L'Hibouquineur

Le blog de littérature des BM de la Ville de Genève

Salomé : drame en un acte 8 juin 2011

Et du théâtre une fois de plus!

On est en droit de se poser la question: pourquoi diable Davide s’est-il intéressé à ce minuscule livre pas bien lourd de thèses socio-politiques ?

Laissons planer le suspense, et voyons un peu d’où nous vient cet opuscule.

Salomé a été écrit par le célèbre auteur anglais Oscar Wilde en 1891, lorsque, sa renommée assise grâce au Portrait de Dorian Gray, il se laisse un tout petit peu aller à une vie de sodomite parfaitement assumée. A priori cela n’a rien à voir, mais il faut noter que Salomé est écrit en français. Des corrections sont demandées à Adolphe Retté et Stuart Merril. Elles sont cependant assez mal reçues, puisque le dossier est passé au célèbre Pierre Louÿs , enfin je dis célèbre, surtout pour les amateurs de coquineries pseudo-classiques et de vaseline sur les lentilles de la caméra de David Hamilton.

Bref, Louÿs vire une grande partie des corrections, ce qui explique les tournures un peu capillotractées de certaines répliques de cette pièce.

D’autre part, son acte unique, et une certaine densité des personnages mettent le lecteur assez vite au parfum d’un courant émotionnel chtonien à cette pièce. Les personnages sont certes antiques, mais passablement caricaturaux ; cela vaut surtout pour Iokanaan, une espèce de proto-chrétien punk à chien (par le terre-à-terre de ses propos) sans chien, et Hérodote, dont même les infortunés choix matrimoniaux ne pourraient expliquer la tendance au pleurnichage tragique.

La clé du mystère doit être Salomé, que son amour pour Iokannan poussera à le faire sommairement exécuter (après avoir peu subtilement allumé son beau-père).

Alors pourquoi lire cette pièce si particulière? A mon avis, pour se donner l’envie de l’expérimenter par le jeu. En effet, sa représentation est,expérience faite, l’occasion d’un ressenti plus abstrait de ce que Wilde montre sur ces pages (à moins qu’il n’ait juste eu envie d’écrire un truc bien décadent.)

A défaut de vous en trouver une représentation théâtrale à vous mettre sous les yeux, peut-être serez-vous assez courageux pour tenter la vignette interactive « Fatale » inspirée par la Salomé de Wilde aux développeurs belges Tale of Tales (malheureusement en anglais uniquement). Franchement, j’ai essayé, qu’avez-vous donc à y perdre?

WILDE, Oscar. Salomé : drame en un acte. Toulouse, Ombres, 1992. 94 p.

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Macbeth 5 janvier 2011

Filed under: Divers — davide @ 12:30
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Aujourd’hui nous allons faire subir une hausse de 400% du nombre de visites sur ce site et enfin réaliser une des fantasmes les plus immatériels de tout employé dans le secteur de la culture : faire du chiffre !
Le stratagème sera simple : je vais révéler, ici et maintenant, au public et à mes collègues, la recette, le secret de mon efficacité et de mon rythme de production soviétisant :
LA TRICHE.
Et oui. J’ai une multitude de petites combines qui pourraient bien faire de moi le bloggueur numéro un du fonctionnariat genevois. Mais une chose à la fois.
Prenons par exemple Macbeth.
S’il y a l’hibou-billet, il y a dû y avoir lecture, n’est-ce pas ? Car si j’avais regardé le film, c’est pour l’excellent site Blog Fiction que j’en aurais rédigé un article. Et bien, saviez-vous que la collection de la Cité comporte une collection non négligeable de livres sur CD, et que face au bloc monolithique et indigeste que représente pour moi (et, j’imagine, pour le commun des mortels) une lecture dans le texte de Shakespeare, il existe cette sympathique option d’écouter le livre être lu.
Ou en l’occurrence, la pièce.
La pièce, donc : Macbeth.
Le pitch : C’est l’histoire d’un roi qui découvre qu’il ferait mieux de laisser gérer sa PR par un pro plutôt que le faire lui-même. Où plutôt non, c’est l’histoire d’un gars (Macbeth) et de son pote (Banquo) qui apprennent à leurs dépends à faire attention à toutes les clauses, en particulier lors de prédictions, en particulier lorsqu’elles viennent de vieilles sorcières, évidemment vieilles et laides. Sinon comment pourrait-on être convaincus qu’elles sont LE MAL ?.
Bref, trahisons, remords, drame de la condition humaine, femme incitant au crime et prédestination, et à la fin tout le monde meurt, ou presque.
En fait, une histoire bien solide.
C’est bien là le reproche que je peux formuler à l’encontre du barde : les schémas narratifs sont usés jusqu’au trognon, la langue n’a plus rien à voir avec une quelconque forme de communication, et fait concurrence à la poésie la plus contemporaine en matière de surconceptualisation. Et ne parlons même pas des stéréotypes véhiculés.
Cependant, et c’est là que le support du document joue un rôle significatif, il y a la récitation. Les lecteurs de théâtre moins obtus que moi l’auront relevé à grands cris à la vue des premières lignes de ce billet : ces pièces ont un rythme, il s’en dégage une atmosphère bien particulière, et ce même malgré la légère sensation de désorientation qui vient de ne comprendre qu’une phrase sur deux. De pouvoir passer par une captation uniquement auditive de cette fiction-là à été pour moi le déclic qui à fait passer Macbeth d’une œuvre complètement absconse à un bon moment finalement assez malin, quoique glauque.

SHAKESPEARE, William. Macbeth. [Sans lieu], BBC, 2000. 110 min.

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