son instrument de musique, et finit par devenir moine puis architecte de l’extrême.

C’est clair, non ?

PAVIĆ, Milorad. L’envers du vent ou le roman de Héro et Leandre. Paris, Belfond, 1992. 117, 111 p.

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La bouquineuse 14 février 2011

Filed under: Roman — davide @ 8:00
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La bouquineuse est un petit livre dont le titre ressemble fort au nom de ce blog. Ensuite…eehh…c’est un livre dans lequel il ne se passe pas grand-chose. Mlle Tamara lit et mange des fruits, et parfois les livres qu’elle lit provoquent des événements surprenants, parfois ce sont les fruits (ce que je connais bien, surtout en ces périodes au cours desquelles je consomme bien trop de mandarines).
Honnêtement, difficile pour moi de vendre ce livre. Le propos (et la couverture) promettait tant : les aventures magiques d’un rat de bibliothèque (et une jeune femme à la chevelure méduséenne, les yeux fermés, la bouche légèrement entrouverte, les joues rosies et un livre MONUMENTAL sur les genoux…je…hum) bref, il faut tout de même reconnaître une construction intéressante à l’ensemble, mais le rythme m’a semblé un peu bancal. D’autre part, j’ai eu l’impression que l’écriture était un peu désuète, avec ici ou là un terme nous rappelant que nous étions bien au 21ème siècle. Mais il est tellement difficile de trouver un lien avec ce personnage, pas forcément fade. C’est juste que Mlle Tamara n’a que peu d’intérêts (ce que je comprends), mais ne les développe pas tant que ça, et semble stagner dans une sorte d’attente de l’événement qui lui remontera la petite clé qu’elle a dans le dos et fera avancer l’intrigue.
Enfin, il faut reconnaître que la chute peut potentiellement se sortir des ornières coulées dans le béton armé qui régissent l’écriture de la plupart des romans contemporains et, comme mentionné plus haut, que le livre est court. Mais il vous faudra ne compter que sur vous-mêmes pour trouver une raison de le lire.

ŽIVKOVIĆ, Zoran. La bouquineuse. Vevey, Xenia, 2009. 121 p.

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